Première grande rétrospective de la photographe belge Chantal Maes (Bruxelles, 1965), l’exposition … puisque bafouillent aussi les astres redéploie toute son œuvre en articulant séries connues, ensembles inédits et travaux récents, produits spécialement pour l’occasion.

Cette proposition est issue d’un travail de fond, initié il y a plus de trois ans avec l’artiste par Jean-François Chevrier et Élia Pijollet, sur le corpus constitué en 30 années d’activité : images photographiques de différents types, mais aussi captations vidéo et sonores, et performances filmées liées à l’expérience du bégaiement. La lecture de l’œuvre se veut autant rétrospective (elle rend visible un corpus solide, divers et structuré) que projective, ouvrant sur des travaux à venir.

"On a dit que je “possède le don de bégayer”, écrit Chantal Maes dans l’une de ses notes biographiques. "Ce don fonde mon rapport à l’autre, structure ma pensée, ma relation au langage et au corps. Souvent, je mets la parole en scène alors même qu’elle représente mon problème depuis l’enfance : prendre la parole, être l’objet des regards, voir et entendre le questionnement silencieux de celui ou celle qui écoute sont devenus l’objet de mes recherches autour du langage, de la construction de soi, des rapports d’interaction." Le titre, … puisque bafouillent aussi les astres, est emprunté à un texte du poète belge Christian Dotremont (1922-1979), lu par Chantal Maes dans l’une des vidéos de la série Take a look from the inside (2004) : l’artiste, caméra à l’épaule, filme le texte en le lisant à haute voix et, tandis qu’elle cherche à "sortir" les mots, la caméra épouse les tressaillements de son corps et répercute ses trébuchements.

Les situations de parole, d’amorce d’une énonciation orale, le surgissement de la difficulté d’expression et le trouble qu’elle engendre sont abordés dans les travaux de l’artiste avec leurs dimensions spatiale, corporelle, psychique et intellectuelle. Chantal Maes réussit le tour de force de traiter cette expérience de l’oralité avec la photographie, par le biais de l’image comme trace silencieuse. Elle investit ses photographies de la puissance de consolation, d’intercession, de métaphorisation associée, en général et de tout temps, à l’image. Si son œuvre est centrée sur les interactions humaines, elle se fonde également sur une qualité d’introspection. Le plan de l’image photographique ou vidéographique est un seuil entre le Moi et les Autres.

L’exposition est faite d’éléments agencés selon une logique constructive. Ces deux notions d’"élément" et de "construction" ont guidé les commissaires tout au long des échanges répétés avec l’artiste. Construction plastique, bien sûr, puisqu’il s’agit d’art, mais aussi biographique, l’activité artistique étant indissociable de la construction biographique (au sens d’une "construction de soi" et non d’une fiction délibérée).

Images photographiques de types et formats divers, anciennes et inédites, séquences vidéo et enregistrements sonores, produits entre 1989 et 2025, sont articulés selon l’idée sous-jacente d’un cinéma sur papier : la visite de l’exposition devient une sorte d’expérience cinématographique dans l’œuvre de l’artiste.