Depuis les années d’indépendance, le continent africain en général et l’Afrique de l’Ouest en particulier sont sempiternellement confrontés à des séries de coups d’État, se transformant désespérément en raccourci d’accès au pouvoir pour des militaires accusés, par certains, d’avoir failli à leur mission régalienne de défense et de sécurité des personnes et des biens. Ces militaires, troquant leurs treillis contre des boubous et des costumes, ont, dans la plupart des cas, dirigé leurs pays de mains de fer, réduisant à néant les ambitions des jeunes États indépendants et souverains.

Le phénomène a touché pratiquement tous les pays d’Afrique de l’Ouest, sauf de notables exceptions : le Sénégal, qui n’a jamais connu de coup d’État depuis son indépendance en 1960, ce qui en fait un modèle souvent cité en matière de démocratie et de respect constitutionnel. À ce tableau, s’ajoute aussi le Cap Vert.

Dès la première décennie postindépendance, des coups d’État militaires ont marqué profondément l’histoire politique de la région. Au Togo, l’un des premiers cas historiques, le 13 janvier 1963, une fraction de l’armée renversa et assassina le président Sylvanus Olympio, installant une nouvelle direction politique sous Nicolas Grunitzky.

Dans ce même sillage, en 1966, en Haute-Volta (aujourd’hui Burkina Faso), le général Sangoulé Lamizana prit le pouvoir après avoir contraint le président Maurice Yaméogo à démissionner, ouvrant une longue série d’interventions militaires dans l’État. L’année suivante, en 1968, c’est autour du Mali que le président Modibo Keïta a été renversé par l’armée dirigée par le lieutenant Moussa Traoré, un putsch qui se déroula sans effusion de sang mais scella la présence militaire dans la gestion politique du pays pour plus de deux décennies.

Selon un recensement historique des coups d’État en Afrique de l’Ouest entre 1960 et 2026, des dizaines de tentatives ont eu lieu, dont 60 ont réussi et 30 ont échoué, dans 15 pays ouest-africains. Les chiffres suivants illustrent cette fréquence : Ghana : 7 tentatives, dont 5 réussies ; Nigeria: 8 tentatives, dont 7 réussies ; Niger : 7 tentatives, dont 5 réussies; Mali : 7 tentatives, dont 5 réussies ; Burkina Faso : 11 tentatives, dont 7 réussies ; Guinée-Bissau : 8 tentatives, dont 4 réussies ; Bénin : 7 tentatives, dont 5 réussies ; Sierra Leone : 8 tentatives, dont 6 réussies. Cela situe l’Afrique de l’Ouest comme l’une des sous-régions du continent les plus touchées par des changements d’État par la force, avec un total d’au moins 90 tentatives documentées sur six décennies.

Durant les années 1960 et 1970, plusieurs pays de la région alternèrent entre des gouvernements civils et des régimes militaires. Au Ghana, par exemple, entre 1966 et 1981, l’armée renversa à plusieurs reprises des présidents civils : en 1966, puis en 1972, 1978, 1979 et 1981.

Au Nigeria, après l’indépendance en 1960, l’histoire politique fut presque entièrement marquée par des interventions militaires jusqu’à la restauration d’un régime civil en 1999. Entre 1966 et 1993, ce pays compta plusieurs coups réussis, notamment en 1966 (deux coups), 1975, 1983, 1985 et 1993.

Plus récemment, une nouvelle vague de coups d’État a secoué l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, parfois qualifiée de coup belt. Entre 2020 et 2025, au moins six coups réussis ont eu lieu en Afrique de l’Ouest : Mali : deux coups d’État en août 2020 et en mai 2021, menés par des officiers de l’armée contre les gouvernements civils existants ; Burkina Faso : deux coups en 2022, d’abord le renversement du président Roch Marc Christian Kaboré le 24 janvier 2022, puis celui du nouveau chef de la junte, Paul-Henri Sandaogo Damiba, le 30 septembre 2022, aboutissant à l’ascension du capitaine Ibrahim Traoré ; Guinée Konakry : un coup d’État réussi en septembre 2021, qui renversa le président élu ; Niger : coup d’État majeur du 26 juillet 2023 où le président Mohamed Bazoum fut déposé par la garde présidentielle et l’armée.

