Ce qu’on voit, c’est la chute d’un tyran. Ce qu’on ne voit pas, c’est le pillage systématique des ressources.
(Frédéric Bastiat, réactualisé par l’opération Absolute Resolve (1850))
Caracas, 3 janvier 2026, 3h15 - Le ciel s’embrase sous des tirs de missiles de précision. Ce n’était pas une guerre ni une invasion, mais une exécution chirurgicale. Quelques heures plus tard, Donald Trump, président élu avant son investiture officielle du 20 janvier, annonçait sur Truth Social la capture de Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores par le 160th Special Operations Aviation Regiment, les redoutables Night Stalkers.
Alors que l’ancien chauffeur de bus, devenu héritier du chavisme, attend son procès à Manhattan - audience préliminaire le 5 janvier, procès complet le 17 mars 2026, une question hante les chancelleries : les États-Unis ont-ils libéré un peuple ou braqué une banque de 300 milliards de barils ?
Pour comprendre cette opération, il faut, selon l’historien Olivier Compagnon, remonter à la plasticité de la diplomatie américaine. En 1823, la Doctrine Monroe se voulait un bouclier anticolonial : « Le continent américain devait demeurer à l’abri des ambitions impériales du Vieux Continent. ». Mais le XXe siècle a transformé ce bouclier en épée. Washington a mené 41 opérations de changement de régime en Amérique latine. De l’éviction de Jacobo Árbenz au Guatemala (1954) à celle d’Allende au Chili (1973), le prétexte est passé de la « menace communiste » à la « lutte contre le narcotrafic ». Aujourd’hui, avec Maduro, Trump inaugure ce que les experts de l’IRSEM appellent la « Doctrine Donro », un néologisme trumpien fusionnant Donald et Monroe, mélange de protectionnisme agressif et d’interventionnisme prédateur.
« Et si on commençait par appeler les choses par leur nom ? » s’interroge notre chronique d’opinion. L’exfiltration de Maduro n’est pas une « opération de police » ; c’est un enlèvement souverain, une violation flagrante de l’article 2, paragraphe 4 de la Charte des Nations Unies. Mais comme le veut la logique de puissance : le droit est une règle qui ne s’applique qu’aux autres. Ce n’est pas une question de légitimité morale, mais de géopolitique pure, un acte de réappropriation d’un territoire stratégique, masqué sous les habits de la justice et de la démocratie. Le Venezuela n’est pas un État en crise ; c’est une ressource non exploitée, une monnaie de réserve géopolitique, et les États-Unis ont décidé de la réintégrer à leur système financier par la force.
Le Venezuela possède les plus grandes réserves prouvées au monde (17,6 % du total global). Pourtant, sous Maduro, la production de PDVSA (Petróleos de Venezuela, S.A.) s’est effondrée, passant de 3 millions de barils/jour à peine 800 000. Le calcul de Trump est purement arithmétique : la réserve est de 303 milliards de barils, la valeur, au cours actuel de 61,66 $, est de 18 682 milliards de dollars, et l’objectif est de revenir aux « conditions léonines » de 1920-1960, quand Exxon et Chevron captaient 12 % du PIB vénézuélien.
Trump l’a dit sans détour : les majors US vont « revitaliser » le secteur pour rembourser les dommages de guerre. On ne parle plus de démocratie, mais de dividendes. Comme le souligne le repère financier d’Aramco (150 milliards de bénéfices par an), le Venezuela sous contrôle américain pourrait devenir la pompe à essence du nouveau siècle américain. Mais ce n’est pas une question de production, c’est une question de contrôle. Car derrière la reprise des puits se cache la réactivation d’un système financier : le pétrodollar.
Parce que Maduro a commis l’erreur fatale : menacer le dollar. En 2025, Caracas préparait le basculement de ses ventes pétrolières vers le yuan et l’intégration au système « BRICS Pay ». L’histoire est un éternel recommencement : Saddam Hussein voulait vendre en euros en 2000, Mouammar Kadhafi rêvait d’un dinar-or en 2009, Nicolás Maduro a signé son arrêt de mort en s’alliant à la stratégie de dédollarisation de Pékin. Le dollar est l’ultime champ de bataille. En capturant Maduro le jour même d’une rencontre avec des émetteurs chinois, Trump a envoyé un message brutal à Moscou et à Pékin : l’architecture financière mondiale reste centrée sur Washington, ou bien elle ne sera pas. Ce n’est pas une guerre contre Maduro, c’est une guerre contre le système monétaire alternatif que les BRICS tentent de construire. Et le Venezuela, avec ses réserves, était la pièce maîtresse de ce projet.
