Ça grouille, ça déborde, ça suinte et ça rampe. Il est question de contagion, de ramification, de viralité. De temps qui défile.

Nous voilà face à un monde qui semble être inconnu mais qui n'est que le nôtre. Un paysage dont on reconnaît les contours.

Bien sûr, on pense aux êtres hybrides et aux figures fantastiques de la fin du Moyen Âge. On pense aux bouches de l'Enfer, aux créatures démoniaques et aux fosses ardentes. On comprend le macabre et le terrifiant, on présume que les songes et les hallucinations ne sont pas bien loin.

C'est un dessin qui se regarde cent fois parce qu'il est toujours possible d'y débusquer autre chose. Des crapauds couronnés d'or, des hybrides flottants, des excroissances anthropomorphes, des maisons dont on sait bien qu'elles sont hantées et des papillons qui n'échappent pas au feu.

C'est une prolifération fantastique de nuages toxiques et d'arcs-en-ciel dont il faudra se méfier. C'est à la fois exubérant et frontal, crypté et limpide. C'est souvent inquiétant et drôle. Absurde et complexe.

On sent le désordre et la ruine, le grotesque et la satire qui s'entremêlent. Il y a la vie encore et la mort qui s'approche.

On pense à Matthias Grünewald et Jérôme Bosch, on se souvient d'Herri met de Bles et Jan Mandyn et toute cette imagerie particulière. On se place face au dessin monumental de Winshluss. C'est une image du monde et il est infernal.

On prend une respiration et on observe au-delà de la couleur. Au delà du sucré apparent, au delà des repaires de l'enfance qui parfois nous consolent. On s'avance et nos corps se raidissent.

Il faut accepter d’être stoppé dans son élan et prendre le temps de s'approcher encore. Découvrir des forêts denses et sombres, la danse mortifère de serpents disproportionnés et de formes qui pourraient être des monstres. Puis des ciels en feu comme des bouches ouvertes menant droit vers l'enfer. Des flammes, une éruption et une fournaise punitive.

Il y a une énergie, une force où que l'on regarde. Un mouvement qui surgit, qui fonce sur nous et qui pourrait bientôt nous engloutir. On se dit que Winshluss s'acoquine avec le malaise, qu'il compose avec une étrange beauté, qu'il se débat avec la foule nombreuse et monstrueuse de nos peurs.

Pour celles et ceux qui n'auraient pas pris le temps de s’attarder, il s'ajoute au centre. Il se place, lui et ses enfants. Réalistes et reconnaissables. Pour fixer encore un peu plus notre attention, pour nous empêcher d'aller trop vite.

Pour dire, on savait. Il s'agira de ne plus détourner les yeux.

(Texte de Carine Roma-Clément)