À ces succès, s’ajoutent plusieurs tentatives échouées dans la région : des putschs avortés au Niger (2021), en Guinée-Bissau (2022 et 2023), au Mali (2022), en Gambie (2022), au Burkina Faso (2023 et 2026), et en Sierra Leone (2023).

Ce phénomène n’est pas limité à quelques pays isolés : il s’est étendu de l’Atlantique à l’intérieur du continent. Parmi les nations ouest-africaines : le Burkina Faso, avec 11 tentatives de coups d’État, est l’un des pays les plus souvent renversés ; le Mali et le Niger, voisins sahéliens, ont vu plusieurs transitions depuis 2020. Le Bénin lui-même, considéré récemment comme une démocratie relativement stable, a fait face à une tentative de coup d’État, le 7 décembre 2025, menée par un groupe de soldats qui avaient brièvement pris le contrôle de la télévision d’État avant d’être arrêtés.

Presque tous les présidents de la République des premières heures d’indépendance ont été victimes de coups d’État, remplacés par de jeunes militaires souvent sans expérience politique préalable. Cette dynamique a souvent interrompu des périodes de gouvernance civile et civique, conduisant à de longs cycles où les militaires restent au sommet même après des promesses de transition. Par exemple, au Burkina Faso après 2022, la junte militaire a dissous l’organe électoral pour concentrer davantage de pouvoir en marge des cadres constitutionnels préexistants.

En contraste frappant, le Sénégal n’a jamais connu de coup d’État depuis 1960. Ce pays est souvent cité comme une exception régionale, grâce à des institutions civiles résilientes et au respect relatif des processus constitutionnels lors des transitions de pouvoir.

La récurrence des coups d’État en Afrique de l’Ouest depuis les années 1960 n’est pas un phénomène aléatoire. Elle repose sur un ensemble de facteurs structurels, institutionnels, politiques, économiques et sociaux qui, combinés, ont créé un contexte où des interventions militaires dans le jeu politique deviennent fréquentes. Ces causes ne sont pas uniques à la région, mais elles s’y manifestent de façon particulièrement intense et récurrente.

L’une des causes les plus fréquemment identifiées dans la littérature sur les coups d’État est la fragilité des institutions démocratiques. Dans de nombreux pays ouest-africains, les parlements, les systèmes judiciaires, les commissions électorales et les mécanismes de contrôle du pouvoir exécutif sont insuffisamment développés ou manquent d’indépendance. L’incapacité relative de ces institutions à arbitrer les conflits politiques ou à garantir des transitions pacifiques crée des vacuums de pouvoir que l’armée peut exploiter. Par exemple, des élections régulièrement contestées ou des tribunaux incapables de trancher des litiges électoraux laissent les populations et les acteurs politiques dans un climat de suspicion générale, propice à des interventions extraconstitutionnelles.

La gouvernance publique faible, marquée par l’incapacité des dirigeants civils à répondre efficacement aux attentes sociales, est une cause récurrente de coups d’État. Dans plusieurs pays ouest-africains, des gouvernements accusés de corruption, de gestion inefficace des ressources publiques ou de favoritisme ont généré de fortes frustrations. Dans certaines situations, les élites politiques ont modifié les constitutions pour prolonger leur mandat ou consolider leur pouvoir, ce qui a augmenté la perception de dérive autoritaire. Les partisans des coups y voient alors une « solution » pour rétablir ce qu’ils considèrent comme un ordre politique fonctionnel.

Un facteur déterminant dans plusieurs coups d’État ouest-africains récents est « l’incapacité » des gouvernements civils à assurer la sécurité sur leurs territoires face à des menaces croissantes. Cela inclut l’expansion d’insurrections, le terrorisme armé ou l’instabilité due à des groupes extrémistes. Par exemple, au Mali en 2012, le gouvernement a été perçu comme incapable de contenir la rébellion puis une offensive djihadiste dans le nord du pays, ce qui a servi de justification aux mutins militaires.

Lorsque l’armée se sent mal équipée, mal soutenue ou contrainte de gérer des crises que l’État civil ne résout pas, elle peut considérer qu’elle doit prendre le pouvoir pour « protéger la nation ». Mais peut-elle, elle-même, gérer efficacement ces crises ?