Le Venezuela, c’est l’issue en nord-ouest du continent sud-américain. À l’extrémité de la cordillère des Andes, il s’ouvre au nord sur la mer des Caraïbes et s’étend au sud de l’Orénoque, jusqu’à l’immense forêt amazonienne. Son vaste territoire de 910 000 km², aussi grand que la France et l’Allemagne réunies, abrite aujourd’hui plus de trente-et-un millions d’habitants, dont 90 % vivent en milieu urbain, et 50 % ont moins de 25 ans. C’est un pays de contrastes - entre la côte caribéenne, les plaines de l’Orénoque, les forêts amazoniennes, les montagnes andines - un pays où les ressources sont partout, mais où la richesse ne touche personne. Une géographie de l’inégalité.
Le lac Maracaibo, surnommé “Petite Venise” par Christophe Colomb à cause de ses villages sur pilotis, est le cœur de la production pétrolière vénézuélienne et le symbole de sa malédiction. C’est là que, depuis 1914, le pétrole a été découvert, alimentant d’abord les majors américaines, puis la rente chaviste, avant de devenir un champ de bataille géopolitique. Le bassin de l’Orénoque, au sud, abrite les réserves de pétrole lourd des sables bitumineux, les plus grandes du monde. Mais cette richesse est aussi une malédiction : les coûts environnementaux sont massifs, les infrastructures dégradées, les communautés indigènes menacées. Caracas, capitale située dans un bassin andin, est le centre politique, économique, culturel et symbolique du pays. C’est là que Maduro a été capturé, dans un palais situé à 900 mètres d’altitude, au cœur d’une ville de 3 millions d’habitants, où la répression est devenue une routine, et où la joie de la chute du tyran s’est mêlée à la peur de ce qui va suivre.
Le Venezuela est aussi un pays de frontières avec la Colombie, le Brésil, le Guyana, la mer des Caraïbes. Ces frontières sont des lignes de fuite, des zones de trafic, des points d’entrée pour les armes, les drogues, les migrants, les investisseurs. Elles ne séparent pas des États, elles relient des mondes.
Derrière les cartes d’état-major, il y a la faim. Le Venezuela de Maduro, c’est 7,5 millions d’exilés - la deuxième plus grande crise migratoire au monde après la Syrie, une inflation prévue à 682 % pour 2026, un PIB divisé par trois en une décennie. L’exode vénézuélien a transformé le continent. De Bogota à Lima, les infrastructures saturent. « J’ai fui Maduro, mais je ne fais pas confiance à Trump. Je veux juste manger », confie Angela (32 ans), rencontrée dans un centre d’accueil à Bogota.
Si l’arrestation du « dictateur brutal » est célébrée par une partie de la population, elle laisse un vide vertigineux. « Arrêter un homme ne reconstruit pas une économie », rappelle notre analyse financière. Sans institutions crédibles, le pays risque de passer d’un État autoritaire à un État défaillant, rejoignant le club tragique de la Libye ou du Yémen. Mais ce n’est pas une question de reconstruction, c’est une question de redéploiement. Les États-Unis ne viennent pas pour réparer, ils viennent pour réorganiser et cette réorganisation passe par la mainmise sur PDVSA (Petróleos de Venezuela, S.A.), les infrastructures, les contrats, les exportations.
La chute de Maduro ne signifie pas la fin du chavisme. La vice-présidente Delcy Rodríguez, surnommée « la Tigresse », assure l’intérim et dénonce un « rapt ». Soutenue par les collectivos (milices armées) et une partie de l’armée, elle organise une résistance larvée dans les montagnes - un territoire difficile à contrôler, où les Andes, les forêts, les vallées, autant de territoires où les milices, les groupes armés peuvent se cacher, résister, ouvrir des fronts. Ce n’est pas un désert, c’est un labyrinthe et ce labyrinthe, Delcy Rodríguez le connaît.
Pendant ce temps, Elon Musk déploie Starlink gratuitement dans le pays. Initiative humanitaire ou outil d’ingérence ? Le blackout numérique imposé par les cyberattaques américaines a laissé le champ libre au milliardaire pour devenir le fournisseur unique d’information, illustrant la privatisation de la diplomatie moderne.
Ce n’est pas un geste de charité, c’est un acte de souveraineté numérique. Musk ne sauve pas le Venezuela, il le connecte à son réseau, et par là même, il le rattache à l’écosystème technologique et financier américain. C’est une forme de colonisation douce, sans soldats, mais avec des satellites et c’est précisément ce que Frédéric Bastiat décrivait : ce qu’on voit, c’est l’humanité d’un milliardaire qui apporte l’Internet. Ce qu’on ne voit pas, c’est que ce réseau est un instrument de contrôle, une porte d’entrée pour les données, les communications, les marchés, les votes et que la liberté d’accès est désormais conditionnée à l’alignement avec les intérêts de la Silicon Valley, elle-même alignée sur la Maison-Blanche. L’Europe regarde ailleurs. Pourquoi ? Parce qu’elle a signé en 2025 un accord de 750 milliards de dollars pour acheter de l’énergie fossile américaine.
