La Rotonde de la Bourse de Commerce est investie par l'artiste japonaise Fujiko Nakaya et une de ses « sculptures de brouillard », intitulée Cloud #07156.

Dans le cadre de l'exposition Clair-obscur, la Rotonde de la Bourse de Commerce se transforme en site aux contours incertains, où les visiteurs apparaissent et disparaissent dans un épais nuage blanc fait de vapeur d’eau : une Fog sculpture — « sculpture de brouillard » — de Fujiko Nakaya (née en 1933, Japon) intitulée Cloud #07156.

« Travaillant toujours à partir d’un contexte donné, l’artiste crée une rencontre exceptionnelle entre le brouillard et la Rotonde de Tadao Ando, lieu intérieur. Fujiko Nakaya ne figure pas le brouillard, elle le sculpte. Ce surprenant matériau artistique est un phénomène naturel qu’elle produit à l’aide d’un système complexe de pompes à haute pression et de rangées de buses qui émettent des microgouttelettes d’eau identiques à celles du brouillard. Naturel par sa composition et son développement, il est artificiellement produit par l’artiste. Quand elle renonce à la peinture au milieu des années 1960, c’est pour se livrer quelques années plus tard à une expérimentation d’envergure : celle de la production de brouillard à grande échelle, désormais dans un espace autre que celui de son atelier. […]

En 1969, elle invente, en collaboration avec l’ingénieur Thomas Mee, un « système/dispositif permettant de produire une sculpture de nuage à partir d’un brouillard d’eau ». Si cette recherche témoigne d’une conscience écologique assurée, elle relève aussi d’une position artistique forte qui invite le public à traverser l’œuvre pour en faire l’expérience autant qu’à la contempler, excluant d’emblée tout procédé chimique. Ce phénomène du brouillard, instable et éphémère par nature, en perpétuelle métamorphose, exige — pour un très relatif apprivoisement — que l’on connaisse les lois physiques de sa formation et de sa dissipation. […]

La Rotonde de la Bourse de Commerce est un espace vertigineux dont les deux tiers supérieurs sont occupés par une toile panoramique marouflée, surmontée d’une coupole. Au sol, au centre, le cylindre de béton de l’architecte japonais Tadao Ando redouble la circularité du bâtiment tout en restant ouvert pour tous les points de vue possibles, autour comme à l’intérieur de l’œuvre. Le brouillard, principal objet du regard, peut opérer aussi un blocage de la vue, même temporaire, une sorte d’anti‑panoptique susceptible de mettre à mal l’observation, la défiant en permanence par des transparences éphémères et partielles. La question n’est plus celle du point de vue, unique ou multiple, mais de la visibilité. D’un balcon du 1er étage, une vue d’ensemble plongeante permet de contempler une mer de nuages. Sculpter à l’intérieur du musée, c’est aussi permettre un voyage à l’intérieur de soi […]. »

(Texte de Anne‑Marie Duguet. Extrait du catalogue de l’exposition)