La dépendance économique, la pauvreté profonde, le chômage élevé et l’absence d’opportunités économiques pour de larges segments de la population créent un terreau fertile pour le mécontentement populaire et militaire. Dans de nombreux pays, des décennies de croissance économique faible ou négative ont sapé la légitimité des gouvernements civils. Les militaires eux-mêmes expriment parfois des griefs économiques, notamment quand les soldes et les ressources de l’armée sont insuffisantes pour faire face à des défis sécuritaires. Cela a été observé dans des pays où l’armée se sent marginalisée, mal payée ou mal équipée.

La corruption généralisée est l’une des causes les plus citées par les analystes et même par les putschistes eux-mêmes lorsqu’ils justifient leurs actions. Dans certains cas, des détournements massifs de fonds publics, des marchés truqués ou des pratiques clientélistes ont érodé la confiance publique dans les élites politiques civiles. Par exemple, des dirigeants civils accusés de favoritisme dans la distribution des contrats publics ou de népotisme ont alimenté l’idée que le système politique était dysfonctionnel et corrompu, poussant certains militaires à se présenter comme des agents de rétablissement de l’ordre moral et administratif.

Dans des sociétés marquées par une diversité ethnique et régionale prononcée, des conflits autour de la représentation politique ou du partage des ressources peuvent exacerber les tensions internes. Les élites politiques ont parfois exploité ces divisions à des fins électorales ou pour maintenir le pouvoir, ce qui a fragmenté davantage les sociétés. Quand des groupes politiques ou militaires se sentent exclus des processus décisionnels ou marginalisés, cela peut contribuer à l’instabilité politique et à des tentatives de renversement.

Dans plusieurs pays ouest-africains, l’armée occupe une place centrale dans l’histoire politique postindépendance. Historiquement, des officiers militaires ont déjà joué des rôles politiques importants, parfois en instaurant des régimes militaires durables ou en intervenant périodiquement dans des crises constitutionnelles. Cette présence politique historique a contribué à une culture d’intervention militaire perçue dans certains cercles comme une réponse valable à la mauvaise gouvernance civile ou aux crises politiques. Cela crée un effet d’imitation, où des militaires voient dans le coup d’État un moyen légitime de « corriger le cap » lorsque les institutions civiles semblent dysfonctionner.

Des frustrations populaires face à la lenteur ou à l’absence de progrès démocratiques ont aussi favorisé le soutien ou la tolérance d’interventions militaires. Des sondages réalisés avant certains coups d’État ont montré que des portions importantes de la population estimaient que les gouvernements civils n’étaient pas capables de répondre aux besoins essentiels, ce qui a parfois amené des citoyens à soutenir implicitement ou explicitement des putschistes. Cette dynamique n’explique pas à elle seule les coups d’État, mais elle en atténue la stigmatisation sociale et politique, en créant un environnement où l’idée même d’une intervention de l’armée comme « acte de salut public » peut gagner en audience.

Des fraudes électorales, des retards dans les calendriers électoraux, ou des tentatives de manipulation des résultats ont aussi été des déclencheurs de crises politiques qui, dans certains cas, ont débouché sur des coups d’État. Quand les élections ne sont pas perçues comme libres, transparentes et équitables, cela crée une crise de légitimité du pouvoir civil. Dans plusieurs pays, des putschistes ont justifié leur intervention en dénonçant des élections entachées d’irrégularités ou des gouvernements élus par des voies jugées non crédibles.

Les causes des coups d’État en Afrique de l’Ouest sont multiples et souvent interconnectées. Elles combinent des facteurs institutionnels (faiblesse démocratique), économiques (instabilité, pauvreté), sociaux (divisions ethniques), sécuritaires (incapacité à faire face à l’insécurité) et politiques (mauvaise gouvernance, corruption). Aucun facteur isolé ne suffit à expliquer l’ensemble des coups, mais leur interaction crée un terrain particulièrement fertile à l’intervention militaire dans la politique. Une compréhension de ces causes est essentielle pour imaginer des stratégies de prévention et de stabilisation démocratique dans la région.

