Vingt-cinq ans après le début d’une collaboration précieuse et enrichissante, la Galerie Michel Rein est heureuse d’accueillir la dixième exposition personelle de Stefan Nikolaev.

The innocent eye introduit une tension entre perception, mémoire et construction du regard. Empruntée à John Ruskin, cette expression désigne l’idée presque impossible d’un regard capable de voir avant de nommer, entièrement délivré des savoirs qui le conditionnent. Stefan Nikolaev reprend cette notion pour mieux en révéler aujourd’hui les limites: dans un monde saturé d’images et de signes, regarder n’est jamais un acte innocent.

À travers un ensemble de sculptures et de peintures associant cuivre martelé, bronze, feuille d’or, marbre, néon, verre de Murano et récemment l’aquarelle, Stefan Nikolaev poursuit son exploration des images et de leur persistance dans le temps.

Les références à l’histoire de l’art, à l’iconographie religieuse, à la culture populaire, aux enseignes lumineuses ou aux objets du quotidien s’y entremêlent, faisant émerger des formes où mémoire collective et expérience intime se confondent, dans une esthétique où le précieux et le familier entrent en résonance.

Cette exposition marque également une évolution importante dans la pratique de Stefan Nikolaev. Longtemps, l’artiste affirmait : «J’avoue un désir de peinture tout en refusant de prendre un pinceau». Avec The innocent eye, il amorce un nouveau travail autour de l’aquarelle, qu’il associe à ses matériaux et techniques de prédilection. La fluidité et la fragilité du médium viennent dialoguer avec la densité du cuivre et du néon, comme si l’image pouvait désormais apparaître dans un état plus sensible, presque en suspension.

L’exposition confronte grandeur et fragilité, permanence et disparition. Le cuivre patiné et le bronze donnent aux œuvres une dimension presque archéologique, tandis que le néon introduit une lumière vibrante et animée. En isolant des motifs issus de l’histoire de l’art ou de l’imaginaire collectif, Stefan Nikolaev interroge notre manière contemporaine de regarder. Les œuvres oscillent ainsi entre sculpture, image et objet, entre mémoire intime et culture partagée.

Comme l’écrit Rose Vidal dans la future monographie : «Nikolaev est un artiste du cœur et de l’offrande, sincère et warm-hearted ; s’il rit des choses, son rire est hors-cynisme. […] Lorsque Nikolaev montre la peinture et ses codes comme autant de choses vaines et volages, de plaisirs terrestres et d’objets de consommation, il leur fait accéder à leur tour à cette même éternité affective dont seule la mémoire sait gratifier les choses.»

À l’occasion de l’exposition paraîtra en juin une monographie consacrée à Stefan Nikolaev aux éditions Dilecta, avec un texte de Rose Vidal et deux entretiens de Christine Macel et Hans-Ulrich Obrist.