Il est des nominations qui dépassent le simple cadre sportif. Celle de Zinédine Zidane à la tête de l'équipe de France appartient à cette catégorie. Depuis son départ du Real Madrid en 2021, son nom revenait avec une régularité presque mécanique dès que l'avenir du banc des Bleus était évoqué. Cette fois, l'attente est terminée. À 54 ans, celui qui demeure sans doute le plus grand joueur de l'histoire du football français prend enfin les commandes de la sélection nationale.
La mission est immense. Elle l'est d'autant plus que son prédécesseur, Didier Deschamps, laisse derrière lui quatorze années de stabilité, une Coupe du monde, une Ligue des nations, deux finales mondiales et une équipe installée durablement parmi les meilleures de la planète. Zidane n'a pas pour mission d'effacer cet héritage, mais de lui donner une nouvelle continuité.
En la regardant de plus près, cette nomination ressemble finalement à toutes les grandes étapes de sa carrière. Chaque première fois de Zinédine Zidane a marqué un tournant. Son premier match chez les professionnels, sa première sélection, son premier banc au Real Madrid… Toutes ces portes qu'il a poussées avec discrétion ont fini par déboucher sur des chapitres historiques. Comme si, chez lui, les débuts n'étaient jamais anodins.
Les premiers pas d'un futur géant
Le 20 mai 1989, le football français découvre discrètement un adolescent longiligne de 16 ans sous le maillot de l'AS Cannes. Introduit dans les dernières minutes d'une rencontre de Division 1, Zinédine Zidane ne fait évidemment pas la une des journaux le lendemain. Rien ne laisse encore présager qu'il deviendra quelques années plus tard une icône mondiale.
À Cannes, sous la direction de Jean Varraud puis de Boro Primorac, le jeune Marseillais apprend son métier loin des projecteurs. Il perfectionne cette conduite de balle si particulière, cette façon de protéger le ballon en donnant l'impression que le temps ralentit autour de lui. Les éducateurs comprennent vite qu'ils tiennent un joueur hors normes, même si son physique frêle et sa réserve naturelle contrastent avec son talent.
Quelques mois plus tard, il inscrit son premier but chez les professionnels. Son président, Alain Pedretti, lui avait promis une voiture s'il trouvait enfin le chemin des filets. Le jeune Zidane rêvait peut-être d'un bolide flambant neuf ; il repartira finalement avec une modeste voiture d'occasion. L'anecdote est restée célèbre. Avec le recul, elle résume presque toute sa carrière : des débuts modestes avant des sommets que personne n'imaginait encore.
L'éclosion chez les Bleus
Cinq ans plus tard, un autre premier rendez-vous l'attend. Le 17 août 1994, Gérard Houllier le lance pour sa première sélection en équipe de France face à la République tchèque. La soirée tourne rapidement au cauchemar. Les Bleus sont menés 2-0 lorsque Zidane entre sur la pelouse. En moins de vingt minutes, le numéro 14 change pourtant le scénario. Deux buts, un nul arraché et une impression immédiate : ce garçon possède quelque chose que les autres n'ont pas. Cette entrée fracassante ne constitue pourtant qu'un prélude. Il faudra encore du temps avant que Zidane ne devienne le visage de toute une génération. L'Euro 1996 lui offre sa première grande compétition internationale. Deux ans plus tard vient le moment où le destin bascule définitivement.
Le 12 juillet 1998, au Stade de France, il inscrit deux buts de la tête face au Brésil et offre au football français son premier titre mondial. Cette finale transforme un immense joueur en héros national. Son visage entre dans le patrimoine collectif. L'histoire aurait pu s'arrêter là. Elle ne faisait pourtant que commencer. Deux ans plus tard, lors de l'Euro 2000, Zidane atteint sans doute le sommet de son art. Élu meilleur joueur de la compétition, il guide les Bleus vers un deuxième titre majeur consécutif, conclu par cette finale remportée face à l'Italie grâce au but en or de David Trezeguet. Puis viendra 2006. Une Coupe du monde où, à 34 ans, celui que beaucoup pensent sur le déclin livre probablement le tournoi le plus abouti de sa carrière. L'Espagne, le Brésil de Ronaldo et Ronaldinho, le Portugal… Tous tombent devant un Zidane impérial avant cette finale face à l'Italie, aussi extraordinaire que tragique.
De joueur d'exception à entraîneur de légende
Lorsqu'il accepte de succéder à Rafael Benítez sur le banc du Real Madrid en janvier 2016, peu d'observateurs savent réellement à quoi s'attendre. Les anciens très grands joueurs deviennent rarement de très grands entraîneurs. Le poids de leur carrière finit souvent par les rattraper. Zidane, lui, balaie ces préjugés en quelques mois.