Les coups d’État en Afrique de l’Ouest ont des conséquences profondes et souvent dramatiques. Au-delà de la perturbation immédiate de l’ordre politique, ces événements laissent des cicatrices durables sur les systèmes démocratiques, économiques et sociaux des pays concernés. Bien que certains coups d’État aient été justifiés par des militaires comme un retour temporaire à l'ordre, la plupart d’entre eux ont eu des effets déstabilisateurs de grande envergure.

L’une des conséquences les plus immédiates et visibles des coups d’État en Afrique de l’Ouest est l’affaiblissement de la démocratie. Les régimes militaires qui succèdent souvent à des gouvernements civils suppriment généralement les institutions démocratiques en place, suspendent les constitutions et interdisent les partis politiques et les élections. Par exemple, après le coup d'État de 2021 au Mali, les militaires ont suspendu la constitution au profit de la charte de la transition mettant fin aux processus démocratiques.

Les coups d’État empêchent souvent la tenue d’élections libres et transparentes. Dans le cas de la Guinée en 2021, après le renversement d’Alpha Condé, les militaires ont mis en place un gouvernement de transition sans calendrier électoral précis, retardant les élections prévues et créant une incertitude politique à long terme. Les promesses de transition démocratique faites par les militaires sont souvent perçues avec scepticisme en raison de leur tendance à ne pas respecter leurs engagements. Cela peut conduire à un cercle vicieux de coups d’État répétés et à un éloignement progressif des principes démocratiques.

Les coups d’État ont des conséquences directes sur les économies des pays concernés. L'instabilité politique crée un climat d'incertitude qui affecte la confiance des investisseurs, réduit les échanges commerciaux et provoque une baisse des investissements étrangers. Les sanctions internationales imposées aux régimes militaires exacerbent souvent ces effets, en particulier lorsqu’elles proviennent de grandes institutions économiques comme la Banque mondiale, l'Union européenne ou la CEDEAO1.

Dans le cas du Mali, après le coup d'État de 2012, l’économie a été gravement affectée, avec une baisse significative de l’aide internationale. Avant 2012, le pays avait enregistré une croissance économique stable, mais les sanctions imposées après la prise du pouvoir par les militaires ont entraîné une chute de l’investissement, une inflation élevée et une réduction de l’aide humanitaire.

L'incertitude politique fait fuir les investisseurs étrangers, ce qui bloque le développement d'infrastructures et freine l'expansion des entreprises locales. Les ressources naturelles, qui sont souvent des moteurs économiques dans la région, deviennent moins accessibles en raison des troubles politiques. Par exemple, en Guinée, l'instabilité liée au coup d'État de 2021 a affecté les projets miniers, ralentissant l’exploitation des ressources en bauxite, un secteur crucial pour l'économie guinéenne.

L’un des effets les plus dramatiques des coups d’État est la détérioration de la sécurité interne et l’affaiblissement de l’État de droit. Dans de nombreux cas, les régimes militaires imposent des mesures répressives, réprimant la liberté d'expression, les droits de l'homme et les manifestations pacifiques. Cela peut entraîner une violence d'État, des abus des forces de sécurité et des violations des droits fondamentaux.

Les militaires au pouvoir ont souvent recours à la répression pour consolider leur pouvoir. Au Mali, après le coup d’État de 2012, les autorités militaires ont mis en place des patrouilles armées, restreignant les libertés publiques et procédant à des arrestations arbitraires. Ces actions ont dégradé la situation des droits de l’homme, avec un enracinement de la violence dans les institutions.

Les coups d’État affectent également la stabilité régionale, en créant des vagues d'instabilité dans les pays voisins. En 2022, après le coup d’État au Burkina Faso, l’insurrection djihadiste qui secouait déjà le pays a connu une accélération, avec des effets transfrontaliers sur la Côte d'Ivoire, le Togo et le Niger. Cela perturbe les relations diplomatiques et peut entraîner un déplacement massif de populations à travers les frontières.

Dans les régions où l'État est affaibli, des groupes armés peuvent se multiplier. Ces groupes, souvent djihadistes, exploitent la vacance de pouvoir laissée par l'armée pour se renforcer, ce qui entraîne des violences supplémentaires et un détournement des ressources de l’État. Au Mali, après le coup d’État de 2012, on a assisté à la propagation de groupes terroristes dans la région du Sahel, créant un cercle vicieux de violence et de répression.