La souveraineté énergétique conditionne désormais la souveraineté diplomatique.
Condamner l’invasion du Venezuela, ce serait risquer de couper le chauffage à Paris ou Berlin. Quant à la « cohérence » de Trump, elle est inexistante. Il bombarde Maduro pour « sauver la démocratie » mais encense Nayib Bukele au Salvador. Le critère n’est pas le bulletin de vote, mais la loyauté envers la Maison-Blanche.
L’opération Absolute Resolve marque un tournant historique. Les États-Unis ne cherchent plus à convaincre, ils cherchent à capturer. Après le Venezuela, qui sera la prochaine cible ? Les regards se tournent déjà vers l’Iran ou le Groenland. Nous sommes entrés dans le temps des prédateurs, un monde où Frédéric Bastiat nous rappelle de regarder non pas « ce qu’on voit » (la chute d’un tyran), mais « ce qu’on ne voit pas » (le pillage systématique des ressources).
Mais il y a un autre phénomène, plus silencieux, plus profond : l’exode vénézuélien. Plus de 7,5 millions de personnes ont quitté le pays, une crise migratoire qui n’a d’égal que celle de la Syrie. Ce n’est pas un simple déplacement, c’est une désintégration nationale. Les classes moyennes, les jeunes, les médecins, les ingénieurs, tous ont fui.
Et pourtant, dans les rues de Caracas, certains ont célébré la chute de Maduro. Pas parce qu’ils croient à la démocratie américaine, mais parce qu’ils ont épuisé toutes les autres options. La joie n’est pas celle de la libération, mais celle du soulagement. Le peuple ne se réjouit pas de la victoire de Trump, il se réjouit de la fin d’un cauchemar qu’il a subi pendant treize ans.
Et ce soulagement, Trump le sait. Il le cultive. Il le transforme en légitimité. Il en fait une preuve de son succès. Mais ce n’est pas une victoire politique, c’est une victoire de désespoir. Et c’est là que réside le paradoxe de cette opération : le peuple vénézuélien est à la fois victime et complice. Victime de l’autoritarisme de Maduro, complice de l’ingérence américaine. Il ne choisit pas entre deux modèles, il fuit un chaos.
Et dans cette fuite, il ouvre la porte à un nouveau chaos - celui de l’occupation indirecte, de la gestion par les majors, de la souveraineté numérique confisquée par Starlink, de la transition forcée par Delcy Rodríguez, de la répression larvée des colectivos. Le Venezuela ne se rendra jamais à l’impérialisme - mais il n’a plus besoin de se rendre. Il a été réquisitionné. Trump voit dans cette opération un modèle. Un modèle qu’il compte répliquer en Amérique latine. Cuba, le Mexique, la Colombie - tous sont désormais dans le viseur. Le Groenland, l’Iran - tous sont désormais dans la ligne de mire.
Car ce n’est pas une guerre contre Maduro, c’est une guerre contre l’indépendance. Une guerre contre les nations qui osent sortir du système. Une guerre contre ceux qui veulent échanger leur pétrole en yuans, en roubles, en dinars, en or. Une guerre contre ceux qui veulent vivre sans le dollar, sans l’OTAN, sans les majors, sans Starlink.
Et c’est là que réside le vrai danger : l’impératif climatique. Parce que si les États-Unis contrôlent le Venezuela, ils contrôlent les réserves de pétrole les plus importantes du monde. Et si elles sont exploitées à pleine capacité, le réchauffement climatique s’accélérera. Le Venezuela n’est pas un pays, c’est un réservoir de carbone. Et ce réservoir, Trump le veut ouvert. Pour les dividendes. Pour les emplois. Pour la puissance. Et tant pis si les forêts de l’Orénoque brûlent, si les rivières sont polluées, si les communautés indigènes sont déplacées. Parce que dans ce nouveau monde, le climat n’est plus une urgence, c’est un coût externe. Un coût que paieront les autres, pas les actionnaires.
Il y a des jours où la carte du monde ne change pas : elle se réécrit.
Le 3 janvier 2026, le monde a basculé. Ce n’était pas une guerre, mais un coup d’État géopolitique. Ce n’était pas une libération, mais une réquisition stratégique. Et ce n’était pas une exception, c’était un modèle.
Donald Trump, en capturant Nicolás Maduro dans son propre palais, a démontré que la loi du plus fort avait remplacé le droit international. Il a donné carte blanche aux « nouveaux empereurs » - Poutine en Ukraine, la Chine à Taïwan, en montrant que le respect des frontières et des souverainetés n’a plus de force de loi. Et l’Europe ? Piégée entre menace économique, militaire et idéologique, elle regarde ailleurs. Parce qu’elle est dépendante des États-Unis pour sa sécurité, pour son énergie, pour son économie. Et parce qu’elle ne peut pas se permettre de condamner l’invasion du Venezuela, au risque de couper le chauffage à Paris ou Berlin.
Mais ce n’est pas un hasard. C’est une stratégie. Et cette stratégie, elle s’appelle la Doctrine Donro : la réactualisation de la Doctrine Monroe, réécrite par Trump pour transformer l’Amérique latine en « pré carré » américain. Comme l’a dit Trump lui-même :
Les États-Unis vont reprendre le contrôle en Amérique du Sud.
Et ce contrôle, il passe par le pétrole. Le Venezuela, avec ses 303 milliards de barils, est le pays de l’or noir par excellence. Mais ce n’est pas pour l’exploiter, c’est pour l’empêcher d’être exploité par d’autres. Comme l’explique Rachelle Tous Freund, spécialiste de la politique étrangère américaine :
Les États-Unis n’ont pas réellement besoin du pétrole vénézuélien. Leur objectif est avant tout d’empêcher la Chine et l’Iran d’établir une présence très forte dans ce pays, éminemment stratégique.
C’est une guerre d’influence, pas une guerre de ressources. Et cette guerre, elle se joue aussi en mer. Le 7 janvier, les gardes-côtes américains ont intercepté deux pétroliers, l’un en direction de la Chine, l’autre escorté par la marine russe. Ces interceptions, filmées et diffusées sur les réseaux sociaux, envoient un message clair : « Pas touche à notre jardin. Ne venez pas chez nous, sinon on n’hésitera pas à riposter. »
Le Groenland : la prochaine cible ?
Et si le Venezuela n’était qu’un début ? Le 4 janvier, Donald Trump a jeté son dévolu sur le Groenland, un territoire de 57 000 habitants, mais qui renferme 36 millions de tonnes de terres rares, essentielles pour les smartphones, les voitures électriques, les éoliennes, les drones militaires. Et qui est situé au cœur d’un nouveau carrefour stratégique arctique, où la fonte des glaces réduit de 40 % la distance entre l’Asie et l’Europe. La première ministre danoise, Mette Frederiksen, a réagi sans détour :
Si les États-Unis décident d’attaquer le Groenland, cela signifiera la fin de l’OTAN.
C’est un avertissement. Parce que l’OTAN, fondée en 1949 pour protéger l’Europe contre l’URSS, repose sur le principe de la défense collective : si un membre est attaqué, les autres interviennent. Et le Groenland, bien qu’autonome, dépend du Danemark pour sa défense et donc pour son statut au sein de l’OTAN. Mais Trump ne voit pas les choses ainsi. Pour lui, le Groenland est un marché à conquérir, pas un allié à protéger. Et il a déjà dit qu’il voulait l’acheter comme un bien immobilier. Son secrétaire d’État, Marco Rubio, a confirmé : « L’option privilégiée est une option d’achat. ». Les Groenlandais, eux, ont été clairs :
Nous ne voulons pas être américains, nous ne voulons pas être danois, nous voulons être Groenlandais.
L’Europe : piégée entre les deux empires ?
L’Europe est prise au piège. Elle est dépendante des États-Unis pour sa sécurité, mais menacée par la Chine pour son économie. Elle prétend défendre les valeurs démocratiques, mais reste silencieuse face à l’invasion du Venezuela. Elle se dit « anti-colonialiste », mais ne condamne pas l’impérialisme américain. Comme l’a dit Stéphanie Balm, directrice du centre de recherche international de sciences politiques :
Les rapports de force aujourd’hui sont beaucoup plus d’ordre économique, géoéconomique que géopolitique ou militaire. Trump et le mouvement MAGA ne recherchent pas une confrontation militaire directe avec la Chine. L’objectif est une logique de reconfiguration des rapports de force économique.
Et cette reconfiguration, elle passe par l’exclusion de la Chine de l’Amérique latine en commençant par le Venezuela.
Une reconfiguration géopolitique prédatrice?
Le Venezuela n’est pas un cas isolé. C’est un miroir du monde. Il reflète la fin du droit international, la montée de l’impérialisme économique, la désintégration des États, la privatisation de la souveraineté, la transformation du climat en enjeu géopolitique.
Et ce miroir, il nous renvoie à une question : jusqu’où ira l’Amérique ? Jusqu’où ira Trump ? Jusqu’où iront les États-Unis ? L’histoire jugera. Le pétrole, lui, a déjà choisi son camp.
Le Venezuela ne se rendra jamais à l’impérialisme.
(Nicolás Maduro (dernière déclaration avant sa capture)).
Nous sommes désormais aux commandes.
(Donald Trump (discours du 5 janvier 2026, avant investiture)).















