Vedette américaine, immense talent ou joueur surcoté ? Andre Agassi détone autant qu’il détonne au début des années 90. Son style et ses résultats varient au gré de ses humeurs. Devancé par ses conscrits, Jim Courier et Pete Sampras, Agassi parvient à se bâtir un palmarès respectable. Il remporte les ATP Finals et la Coupe Davis en 1990, Wimbledon et une deuxième Coupe Davis en 1992, puis l’US Open en 1994. Dauphin de Sampras au classement ATP de fin d’année, Agassi est un poids lourd du circuit, mais pas encore un grand champion. Il lui faut conquérir le trône et établir un fief. Tandis que Pistol Pete annexe Wimbledon et l’US Open, le Kid de Las Vegas jettera son dévolu sur l’Open d’Australie, qu’il a longtemps boudé.

1995 : Premier titre

L’édition 1995 de l’Open d’Australie met fin à une attente et une anomalie. Numéro deux mondial, pétri d’ambitions, Agassi dispute et remporte un tournoi fait pour lui. Les conditions de jeu, Rebound Ace1 moyennement rapide et soleil éclatant, lui siéent à merveille. Agassi expédie ses adversaires, dont le prometteur Patrick Rafter et le dangereux Yevgeny Kafelnikov, puis se qualifie pour la finale sans égarer le moindre set.

Le match : victoire en finale contre Sampras

Battu à trois reprises par Sampras en finale de l’US Open (1990, 1995, 2002), Agassi marque son territoire australien. Éprouvé par un parcours éreintant ponctué de deux remontées de deux sets à zéro, le numéro un mondial cède physiquement en quatre manches. Sur la lancée de cette victoire capitale, Agassi réalise un printemps exceptionnel. Une finale à Indian Wells puis un titre à Miami face à son meilleur ennemi lui offrent le trône du classement ATP.

2000 : Apogée d’un champion

Après une descente aux enfers et au classement en 1997, Agassi redevient peu à peu le grand champion2 qui sommeillait en lui. Il réintègre le Top 10 en 1998 puis vit une période faste de sa carrière. Après une victoire émouvante à Roland-Garros en 1999, Agassi enchaîne quatre finales de Grand Chelem et s’impose comme le patron du circuit ATP. Il s’astreint désormais à une préparation commando sous la houlette de Gil Reyes. Les sprints dans la Magic Mountain alternent avec les séances poussées de musculation. Malgré un bon premier set, Kafelnikov ne peut tenir le rythme imprimé en finale.

Le match : victoire en demi-finale contre Sampras

Agassi vient à bout de Sampras en cinq sets dans un match essentiel tant dans sa carrière que dans leur tête-à-tête. Le tournant a lieu lors du mythique jeu décisif de la quatrième manche où Sampras prend tous les risques, sert deux aces sur seconde balle, mais Agassi refuse de céder. Le Kid de Las Vegas fait cavalier seul en fin de rencontre et peut regarder son grand rival dans les yeux à l’heure du bilan. S’il ne vaincra jamais Pistol Pete à l’US Open, il lui aura toujours résisté à l’Open d’Australie.

2001 : Confirmation au sommet

Agassi fait le doublé et conserve ainsi pour la seule fois de sa carrière un titre du Grand Chelem. S’il connaît une saison 2000 contrastée et redescend à la sixième place mondiale, il demeure l’homme à battre à Melbourne. Toujours très affûté, Agassi réalise un tournoi solide où il impose sa puissance et sa maîtrise à ses adversaires. Le lutin Arnaud Clément, vainqueur d’un duel franco-français fratricide contre Sébastien Grosjean au tour précédent, se fait écraser par le rouleau compresseur américain en finale.

Le match : victoire en demi-finale contre Rafter

Une trilogie dramatique oppose Agassi à Rafter en demi-finale de Wimbledon de 1999 à 2001. Après une première victoire contrôlée en trois sets, l’Américain s’incline sur le fil dans les deux rencontres suivantes face à l’Australien. Néanmoins, Agassi demeure le maître des lieux à Melbourne. Rafter, grand serveur-volleyeur à l’instar de Sampras, bouscule son adversaire dans un match tendu avant de craquer physiquement et de frustrer les espoirs de son public.

2003 : Dernier triomphe

Agassi remporte magistralement un quatrième trophée à l’Open d’Australie ainsi que son dernier titre du Grand Chelem. Forfait en 2002, il demeure invaincu durant le quadriennat 2000-2003. Avant l’avènement du Big 3 composé de Roger Federer, Rafael Nadal et Novak Djokovic, il donne ses lettres de noblesse à un tournoi autrefois négligé par les meilleurs joueurs du monde. L'édition 2003 est marquée par une hécatombe des principaux favoris qui laisse le champ libre à Agassi. Son principal opposant, Grosjean, est balayé en quart de finale.

Le match : victoire en finale contre Schuettler

L’inattendu Rainer Schuettler se faufile en finale dans des circonstances favorables. Après avoir bénéficié du forfait de Marat Safin au troisième tour, il domine David Nalbandian en quart de finale et Andy Roddick en demi-finale, tous deux diminués physiquement. La sanction est sévère face à Agassi qui saute sur l’occasion, roule sur son adversaire et ne lui laisse que cinq petits jeux. Quelques mois plus tard, l’Old de Las Vegas devient à trente-trois ans le plus vieux numéro un mondial de l’histoire (pré-Big 3).

Et si Agassi…

Roi de Melbourne avec ses quatre couronnes, Andre Agassi aurait-il pu être empereur, à l’instar de Federer (six trophées) ou de Djokovic (dix) ? Fin 1990, il remporte son premier titre majeur aux ATP Finals, puis Boris Becker bat Ivan Lendl en finale de l’Open d’Australie un mois plus tard. Or, Agassi a pris un ascendant décisif sur Becker, qu’il dominera quasi systématiquement durant la suite de sa carrière, tandis que Lendl entame un déclin irrémédiable. Un Kid de Las Vegas présent et préparé pouvait légitimement viser la victoire dès 1991. Que serait-il advenu ensuite ? La réponse appartient à l’uchronie.

Notes

1 Le Rebound Ace est une surface de tennis utilisée lors de l'Open d'Australie à Melbourne jusqu'en 2008. Elle sera remplacée par le Plexicushion puis par le GreenSet en 2020.
2 Top 16 des plus grands joueurs de l’ère ATP.