André Labarrère est né à Pau le 12 janvier 1928. Fils d'une crémière et d'un chauffeur de taxi, il fréquente l'école communale Henri-IV et le collège catholique Beau-Frêne. Il obtient ensuite une licence ès lettres à la Sorbonne puis l'agrégation d'histoire. Nommé professeur au lycée de Digne-les-Bains en 1956, il devient le premier Français à se voir attribuer une bourse de recherche au Québec en 1958. Il enseigne ainsi à l'Université Laval de 1959 à 1966 et décroche en parallèle un doctorat ès lettres. Il participe également à des émissions de télévision sur l'histoire de l'art ainsi que sur la graphologie, l'une de ses grandes passions.
Débuts politiques
De retour en France, André Labarrère s'engage dans la vie politique. En mars 1967, il se présente aux élections législatives dans la première circonscription des Basses-Pyrénées sous l'étiquette de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste. Une fois élu, il siège au groupe de la FGDS et intègre la commission des affaires étrangères. Il intervient sur des sujets qui lui sont chers, tels que l'aide culturelle au Québec, l'enseignement ou les agriculteurs de son département.
Labarrère perd son siège de député dès juin 1968 mais conserve cependant jusqu'en 1973 le mandat de conseiller général du canton de Pau-Ouest. Il renoue par ailleurs avec l'enseignement, d'abord à Paris, de 1968 à 1970, puis à Auch, de 1970 à 1973. Adhérent à la Convention des institutions républicaines de François Mitterrand1, il rejoint le Parti socialiste en 1969. Il y joue rapidement un rôle important en tant que membre du bureau exécutif, puis du comité directeur et enfin du conseil national.
Pau, ce n’est pas une petite ville
En 1971, André Labarrère réalise son plus beau fait d’armes en remportant la mairie de Pau. Réélu sans discontinuer jusqu’à sa mort en 2006, il aime à dire que la capitale du Béarn est « une ville de droite qui a un maire de gauche ». Avec une fierté sincère, il glisse aussi à ses administrés que « Pau, ce n’est pas une petite ville ». De fait, il transforme profondément la cité d'Henri IV en y faisant construire de nombreux équipements, parmi lesquels un centre hospitalier, un palais des sports et un Zénith. Il œuvre en outre au développement des espaces verts et au déploiement d’une infrastructure publique de fibre optique et d'internet à haut débit.
Parallèlement à son mandat de maire, Labarrère est conseiller général du canton de Jurançon de 1973 à 1988. Également conseiller régional de 1973 à 1992 puis en 1998, il enlève la présidence de la région Aquitaine au gaulliste Jacques Chaban-Delmas en 1979 et la conserve jusqu'en 1981. Il devient par ailleurs président de la communauté d'agglomération de Pau en 2000. Enfin, il retrouve le siège de député de la première circonscription des Pyrénées-Atlantiques dès mars 1973 et conserve son fauteuil au Palais-Bourbon sans interruption jusqu'en 2001.
À l’Assemblée nationale
Après son élection à la présidence de la République, François Mitterrand sollicite André Labarrère pour entrer dans le gouvernement de Pierre Mauroy. Le 22 mai 1981, il devient ainsi ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé des relations avec le Parlement. Reconduit dans le gouvernement de Laurent Fabius en juillet 1984, il exerce ses fonctions ministérielles jusqu'en mars 1986.
Au Palais-Bourbon, Labarrère siège au sein du groupe socialiste. Vice-président de l'Assemblée nationale en 1973-1974, il se présente en vain au perchoir en 1986, battu cette fois par Jacques Chaban-Delmas. Membre de la commission des affaires étrangères de 1973 à 1975, puis en 1978 et de 1986 à 2001, il appartient aussi à celle de la production et des échanges de 1975 à 1978, à celle des lois de 1979 à 1981 et à celle de la défense nationale en 1986.
Labarrère se distingue par son éclectisme et des interventions souvent centrées sur son département. Il évoque notamment les jeunes agriculteurs, l’industrie de l’équarrissage, la reconversion du bassin de Lacq, les constructions scolaires et le tunnel du Somport. Il s’exprime également sur la politique industrielle ou sur les conséquences de l'entrée de l'Espagne et du Portugal dans la Communauté économique européenne.
Labarrère vote d’importantes lois sociétales sur l'interruption volontaire de grossesse en 1974 et sur la réforme du divorce en 1975. Il approuve également les lois relatives au revenu minimum d'insertion en 1988 et à la réduction du temps de travail en 1998. La même année, il devient le premier élu français à révéler publiquement son homosexualité, thème clé de son roman Le Bal des célibataires. S’il vote la loi relative au pacte civil de solidarité, il se déclare hostile au mariage pour les couples de même sexe.
Au Sénat
Devenu député des Pyrénées-Atlantiques pour la première fois en 1967, André Labarrère décide de briguer un mandat au Sénat le 27 septembre 1992. Sa première candidature se solde par un échec face aux candidats de droite Auguste Cazalet, Didier Borotra et Louis Althapé. Il est néanmoins élu sénateur à sa deuxième tentative le 23 septembre 2001 et quitte l’Assemblée nationale.
Au Palais du Luxembourg, Labarrère rejoint le groupe socialiste et la commission des affaires culturelles. Il dépose de nombreuses propositions de loi sur des sujets divers. Elles portent notamment sur les médecins généralistes, les crimes de guerre, la laïcité à l'école, les pupilles de la nation, la lutte contre l'obésité et le droit à l'euthanasie. Citons aussi l'élection de députés par les Français établis hors de France ou le droit de vote et d'éligibilité des étrangers aux élections municipales.
Atteint d'un cancer, André Labarrère s'éteint le 16 mai 2006 à Pau, à l'âge de soixante-dix-huit ans. Adversaire juvénile puis digne successeur à la mairie et futur Premier ministre, François Bayrou manifeste une profonde admiration. Il déclare :
Labarrère est l’homme politique le plus fort que j’aie jamais vu, plus fort encore que Jacques Chirac2.
Longanime, Bayrou fait fi du bon mot vachard de Dédé à son endroit :
Quand je le vois, j’hésite entre un pâtre grec et une tête de veau.
Béarn à vous.
Notes
1 François Mitterrand, la rose et le gris.
2 Jacques Chirac à la conquête de l’Élysée.















