La Galerie Max Hetzler, Paris, a le plaisir de présenter Purple flopper, une exposition personnelle de Eddie Martinez. Il s’agit de la deuxième exposition de l’artiste avec la galerie et de sa première dans l’espace parisien.

Intitulée en référence à une peinture de 2025, Purple flopper réunit un ensemble de nouvelles peintures et sculptures réalisées l’an dernier. Naviguant librement entre motifs abstraits et figuratifs, la pratique de Martinez repose sur le dessin qui cristallise un dialogue de longue date entre spontanéité et réflexion.

Le travail de Martinez repose sur une tension vibrante entre patience et immédiateté. Le dessin incarne l’aspect ardent de sa pratique : il lui permet de saisir des idées sur le vif, servant souvent d’étincelle pour des œuvres de plus grande envergure. La peinture, en revanche, exige une approche plus lente et multidimensionnelle que l’artiste embrasse délibérément. Cette dynamique est particulièrement perceptible dans la série Whiteout qu’il poursuit depuis 2015. Martinez y recouvre ses peintures colorées de peinture blanche dans un processus d’effacement qui dialogue avec les canons de l’histoire de l’art. Dans certaines œuvres telles que Delicates, 2025, Martinez rend d’ailleurs ce processus visible en cédant aux contraintes physiques de la matière : en laissant les surfaces sécher avant d’appliquer de nouvelles couches, le temps devient lui-même un collaborateur actif de l’œuvre.

Dans la continuité de Whiteout et après plus d’une décennie d’exploration de l’effacement et de la visibilité à travers des superpositions de noir dans ses dessins, Martinez a récemment démarré une nouvelle série de peintures intitulée Blackout. La première œuvre de cette série – présentée face à la vitrine du petit écrin de la galerie, situé au 46 rue du Temple – peut être contemplée depuis la rue, mais aussi de près. Surgissant depuis un fond noir, un bouquet monumental se détache de manière spectaculaire.

Les peintures présentées dans cette exposition poursuivent et développent plusieurs séries en cours de Martinez, dont ses Flower pots et ses Buflys, initiées respectivement au début des années 2000 et en 2021. Plutôt que de répéter des motifs familiers, Martinez considère ces peintures comme des structures ouvertes à de nouvelles explorations. Dans Purple flopper, 2025, une teinte mauve lactée se diffuse sur l’ensemble de la composition, reprenant la technique employée dans les peintures Whiteout et Blackout. Les œuvres de l’artiste se déploient ainsi à travers des agencements spatiaux évolutifs et une expérimentation picturale constante. Bien que ses premiers dessins figuratifs se soient progressivement dissous dans l’abstraction, des formes reconnaissables continuent d’émerger. Bouquets, mandalas et tables apparaissent sous forme de contours à peine esquissés qui instaurent ce que l’artiste décrit comme « un espace défini, une arène où les choses peuvent se passer ». Dans Buflys, la structure en forme de papillon – tête, thorax et ailes – remplit une fonction similaire. Inspiré de la manière dont son fils, âgé de deux ans à l’époque, prononçait le mot « butterfly », ce motif possède à la fois une résonance intime et une flexibilité formelle. Pour Martinez, l’imagerie reconnaissable ne constitue pas un symbole figé, mais un outil d’invention picturale.

Aux côtés des peintures, une nouvelle série de sculptures traduit le langage visuel de Martinez en trois dimensions. L’artiste base ses sculptures sur des assemblages de débris collectés près de chez lui. Il moule ces objets trouvés en bronze puis les peint avec de larges aplats de couleurs vives réalisés au spray, à l’huile et à l’émail. Il présente ici des sculptures de pots de fleurs de petit format, qui font écho à sa série en cours Flower pot, ainsi qu’à un petit pot de fleurs que Martinez gardait autrefois sur son bureau et qu’il dessinait constamment par habitude.

Au cœur de sa méthode de travail, on retrouve l’utilisation de ses créations précédentes comme une archive visuelle vivante. Martinez revisite fréquemment ses peintures et dessins existants en découpant des fragments qu’il réutilise dans de nouvelles compositions. À travers ce processus, les vestiges des œuvres précédentes demeurent des contributeurs actifs du moment présent : ils constituent une archive tangible et évolutive qui permet à l’artiste d’engager un dialogue avec les textures et les gestes de son histoire créative sans les figer dans un récit définitif. Tout au long de l’exposition, ce sentiment de continuité et de transformation devient palpable. Le dessin demeure au centre de la pratique de Martinez, offrant à la fois l’impulsion de nouvelles images et le fil conducteur de plusieurs décennies de travail. De la même manière, les peintures témoignent d’un engagement constant envers l’expérimentation, permettant aux formes familières de se transformer, de se télescoper et de réapparaître de manière inattendue. Entre les mains de Martinez, les motifs deviennent des arènes, les archives une matière première, et la peinture elle-même un lieu où intuition, mémoire et technique se rejoignent.