Les coups d’État peuvent également avoir un impact profond sur les relations internationales, en particulier avec des organisations comme l’Union européenne, la CEDEAO et les Nations unies. Les sanctions internationales sont courantes après un coup d'État, et cela peut isoler diplomatiquement le pays pendant une période prolongée. Le Mali, après le coup d’État de 2021, a vu ses relations diplomatiques se détériorer avec plusieurs pays occidentaux, notamment la France, qui a suspendu son aide et ses opérations militaires dans le pays. Cela a laissé le pays encore plus dépendant de ses voisins africains et des pays comme la Russie, qui sont désormais perçus comme des partenaires privilégiés par les autorités militaires.

Les coups d’État en Afrique de l’Ouest ont des répercussions lourdes et durables sur la politique, l’économie, la sécurité et la cohésion sociale. Nonobstant, depuis 2020, l’Afrique de l’Ouest fait face à une nouvelle vague de coups d’État, ravivant un phénomène que l’on croyait en déclin depuis les années 1990. Au Mali, en Guinée, au Burkina Faso ou au Niger, les transitions militaires se sont succédé, mettant à l’épreuve la stabilité régionale et la crédibilité des institutions africaines.

Alors que les causes des putschs sont multiples – fragilité des institutions, insécurité, crise économique ou corruption – il faudrait aujourd’hui envisager un ensemble de solutions pour sortir de cette spirale.

Les pays les plus résilients face aux coups d’État sont ceux où les institutions sont robustes, indépendantes et respectées. Le Sénégal et le Cap-Vert, n’ayant jamais connu de putsch depuis leur indépendance, montrent qu’un parlement opérationnel, une cour constitutionnelle indépendante, des commissions électorales crédibles et une armée apolitique constituent des remparts efficaces.

Ainsi, il serait séant de recommander l’indépendance totale de la justice; des commissions électorales permanentes, non partisanes ; un financement transparent des partis politiques ; un contrôle parlementaire des dépenses publiques. Ces réformes permettent de réduire les crises politiques qui ouvrent la porte aux interventions militaires.

Le rôle de l’armée dans les coups d’État est central. Là où les corps militaires sont politisés, sous-financés, mal formés ou utilisés comme instruments de répression, le risque de putsch augmente. D’où la nécessité de former l’armée aux principes républicains : loyauté envers la Constitution, neutralité politique, discipline hiérarchique ; instaurer un contrôle civil rigoureux sur les armées (budget, nominations, opérations) ; renforcer la formation des officiers dans les domaines éthiques et juridiques ; améliorer les conditions de travail pour réduire les frustrations internes. Les pays ayant professionnalisé leurs forces armées, comme le Ghana depuis les années 1990, ont vu disparaître les coups d’État.

En cela, il faudrait prévenir les manipulations constitutionnelles et protéger l'alternance. Car l’un des facteurs récurrents de crise en Afrique de l’Ouest est la tentation de certains dirigeants de s’accrocher au pouvoir en modifiant la Constitution ou en cherchant un troisième mandat. Pour prévenir ces dérives, plusieurs solutions doivent être envisagées : verrouiller les Constitutions contre les modifications opportunistes ; imposer que tout changement du nombre de mandats se fasse uniquement après la fin du mandat en cours ; instaurer des sanctions régionales automatiques en cas de violation flagrante de l’ordre constitutionnel.

Réduire l’insécurité est un élément central pour prévenir les putschs. Dans le Sahel, la montée des groupes djihadistes a créé un environnement où les gouvernements civils sont perçus comme incapables d’assurer la sécurité, ce qui alimente les putschs « de restauration ». Les solutions doivent inclure : une réforme profonde du secteur de la sécurité ; une coopération militaire renforcée entre États voisins ; une meilleure formation des forces antiterroristes ; des investissements dans la prévention communautaire et la stabilisation locale. L’insécurité prolongée est l’un des déclencheurs les plus fréquents de coups d’État récents : Mali (2020), Burkina Faso (2022), Niger (2023).

Notes

1 Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest.