La Galerie Max Hetzler, Paris, a le plaisir de présenter On a clear day I can see you forever, une exposition personnelle de nouvelles peintures et d'une sculpture de Friedrich Kunath. Il s'agit de la troisième exposition de l'artiste avec la galerie et de sa première dans l’espace parisien.
Né en Allemagne, Friedrich Kunath travaille dans les domaines de la peinture, du dessin, de la sculpture, de l'installation et de la vidéo. Kunath se considère comme un compositeur d'images. S'inspirant d'une multitude de références issues de son histoire personnelle, de la musique, du Romantisme allemand et de la culture pop, il crée des récits denses et des univers picturaux riches. Ses œuvres naissent souvent d'une impulsion émotionnelle initiale qui se dévoile progressivement à travers l'acte de peindre.
L’exposition s’ouvre sur un paysage tropical. Intitulée I think I’ve made it, 2022–2026, la peinture représente un lac entouré d’une végétation luxuriante. Déjouant avec humour les attentes du spectateur, un bonhomme de neige se tient debout sur une île au milieu du lac et envoie un texto depuis son téléphone. Figure récurrente dans l’œuvre de Kunath, le bonhomme de neige réapparaît dans le triptyque monumental On a clear day I can see you forever, 2025–2026, qui représente une immense plage voilée de brume. Si Kunath est connu pour ses compositions denses et contrastées, foisonnant de couleurs vibrantes et de textures, ce rivage embrumé au titre ironique apparaît ici plus retenu, plus épuré. Donnant son titre à l’exposition, l’œuvre fait référence à la chanson de The Peddlers intitulée On a clear day I can see you forever. Par un jeu de mots, Kunath transforme le titre original, en exagérant avec malice sa résonance mélancolique et romantique.
Dans son processus créatif, Kunath travaille par strates, construisant doucement ses compositions à partir de fonds très denses en impasto. Il y appose ensuite de petits dessins, des annotations, un numéro de téléphone, des listes de choses à faire, des paroles de chansons, et d’autres fragments qui capturent une multitude de pensées et d’émotions fugaces. Une fois cette première couche durcie, une autre image est peinte par-dessus. En incitant à une observation lente et réfléchie, l’artiste invite le spectateur à découvrir ces détails cathartiques qui reflètent la part inconsciente de son processus créatif. Enfouis sous ces couches de peinture, ils ouvrent la voie à une lecture à la fois personnelle et psychologique de l’œuvre de Kunath.
Dans Dear uncertainty, 2025, un tronçon d’autoroute sur fond de coucher de soleil flamboyant illustre l’approche intuitive de Kunath dans la création d’images. L’étendue infinie de l’image captive le spectateur et le plonge dans un sentiment d’émerveillement absolu. En saisissant ces instants de beauté éphémère dans la nature, les œuvres de Kunath mettent en lumière l’énigme fondamentale de ces rencontres esthétiques, faisant du mystère et de l’incertitude leur don le plus précieux.
Pour décrire sa technique, Kunath évoque souvent la dynamique psychologique entre l’inconscient et le conscient. Thème central de l’exposition, cette dichotomie se reflète dans la manière dont les deux espaces de la galerie dialoguent : les œuvres présentées dans le premier espace, plus intime, possèdent une qualité abstraite, instinctive et inconsciente. Elles sont comme des débris flottants, des fragments qui constituent la matrice de l’ensemble de la pratique de Kunath. Dans le second espace, plus spacieux, les œuvres apparaissent pleinement formées, « conscientes », et s’expriment à travers des images précises et identifiables.
Entourée d’une sélection de peintures abstraites, la sculpture en bronze, Sorry I thought I was someone else, 2026, représente un fantôme semblant se préparer pour la journée à venir, alors qu’il repasse le drap qu’il s’apprête à habiter. À l’instar des autres figures qui peuplent l’univers pictural de Kunath, ce personnage incarne l’un des nombreux archétypes de la personnalité de l’artiste – et peut-être aussi de la nôtre. Immergés dans un flux d’images et de symboles tout au long de l’exposition, nous sommes ainsi confrontés à nos propres convictions et à la complexité de nos paysages intérieurs.
