Dès sa première demi-saison, il remporte la Ligue des champions. Puis une deuxième. Puis une troisième. Trois sacres européens consécutifs, un exploit inédit dans l'ère moderne de la compétition. À cela s'ajoutent deux championnats d'Espagne, plusieurs Coupes du monde des clubs et une capacité rare à gérer un vestiaire composé des plus grandes stars de la planète.
Son style tranche avec celui de nombreux techniciens. Peu de déclarations tapageuses. Peu d'effets de communication. Zidane parle peu, observe beaucoup et convainc davantage par son calme que par ses discours. Son autorité naît de son vécu. Dans un vestiaire où évoluent Sergio Ramos, Luka Modrić ou Cristiano Ronaldo, personne n'a besoin qu'on lui rappelle qui est Zinédine Zidane. Comme joueur, il inspirait le respect. Comme entraîneur, il obtient les mêmes résultats.
Le rendez-vous attendu
Pendant cinq ans, son nom reste associé au banc de l'équipe de France. Les plus grands clubs européens le sollicitent. Manchester United, le Bayern Munich, la Juventus ou encore le Paris Saint-Germain sont régulièrement évoqués. Mais Zidane ne dévie jamais réellement de sa trajectoire. Il attend les Bleus. Cette patience en dit beaucoup sur son rapport à la sélection nationale. Pour lui, entraîner l'équipe de France n'est pas un poste parmi d'autres. C'est l'aboutissement logique d'un parcours commencé près de quarante ans plus tôt.
Son arrivée intervient dans un contexte particulier. Didier Deschamps laisse une équipe compétitive, jeune, habituée aux grandes compétitions et portée par une génération exceptionnelle. Kylian Mbappé, Aurélien Tchouaméni, Eduardo Camavinga, Désiré Doué ou encore Warren Zaïre-Emery représentent autant de talents que Zidane devra faire grandir.Il hérite d'une équipe qui sait gagner. Son défi sera désormais de lui donner sa propre identité.
L'Italie, ce surprenant fil rouge
Il existe enfin un détail presque romanesque dans cette nouvelle aventure. Tout au long de la carrière de Zinédine Zidane, l'Italie semble revenir comme un fil conducteur. C'est à la Juventus de Turin qu'il devient l'un des meilleurs joueurs du monde, remportant deux championnats d'Italie et découvrant les sommets européens. C'est encore contre l'Italie qu'il participe à l'une des séances de tirs au but les plus marquantes de l'histoire du football français, en quart de finale de la Coupe du monde 1998, finalement remportée par les Bleus après l'échec de Luigi Di Biagio. Deux ans plus tard, c'est encore l'Italie qui se dresse sur sa route en finale de l'Euro 2000. Les Français sont à quelques secondes de la défaite avant l'égalisation de Sylvain Wiltord, puis le but en or de David Trezeguet. Zidane soulève alors un nouveau trophée continental.
Impossible également de ne pas penser à Berlin, en 2006. Une finale de Coupe du monde devenue mythique pour sa panenka face à Gianluigi Buffon, mais aussi pour ce coup de tête adressé à Marco Materazzi qui met un terme à sa carrière de joueur. Une sortie aussi brutale qu'inoubliable, à l'image d'une carrière qui n'a jamais laissé personne indifférent.
Le hasard pousse aujourd'hui le clin d'œil encore un peu plus loin. Pour son premier match à domicile comme sélectionneur des Bleus, Zinédine Zidane retrouvera... l'Italie, au Stade de France. Comme si le football avait décidé d'écrire lui-même la première page de cette nouvelle histoire. Après tout, les plus belles carrières sont souvent faites de symboles. Celle de Zinédine Zidane n'en a jamais manqué. De Cannes au Stade de France, de Turin à Madrid, de joueur génial à entraîneur couronné de succès, chaque premier rendez-vous a ouvert un nouveau chapitre. Rien ne garantit que celui-ci débouchera sur une Coupe du monde ou un Championnat d'Europe. Le football ne se laisse jamais apprivoiser, même par les plus grands.
Mais une chose est certaine : rares sont les hommes capables de susciter autant d'espoir avant même de diriger leur premier match. Didier Deschamps a laissé un héritage immense, fait de titres, de rigueur et de constance. À Zinédine Zidane revient désormais le privilège, et la responsabilité, d'écrire la suite. Et si l'on se fie à l'histoire, les premières fois lui ont rarement résisté.















