Perrotin a le plaisir de présenter Live again, une exposition qui explore la capacité unique de Paola Pivi à transformer un univers merveilleux en un puissant outil de réflexion politique et spirituelle. Pivi présente New life, une nouvelle série d’oeuvres qui comprend une installation de cinquante étoiles composées de branches d’arbres issues de citronniers ainsi qu’une composition en bronze. Pour l’exposition, l'artiste a utilisé des citronniers pour créer les oeuvres qui ont été coupés avec soin afin de permettre aux racines de repousser et donner naissance à de nouvelles plantes. Cette exposition est la sixième de Pivi à Paris et sa douzième avec la galerie.
Paola Pivi est actuellement à l’honneur avec son exposition personnelle I don’t like it, I love it à la Art Gallery of Western Australia à Perth, présentée jusqu’au 26 avril. À partir du 2 avril, plusieurs de ses œuvres seront également incluses dans Tragicomica, une exposition collective au MAXXI – National Museum of 21st Century Arts à Rome. Au printemps 2026, l’artiste fera l’objet d’une importante exposition monographique intitulée Come check it out. Lies lies lies présentée par la PHI Foundation for Contemporary Art à Montreal.
Le 4 mai prochain, Pivi présentera également le projet spécial This is life au Teatro Goldoni, initié par Karma Culture Brothers, en collaboration avec Gelitin, Roberto Cuoghi et Luigi Ontani, à l’occasion de la 61st International Art Exhibition of La Biennale di Venezia.
Lors d’un entretien en 2015, Paola Pivi répondait à une question en apparence simple, presque naïve, posée par Maurizio Cattelan : « Qu’est-ce que l’art pour toi ? »Sa réponse : « Imagine deux mouches sur une table — l’une morte, l’autre en train de voler. Quelle est la différence entre les deux ? La magie de la vie. C’est la seule chose qui se rapproche de l’art, ou dont l’art se rapproche. Il y a un lien étroit avec l’émerveillement que suscite la vie, et il est conscient. Et toi ? »
Ce propos pourrait valoir de manifeste pour la vision de Paola Pivi — une vision ancrée dans l’émerveillement, la conscience et la dissolution de la frontière entre la vie et la mort. Mais il ne s’agit pas là d’un émerveillement gratuit, d’un simple jeu ou d’une légère distanciation du quotidien. L’oeuvre de Pivi est un acte de conscience, une réflexion politique sur le monde. Un « coup de poing dans le ventre »administré par des éléments familiers — des ours aux couleurs vives, des hélicoptères renversés, des avions pivotant sur leur axe — qui nous attirent d’abord, avant d’ouvrir un horizon inattendu : une réflexion puissante et directe sur notre vie quotidienne.
Cela devient immédiatement perceptible dans la première salle de l’exposition, qui s’ouvre sur un message fort. La première oeuvre que rencontre le regard est le texte « International law », surmonté du mot « FREE »peint en grandes lettres à même le mur. Sur le mur d’en face, comme pour compléter la phrase, figure le mot « HUMANS ». Les lettres sont joyeuses et colorées, tracées à la main, et nous séduisent par leur apparente simplicité. Pourtant, à peine les a-t-on lues, que l’on prend conscience de la profondeur et de la portée directe du message. Il parle de notre présent et de notre futur — un « dépassement »qui ne peut reposer, comme le suggère le texte, que sur un « Post post post colonialism ».
Vient ensuite une référence à la fois spirituelle, politique et ironique : « God let me hunt ». Cette phrase renvoie bien sûr à l’acte de chasser, mais aussi à la « chasse »au sens figuré : la poursuite d’un rêve, d’un objectif, ou de quelque chose que l’on désire ardemment pour notre présent et notre avenir. Sur les murs alentour, de somptueuses broderies de soie restituent d’autres phrases, rédigées dans la même typographie iconique créée par l’artiste. Ces broderies sont présentées ici pour la première fois. Au centre de la salle trône une échelle gonflable de vingt mètres, initialement présentée à la Triennale Echigo-Tsumari au Japon en 2015, puis plus récemment sur la façade du Grand Palais en 2025. Elle est ici réinterprétée à une échelle réduite, en dialogue avec les couleurs du texte mural et les thèmes qu’il évoque.
