Nino Mier Gallery a le plaisir de présenter la première exposition personnelle de Carole Ebtinger à la galerie, Sentir – de quelle couleur cela peut-il être ?. Carole Ebtinger travaille exclusivement sur papier. À première vue, cela n’est pas immédiatement perceptible, tant sa démarche est profondément ancrée dans le langage de la peinture abstraite. Dans sa pratique, elle travaille comme une peintre, construisant chaque œuvre couche après couche, sans savoir à l’avance quand celle-ci sera achevée. Elle utilise de l’encre pure, du pastel, et frotte directement les pigments dans le papier. Le pastel et le fusain viennent ensuite affiner des formes diffuses, inspirées de la nature. Les mouvements et l’intensité de ces formes reflètent les différentes périodes de vie qu’elle traverse, où la conscience émotionnelle devient une influence majeure parmi d’autres forces personnelles et contextuelles.
Certains titres font référence à des conversations avec des proches et à des relations sociales, tandis que d’autres sont empruntés à des textes littéraires qui l’accompagnent durant le processus de création. La liberté émotionnelle qu’elle a connue ces dernières années est clairement perceptible dans les gestes de plus en plus expressifs qui caractérisent ses œuvres récentes. Cette exposition personnelle révèle ce nouvel état d’extase, de liberté et de bonheur à travers des couleurs captivantes, le mouvement et une matérialité stratifiée.
À la suite de sa résidence au sein de The Fores Project à Londres (Royaume-Uni), la directrice associée de l’organisation, Olivia Rumsey, a écrit le texte suivant à propos du travail de Carole Ebtinger :
Le travail de Carole Ebtinger rejette l’idée d’une inspiration divine. Dans l’atelier, Ebtinger et les matériaux sont engagés dans un échange de fabrication du sentiment — faire, ressentir, faire encore. L’artiste répond à la pression du pastel dans la main, et en retour à la pression du pastel sur le papier. L’œuvre se construit par couches de pigment, d’encre et de pastel, au fil des réactions de l’artiste à ce qui apparaît devant elle. Les marques vont de l’audace à la retenue ; de petites touches d’encre contrastent avec l’ardeur du pastel. Au cours du processus, l’artiste en vient à chérir certaines marques, les protégeant des nouvelles interventions ; celles-ci se trouvent alors doucement enveloppées par le flux impétueux du geste. Une fois les œuvres achevées, ce sont précisément ces marques qui semblent rayonner de l’intérieur.
Les œuvres vibrent d’une énergie telle qu’elles paraissent pouvoir se déplacer et se transformer à tout instant. Elles sont en perpétuel état de flux : au gré du regard du spectateur, selon que l’on s’en éloigne ou que l’on s’en rapproche, les marques dialoguent différemment entre elles. Le mouvement traverse les œuvres comme un courant sous-jacent, semblable à ceux que l’on trouve dans la nature — la mer, le vent précédant l’orage — et à ceux que l’on ressent dans le corps : le tourbillon d’une émotion intense dans le ventre, le glissement visqueux du chagrin d’amour qui se propage par vagues depuis la poitrine. Il y a dans ce travail une dimension poétique, le reflet d’un monde intérieur transposé sur le papier, une sorte de journal émotionnel.
Certaines œuvres évoquent le départ, l’adieu, la réminiscence — le chagrin. D’autres suggèrent une redécouverte, une cartographie délicate de nouveaux sentiments et d’élans porteurs d’espoir. Une pièce peut être réalisée en quelques heures ou mûrie sur de longues périodes avant qu’Ebtinger ne la considère achevée, seulement lorsqu’un apaisement s’installe. Travaillant sur plusieurs œuvres simultanément, les pièces d’une même série communiquent entre elles, comme différentes histoires écrites avec la même plume.
















