Carré d’Art – Musée d’art contemporain consacre une exposition majeure à IdaTursic & Wilfried Mille, dont la pratique en duo, développée depuis plus de vingt ans, interroge de manière frontale les conditions d’existence de la peinture dans un monde saturé d’images. Leur travail ne cherche ni à préserver le médium, ni à en affirmer la pureté, mais à l’exposer à l’excès, à la collision et à la dissonance.
S’emparant de l’ensemble des registres iconographiques, paysage, portrait, nature morte, abstraction, imagerie publicitaire ou références savantes, les artistes composent des peintures traversées par des strates multiples, des interruptions, des accidents et des gestes parasites. Les images y sont prélevées, déplacées, superposées, parfois altérées jusqu’à leur quasi-disparition, produisant des tensions constantes entre figuration et abstraction, reconnaissance et perte de repères.
Cette logique de dissonance, toujours variable, traverse l’ensemble de l’exposition, nous plonge dans l’intimité de l’atelier des artistes et dans une pratique empirique où la peinture fonctionne comme un système dont les règles se déplacent en permanence. Les styles se contaminent, les affects basculent, les motifs circulent d’une œuvre à l’autre. Scènes sentimentales empruntées à l’imagerie d’après-guerre, paysages traversés de catastrophes latentes, motifs floraux, gestes abstraits ou fragments picturaux coexistent dans une proximité volontairement instable. La peinture, omniprésente, agit comme un outil critique, interrogeant, non sans humour, un certain ordre établi, la hiérarchie des goûts et le pouvoir de séduction des images.
Refusant toute définition définitive du médium, testant toujours ses limites, Tursic & Mille étendent la peinture dans l’espace à travers panneaux découpés, bois brûlés, œuvres sur papier, plaques offset qui servent de palette ou fragments autonomes de couleur. La peinture déborde ainsi la toile, elle sort du cadre pour devenir un environnement, brouillant les frontières entre image et objet, surface et matière.
Ancrée dans l’histoire de la peinture tout en la mettant sans cesse à l’épreuve, leur œuvre propose une expérience visuelle où rien ne se stabilise définitivement. Dissonances à géométries variables invite le regardeur à traverser un champ pictural instable, fait de frictions, de contradictions, de répétitions et de déplacements, où la peinture ne représente pas le monde, mais en interroge les formes, les affects et les tensions contemporaines.












