Galleria Continua a le plaisir de présenter Navigation privée, la première exposition personnelle de Jorge Macchi dans son espace du Marais à Paris.
L’exposition présente une nouvelle constellation d’œuvres qui se déploie comme une enquête subtile et troublante sur la perception, l’absence et les mécanismes fragiles par lesquels le sens se construit. Conçue comme une séquence d’interruptions, de suspensions et de rythmes, elle invite le visiteur dans un espace où ce qui manque devient aussi actif que ce qui est présent. Le titre Navigation privée suggère une double lecture. D’une part, il évoque un voyage intime, une navigation privée, presque secrète et introspective. D’autre part, il puise directement dans le langage numérique contemporain: la navigation privée, ou mode incognito, une fonction conçue pour effacer les traces, suspendre la mémoire et échapper momentanément à l’accumulation de données.
Le travail de Jorge Macchi remet constamment en question la relation entre le monde et nos systèmes perceptifs. Par le biais d’absences, de déviations et de modulations, il démantèle la linéarité de la compréhension, bousculant une vision façonnée par le conditionnement culturel et la répétition mécanique.
C’est dans ce manque que le regard acquiert un pouvoir créateur. Le visiteur est invité à une lecture active et personnelle.
L’exposition s’ouvre sur le texte Envoie une lettre de menace à toi-même tout en dissimulant ton identité, présenté dans la vitrine extérieure. Cette citation de l’artiste provient du livre numérique do it (2004) de Hans Ulrich Obrist, développé en collaboration avec e-flux. do it est une exposition conçue par Obrist en 1993, fondée sur des instructions écrites par des artistes, des règles ouvertes, des propositions d’actions ou de gestes, destinées à être interprétées et réalisées différemment à chaque activation, révélant la pluralité des lectures et des formes possibles. L’installation invite à un engagement provocant avec notre propre conscience, les détours de notre identité et l’acte intime de dissimuler certaines parties de nous-mêmes.
La lettre volée est une œuvre d’une discrétion trompeuse: une carte postale découpée et partiellement encastrée dans l’angle d’un mur, comme si elle transgressait l’architecture elle-même. Cachée à la vue de tous, la carte postale envoyée de Paris à Buenos Aires ne révèle que des fragments des informations qu’elle porte, qu’il s’agisse de l’adresse ou des timbres, incarnant la contradiction entre intimité et exposition, mémoire et circulation, permanence et disparition.
Tout au long de l’exposition, les dialogues se multiplient, se faisant écho et se reflétant d’une œuvre à l’autre. L’espion, une structure cubique en briques, invite le visiteur à entrer et à observer l’exposition depuis un point de vue apparemment protégé. À travers les briques flottantes, il est possible d’épier l’espace environnant dans un acte voyeuriste et intime. Pourtant, cette position se révèle illusoire. L’œuvre fonctionne comme un panoptique - un modèle idéal de surveillance du XVIIIe siècle permettant aux détenteurs du pouvoir d’observer sans être vus. Ici, cependant, en espionnant, on devient l’objet du regard. Les parois ajourées et la partie inférieure visible du corps exposent l’observateur, explorant les dynamiques de pouvoir et transformant la surveillance en vulnérabilité.
Au centre de l’espace, Sur la table présente une énigme sculpturale structurée autour d’un noyau invisible. Six tables identiques interagissent de telle manière que ce qui devrait être «sur la table» demeure dissimulé. L’œuvre repose sur seulement trois pieds et tient dans un équilibre volontairement instable, soulignant la tension entre ce qui assure physiquement sa stabilité et ce qui, sur le plan conceptuel, demeure absent et inaccessible. Un écho subtil de Metrocubo d’infinito (Mètre cube d’infini) de Michelangelo Pistoletto apparaît ici, proposant une conception de l’infini qui ne repose pas sur le volume physique, mais sur ce qui demeure volontairement inaccessible au regard.
Déployée le long du grand mur, Les vagues est une installation composée de quarante-neuf peintures circulaires encadrées, disposées sur quatre niveaux. Ensemble, elles reproduisent le clavier d’une ancienne machine à écrire Remington, évoquant, par leur disposition, le rythme et le mouvement des vagues. Lettres et symboles s’estompent progressivement, de haut en bas, révélant l’impossibilité pour le langage de saisir la réalité dans sa totalité.
L’aquarelle Punaise jaune prend pour point de départ une photographie où une punaise semi-transparente paraît n’accrocher que sa propre ombre, laissant entrevoir une trace de sa couleur. Le caractère imprévisible de l’aquarelle accentue ainsi la tension entre présence et absence, en introduisant le hasard au cœur du processus.
Dans Aide-mémoire, Jorge Macchi se concentre sur la trace discrète laissée par un cadre après de longues années sur un mur. L’image n’est plus là, mais son fantôme persiste: un carré plus sombre que la surface environnante. Un câble tendu relie l’ombre du cadre absent à la vis qui le soutenait autrefois, évoquant une migration du sens de l’objet à sa trace, de la présence à la mémoire, du superflu à l’essentiel.
Par l’absence, l’interruption et le déplacement silencieux, Jorge Macchi confronte le visiteur à l’instabilité du sens et à la nature transitoire de l’expérience. Navigation privée n’offre pas de conclusions; elle ouvre plutôt un espace où l’observation devient un acte de création, et où ce qui disparaît continue, paradoxalement, d’exister.
















![Fazil Mousavi, نزاکتہایی کہسار [The delicate subtleties of the mountains], 2026. Avec l'aimable autorisation de la Galerie Eric Mouchet](http://media.meer.com/attachments/38e07ca47a71dc548939d50cf242e62c18c05c5c/store/fill/330/330/e0e5182ea7b2672fc60a97d6261539b7cbc4320d87266b5303e5700b6d4c/Fazil-Mousavi-nzkhthyy-khhsr-The-delicate-subtleties-of-the-mountains-2026-Avec-laimable.jpg)