J’ai deux amours, mon pays et Paris.
Non ! Non ! Mes deux amours : l’art et la cuisine.

D’un côté, la beauté des œuvres d’art nourrit mon âme. Elle me transporte vers des territoires invisibles, des espaces intérieurs où aucune trace humaine n’existe, si ce n’est la mienne. C’est un voyage intime, où défilent des paysages qui ressemblent à ma propre existence, comme des captures d’écran de fragments de mémoire recomposés. Le pouvoir de l’art varie en fonction de mes propres expériences de la vie : il suffit parfois d’une couleur, d’une texture ou d’une lumière pour réveiller un souvenir enfoui, un instant heureux ou oublié, et soudain tout mon être se met à vibrer, comme si l’œuvre me reconnaissait avant même que je ne la comprenne.

Et de l’autre, la cuisine, elle, est plus physique. Plus immédiate. Moins métaphysique, peut-être, que l’univers de l’art, et pourtant tout aussi essentielle. Nous sommes des êtres de chair : si nous ne nourrissons pas nos corps, nous disparaissons. Là où l’art élève, la cuisine ancre. Là où l’un nous emporte, l’autre nous retient. Et entre les deux, je vis.

Dans mon esprit, la frontière entre l’art et la cuisine est d’ailleurs extrêmement floue. Lorsque je contemple La Cène de Leonardo da Vinci, il m’arrive d’avoir envie d’appeler quelques amis pour partager du bon pain et un délicieux verre de vin. Cette scène sacrée devient soudain profondément humaine.

À l’inverse, lorsque j’ouvre une simple boîte de conserve, je pense à Campbell's soup cans d’Andy Warhol. Et même s’il était encore de ce monde, je sais qu’il resterait parfaitement indifférent à cette double passion qui est la mienne.

Peut-être que vous, mes très chers lecteurs, non seulement vous comprenez mes faiblesses, mais vous les partagez aussi.

Si c’est le cas, j’ai une proposition à vous faire.

Je vous invite à m’accompagner à Art Paris 2026, qui se tiendra au Grand Palais du 9 au 12 avril. Un rendez-vous incontournable de l’art moderne et contemporain, réunissant 165 exposants venus du monde entier.

Avez-vous déjà visité le Grand Palais ? Rien que sa verrière suffit à donner le vertige. Même de loin, il impressionne. Vous vous souvenez de l’ouverture des Jeux olympiques, avec Axelle Saint-Cirel perchée sur le toit et chantant La Marseillaise ? Cette image a fait le tour du monde. Elle résume à elle seule une certaine idée de la France : spectaculaire et élégante. Des milliards de personnes l’ont regardée, fascinées.

Sur place, nous pourrons déambuler entre les stands, observer, ressentir, questionner… et pourquoi pas jouer un peu. Nous pourrions faire croire aux galeristes que nous sommes de grands collectionneurs à la recherche d’un artiste émergent au potentiel d’investissement exceptionnel.

Plus sérieusement, cette édition met particulièrement à l’honneur la scène française (60 % des galeries), tout en maintenant un dialogue ouvert avec l’international. Deux thématiques structurent la programmation : Babel, Art et langage en France et La réparation. À cela s’ajoutent des expositions, des prix, des conférences et un programme VIP déployé dans tout Paris. Une foire à la fois exigeante, accessible et résolument tournée vers la découverte.

Parmi les temps forts, le Prix Her Art 2026, organisé avec Marie Claire et Boucheron, récompense une artiste femme avec une dotation de 30 000 euros et une visibilité internationale. Un prix qui célèbre à la fois une œuvre forte et un parcours singulier.

Je l’avoue : il m’arrive de rêver de le remporter. J’imagine déjà les montagnes d’ingrédients que je pourrais acheter avec une telle somme, et les recettes infinies que je pourrais inventer. Mais la réalité me rattrape vite : après avoir été expulsée de l’académie des beaux-arts pour mon obsession à peindre des vaches, mes chances restent… disons, modestes.

À l’époque, l’exclusion ne m’avait pas découragée. Je continuais à peindre, inlassablement, dans ma petite chambre d’étudiante, des centaines de toiles de vaches. Des vaches qui volaient dans le ciel, qui poussaient dans les arbres comme des fruits étranges, ou qui, une fois tombées, se transformaient en tapis. C’était absurde, ces grosses vaches heureuses. Et pourtant, elles étaient exposées partout à Paris, et chacune d’elles trouvait un foyer.

Parmi les exposants, vous pourrez notamment découvrir la galerie A2Z, qui présente des artistes asiatiques émergents et confirmés, comme Ma Desheng, ce qui constitue une excellente raison supplémentaire de filer au Grand Palais plus vite que le vent.

Et puis, après avoir nourri nos âmes, il sera temps de nourrir nos corps.

Je vous propose de prolonger cette expérience chez moi, autour d’un apéritif dînatoire. Au menu : mes nems, il paraît les meilleurs de Paris, préparés avec amour selon la recette de mes parents, une recette qu’ils ont perfectionnée depuis plus de quarante ans. Croustillants à l’extérieur, fondants à l’intérieur, ils racontent à leur manière une histoire de transmission, de mémoire et de patience.

Autour de la table, nous parlerons d’art, bien sûr. Mais aussi de nourriture, de souvenirs, de voyages. Lou et Jolie se joindront à nous, et la soirée prendra, je l’espère, cette tournure simple et précieuse des moments partagés.

Alors voilà : une exposition, un dîner et peut-être une rencontre.

Qui veut venir avec moi ?