En 1953, Calder revient s’installer en France pour la première fois depuis vingt ans : d’abord dans la campagne aixoise, puis dans le village de Saché, en Indre-et-Loire. La créativité de l’artiste s’épanouit dans les vastes paysages provençaux, puis entre les murs d’une modeste maison en pierre du XVIIe siècle, isolée, baptisée « François Premier », à Saché. L’année suivante, à Paris, la galerie Cahiers d’Art expose les encres et les gouaches réalisées à Aix, tandis que la galerie Maeght présente Aix. Saché. Roxbury. 1953-54. Ces deux expositions marquent le retour triomphal de Calder en France.
Plus de soixante-dix ans plus tard, fruit d’une heureuse coïncidence, l’exposition Calder : François Premier investit les espaces de Hauser & Wirth Paris — un hôtel particulier situé, comme il se doit, rue François 1er. C’est le premier projet d’envergure consacré à cette période foisonnante d’après-guerre dans la vie et l’oeuvre de l’une des figures majeures de l’art du XXe siècle.
L’exposition offre à de nouvelles générations l’occasion de découvrir deux oeuvres extraordinaires : Les granettes (1953), grand mobile sur pied présenté pour la première fois depuis soixante-douze ans, et The putney mobile (1954), qui fait ses débuts européens sept décennies après sa création. Ces chefs-d’oeuvre sculpturaux sont accompagnés d’un important ensemble d’encres, de gouaches et d’autres travaux réalisés au cours des années charnières de 1953 et 1954.
Ensemble, ces oeuvres illustrent la fusion d’une énergie imaginative débordante et d’une inventivité technique qui caractérise la carrière de l’un des artistes les plus influents de l’histoire, dont l’oeuvre reste éternellement contemporaine.
Au cours de l'été 1953, Calder et son épouse Louisa reviennent en France après vingt ans d’absence, à l’invitation du peintre André Masson et de son épouse Rose, qui vivaient dans leur voisinage, dans le Connecticut, pendant la Seconde Guerre mondiale et venaient de s’installer près d’Aix-en-Provence. Les Calder louent une maison, le Mas des Roches, au hameau des Granettes, une demeure dépourvue d’eau courante et d’électricité. C’est à cette époque que le couple fait l’acquisition de la propriété « François Premier » dans la commune de Saché, confirmant leur désir de vivre et de travailler en France, devenue leur seconde patrie.
Aux Granettes, Calder entreprend, dans une forge voisine, la réalisation d’une série de grands mobiles sur pied destinés à l’extérieur. Renonçant à sa manière de faire habituelle, qui consistait à travailler à partir d’une maquette, il dessine les formes à la craie directement sur des plaques d’acier, avant de découper et de souder les éléments selon une méthode peu conventionnelle. La démarche est risquée : la moindre erreur coûte cher, en matériaux comme en temps. De ce processus naît Les granettes * (1953), mobile monumental sur pied devenu par la suite une présence familière dans la cour privée de « François Premier ». Audacieuse et gracieuse, avec ses polygones suspendus rouges, blancs et noirs, cette sculpture d’extérieur occupe une place centrale au rez-de-chaussée de l’exposition, où elle est présentée au public pour la première fois depuis ses débuts parisiens en 1954. Suspendu au-dessus, *The putney mobile (1954), avec ses fils délicatement entrelacés et ses formes blanches, flotte dans un échange animé avec Les granettes. Les deux oeuvres témoignent de la maîtrise exceptionnelle avec laquelle Calder joue de l’esthétique et de la physique, de l’équilibre et du déséquilibre, de l’immobilité et du mouvement.
Installé dans le garage du Mas des Roches, Calder se consacre alors à des encres et à des gouaches qui font écho au mouvement de ses sculptures : il y reprend les formes et les lignes de ses oeuvres tridimensionnelles en métal tout en élaborant un langage propre, à la fois libre et énigmatique. Le premier étage de l’exposition est consacré à cet ensemble remarquable. Saisissantes et variées, ces peintures vont de compositions aux teintes riches, obtenues en diluant généreusement l’encre dans l’eau – comme The black star (1953) –, à des paysages abstraits comme Sans titre (1953), en passant par une série de figures monochromes hachurées telles que *Portrait de famille * (1953). « Je ne faisais presque que des gouaches, je m’y consacrais entièrement », écrit Calder à propos de cette période. « J’avais le sentiment d’inventer quelque chose de nouveau. »
















