Avec Mathis Altmann, Nina Beier, Marcel Broodthaers, Chiki, Cosima von Bonin, Roberto Cuoghi, David Douard, Ana Viktoria Dzinic, Mimosa Echard, Felix Gonzalez-Torres, Andrew J. Greene, Wade Guyton, Pierre Huyghe, Brook Hsu, Dana Lok, Mike Kelley, Jean Luc Moulène, Amy Sillman, Haegue Yang, Heimo Zobernig.

Pharmakon (φάρμακον) /ˈfɑːr.mə.kɒn/ n. — dans la Grèce antique, ce qui est à la fois remède et poison, et dont l’effet dépend du contexte, du dosage ou de l’usage.

À travers la littérature, le cinéma, la publicité et les arts visuels, la couleur verte n’a jamais cessé d’échapper à toute signification stable. L’exposition réunit des œuvres qui interrogent sa charge émotionnelle et symbolique, révélant une couleur fondamentalement ambivalente, travaillée par la contradiction et la métamorphose. Longtemps associée à l’harmonie, à l’équilibre et à l’ordinaire du quotidien, le vert fut recommandé par Goethe, à la fin du XVIIIe siècle, pour les intérieurs domestiques, censés apaiser le regard et tempérer l’esprit. Or les pigments employés dans les papiers peints de cette teinte se révélèrent hautement toxiques, produisant un environnement décoratif dont les effets se montrèrent littéralement mortifères.

À l’image du pharmakon grec — simultanément remède et poison — le vert défie toute lecture univoque. Il condense croissance et toxicité, soin et contamination, promesse et menace. Son sens n’est jamais donné d’avance : il se constitue dans la relation, selon la dose, le contexte et la proximité. Le vert ne résout pas les tensions qu’il charrie ; il les maintient à l’état actif.

Sur le plan historique, le vert se distingue par une instabilité matérielle singulière. Facile à produire mais difficile à fixer, il a longtemps nécessité des procédés chimiques dangereux, faisant de sa stabilisation même un acte à risque. De cette caractéristique découle une large part de son imaginaire symbolique. Le vert est la couleur de ce qui fluctue, dérive et se transforme. Il est associé au hasard, au jeu, au destin, à la fortune et à la chance, et règne sur les espaces où se négocient l’argent, l’avenir et le risque. Porteur à la fois de vitalité et de corruption, de fraîcheur et de décomposition, il incarne un état transitoire — celui de l’incertitude, du passage et du devenir.

Ces ambivalences traversent les représentations culturelles. Dans Le chêne de Flagey (1864) de Gustave Courbet, le vert affirme une présence tellurique, dense et presque sacrée de la nature. À l’opposé, les verts troubles de Stalker (1979) d’Andreï Tarkovski suggèrent une zone contaminée, instable, où le danger est autant physique que spirituel. Le vert peut signaler protection et faveur, comme dans la figure énigmatique du Chevalier Vert des légendes arthuriennes, ou manifester la maladie et le dépérissement, comme dans L’enfant malade (1885–86) d’Edvard Munch. Dans la culture de consommation, il oscille entre l’argument de la naturalité et l’indice d’une artificialité suspecte. Couleur de l’argent et de l’envie, il est aussi celle de la croissance et de la régénération — sans jamais se fixer durablement d’un côté ou de l’autre.

Pour Pharmakon, l’exposition rassemble un ensemble transgénérationnel d’artistes — vivants et disparus — dont les œuvres examinent le vert comme un champ de forces plutôt que comme un simple attribut chromatique. Le vert y apparaît comme une matière instable, un opérateur de trouble et de déplacement, qui met en crise les oppositions entre nature et artifice, soin et danger, séduction et menace. Plutôt que d’en proposer une lecture définitive, l’exposition laisse affleurer ses zones d’indétermination, là où le sens reste en suspens et où la couleur agit moins comme un symbole que comme une expérience.