Enfin ! Nous allons passer de relaxants moments en famille.
C’est aussi le temps de nous retrouver et de nous ressourcer, car accompagner les enfants tout au long de l’année scolaire représente souvent un véritable défi.
Mais l’été, c’est également l’occasion de replonger dans ces lectures abandonnées, lassés de lutter contre Morphée qui nous prend dans ses bras dès que nous avons l’intention de dévorer un livre.
Vous, chers lecteurs, qui lisez régulièrement mes articles ou mes interviews d’artistes dans divers magazines d’art, j’aimerais aujourd’hui vous parler de mes livres. Non pas comme une vendeuse de Tupperware, mais simplement pour vous inviter dans mon univers. Je vais vous en présenter quelques extraits afin de vous donner, peut-être, l’envie de renouer avec la lecture si vous vous en êtes éloignés depuis longtemps.
Mon premier roman autobiographique s’intitule Mademoiselle numéro 11.
Dans ce livre, je raconte mon enfance au Vietnam, notre exil en Belgique, mais surtout comment les nems sont devenus mon ADN. Sans eux, je ne serais jamais devenue celle que vous connaissez aujourd’hui : Kim, la reine des nems.
Un jour, Papa rentra extrêmement agité à la maison. Il nous annonça qu’un nouveau supermarché chinois venait d’ouvrir dans le centre-ville.
— Vas-tu travailler dans ce supermarché ? l’interrogea Maman en retenant son souffle.
— Non, mieux encore !
Il avait beaucoup de mal à cacher son excitation.
— Quelle chance que le patron soit cantonais, comme moi ! J’ai parlé avec lui et il a accepté de nous aider.
Mon père reprit son souffle avant de poursuivre :
— On va faire des nems !
— C’est quoi, des nems ? demanda Maman en écarquillant les yeux.
— Ici, on les appelle des nems, mais chez nous ce sont des cha gio.
— On va faire des cha gio pour le supermarché chinois ? Qui va les acheter ? s’étonna ma mère.
— Les Belges !
C’était la première fois que je voyais mon père heureux depuis notre arrivée en Belgique. Maman l’était aussi. Ils échangèrent un regard complice et, même si j’étais encore une jeune fille insouciante, j’aperçus dans leurs yeux une lueur d’espoir.
Je bondis sur le vieux canapé de seconde main offert par l’organisation humanitaire Caritas.
Papa possédait un véritable talent culinaire. Il se lança corps et âme dans la recherche du mélange d’ingrédients parfait. Après une vingtaine de tentatives, il trouva enfin LA recette.
Mon deuxième roman s’intitule Le clos des diablotins, un hommage à mes anciens voisins de ce quartier miséreux où la société cache sa propre misère. J’y raconte, sans filtre, le quotidien de ceux que les politiciens et parfois même les associations sociales ont oubliés.
Pourquoi s’intéresserait-on à ces immigrés qui ne seraient, aux yeux de certains, qu’une charge pour la société ?
Pour communiquer, Kamel et moi hurlions d’une fenêtre à l’autre, mais aucun voisin ne se plaignait du bruit.
D’ailleurs, dans ce coin où l’on cachait les misères de la société, personne n’avait envie de se plaindre de quoi que ce soit. Tout le monde semblait résigné à l’idée que la vie n’était pas équitable. Chacun pour soi. Chacun essayait de s’en sortir comme il pouvait.
Même lorsqu’Ingrid s’était fait tabasser par son mari alcoolique, certains voisins étaient à leur fenêtre. Ils commentaient la scène à ceux qui ne pouvaient pas y assister en direct, expliquant qu’elle avait plusieurs côtes cassées et perdu trois dents. Pourtant, personne n’avait eu envie, ou peut-être le courage, d’appeler la police.
Mon troisième livre s’appelle Sista, une voix pour toutes les femmes qui se battent pour ne pas tomber. C’est l’histoire de Ghislaine, qui fuit le génocide rwandais et arrive en Belgique. Elle n’a rien pour elle : d’abord parce qu’elle est une femme, ensuite parce qu’elle est noire et sans papiers. Elle est également mère célibataire, avec un jeune enfant à charge. Son passé est trouble. Son avenir est aussi sombre qu’une nuit sans lune.
Ce soir, en poussant la porte de sortie réservée au personnel, je vois les réverbères s’allumer dans la rue. Cette coïncidence me paraît être un heureux présage : quelque chose de bien va m’arriver.
Il y a longtemps que je ne me suis pas sentie aussi heureuse.
On dit qu’après la nuit noire vient le jour. J’ose espérer que les mauvais jours sont derrière moi.
Je contemple ce ciel sans lune et je parviens à lui trouver de la beauté. Je me souviens que, lorsque j’étais en cavale dans les collines rwandaises, je regardais se lever les premiers rayons du soleil. Je le maudissais, lui qui se levait chaque jour pour les autres, mais jamais pour moi.
Mon quatrième livre s’intitule À jamais à nous.
Croyez-vous à la réincarnation ? Croyez-vous que les âmes sœurs se cherchent de vie en vie et que ceux qui s’aiment vraiment finissent toujours par se retrouver ?
Voici l’histoire d’amour que j’aimerais voir devenir la mienne. J’aime croire que mon âme sœur m’attend quelque part, ou qu’elle est peut-être déjà en train de me chercher.
Je tourne la tête. Dans le miroir embué, j’entrevois les traces rouge sang laissées par des griffures sur mon dos.
À l’intérieur de mon corps, un feu brûle. Sous l’effet de cette chaleur, je gémis.
Cependant, le cri effroyable de Mei Gui Xïn me coupe net dans ma lamentation.
À cet instant précis jaillit un vent glacial venu du monde des âmes errantes. Il fait violemment claquer la porte de la salle de bains et projette le miroir au sol. Le verre éclate sur le carrelage. Des morceaux s’éparpillent partout dans le vin rouge répandu sur le sol.
Une seconde plus tard, l’ampoule suspendue au plafond grésille et nous plonge dans l’obscurité.
J’espère qu’au moins l’un de ces thèmes vous donnera envie de lire. Car, en général, nous choisissons nos lectures en fonction de notre vie émotionnelle, de nos souvenirs, de ce que nous traversons aujourd’hui ou de ce que nous traverserons demain.
Je vous souhaite un très bel été.