Les salles suivantes, sur la droite, accueillent des oeuvres inédites. Un parfum s’échappe de l’une d’elles — l’odeur des arbres, évocatrice de la Sicile. À l’intérieur, des citronniers : certains vivants, d’autres reproduits en bronze. Il est difficile de les distinguer, car tous semblent frémir ; tous paraissent vivants. Ces arbres, pourtant, ressemblent à des buissons — ou plutôt, à y regarder de plus près, à des étoiles. Une idée née en 1999, réalisée aujourd’hui dans le cadre de cette exposition chez Perrotin : des arbres qui deviennent étoiles, qui deviennent univers. Ils nous relient directement à ce qu’il y a de plus profond en nous — le naturel et, une fois encore, le spirituel.
Les arbres en bronze ont été réalisés avec un soin remarquable à la Fonderia Artistica De Carli de Turin, grâce à des techniques innovantes permettant d’obtenir des branches d’une finesse extrême, qui semblent osciller dans le vent. Lorsque le bronze se mêle aux plantes vivantes dans le même espace, la distinction entre le réel et l’artificiel s’efface.
Des ballons dégonflés accueillent le visiteur dans la dernière salle de l’exposition. Cette oeuvre dialogue avec l’espace adjacent, lui-même saturé de phrases, comme un acte de critique politique directe — ici dirigée contre la Mafia. Commandée dans le cadre d’un projet de la Triennale consacré aux attentats terroristes en Italie, Pivi présente des ballons crevés retenus par des anneaux de fer. Ces ballons, c’est nous : ils évoquent non seulement les victimes de la Mafia, mais aussi notre propre condition — suspendus, inertes, face à un phénomène aussi douloureux.
Aux côtés de ce geste politique, cette même salle abrite l’une des oeuvres les plus significatives de Paola Pivi : la série des perles, entamée dans les années 1990. Nous rencontrons ici une autre dimension essentielle de la pratique de l’artiste, souvent négligée : le spirituel. Il y a en effet quelque chose de spirituel dans l’oeuvre de Paola Pivi ; comme elle l’explique ellemême : Je veux exprimer la dimension spirituelle de la pensée créatrice — celle de l’invention —naturellement très différente de la pensée créatrice au service de la décoration. Quand mon enfant apprend à compter, son esprit est spirituel, et ce calcul lui permettra de raisonner sur sa vie dans le futur. » Et d’ajouter : « C’est ancestral. Primitif. »
Les perles incarnent cet acte spirituel — l’une des facettes les plus hypnotiques et tactiles de la recherche de Pivi. Si les ours polaires sont ses « personnages », les perles représentent son âme la plus abstraite, la plus zen, la plus proche de l’obsession. Il ne s’agit pas de simples ornements, mais de véritables sculptures murales. Pivi utilise des milliers de perles artificielles (souvent en plastique ou en plexiglas), enfilées et fixées sur de grandes toiles ou des panneaux de bois. Si les animaux sont une constante dans son oeuvre, l’animal n’est ici qu’évoqué : l’huître qui produit la perle, l’objet pur par excellence qui émerge de sa coquille en nous laissant quelque chose d’une valeur culturelle, économique et naturelle.
Lorsqu’un intrus s’introduit dans la coquille, l’huître commence à déposer des milliers de couches microscopiques de nacre autour du corps étranger pour s’en protéger. Ces strates successives créent l’iridescence caractéristique de la perle : la lumière traverse les strates et se réfléchit, produisant l’effet visuel connu sous le nom de « lustre ». De la même manière que l’huître accumule couche après couche pour créer une perle, Pivi accumule des milliers de ces petits objets pour construire une oeuvre monumentale. C’est un labeur d’une patience infinie, quasi méditatif — une réflexion sur la relation entre les systèmes fermés et ouverts, et sur le parasite ou l’intrus comme force génératrice de quelque chose d’aussi précieux qu’une perle.
Surréalisme, songe, ironie, jeu, subversion du réel — l’oeuvre de Pivi a fait l’objet de nombreuses lectures. Cette exposition démontre pourtant quelque chose de plus : comment le rêve, l’ironie et le renversement du réel peuvent devenir des actes à la fois politiques et porteurs d’émerveillement. À une époque où nombre de cauchemars historiques que l’on croyait révolus resurgissent, l’oeuvre de Pivi déploie toute sa pertinence.
L’émerveillement c’est précisément cela : cette fraction de seconde où le monde « se fissure »et cesse d›aller de soi. C’est un court-circuit cognitif : vos sens reçoivent une information que votre esprit ne sait pas encore catégoriser, faisant ainsi naître la conscience. C’est exactement ce que fait Paola Pivi : nous attirer par ses couleurs et son ironie, pour mieux nous conduire à l’expérience de la pleine complexité du monde.
(Paola Pivi : Vers une politique de l’émerveillement. Le texte qui l’accompagne est signé Valentino Catricalà)
















