Sophie Taeuber-Arp. La règle des courbes, dont Briony Fer assure le commissariat, est la première exposition personnelle consacrée à l’oeuvre de Taeuber-Arp dans cette galerie. Historique et articulée autour d’un axe précis, elle réunit plus de 45 oeuvres couvrant quatre décennies, de 1916 à 1942. Provenant de la Fondation allemande Arp (Stiftung Hans Arp und Sophie-Taeuber-Arp e.V.) ainsi que d’importantes collections privées et publiques, l’exposition rassemble peintures, dessins, gouaches, reliefs en bois et une tête dada emblématique. Briony Fer a choisi d’examiner le vocabulaire formel de la courbe, que l’artiste a utilisé de façon innovante pour étirer, plier et déformer le langage de l’abstraction géométrique.
Figure majeure de l’avant-garde du XXe siècle, Taeuber-Arp a bousculé les oppositions traditionnelles entre dadaïsme et abstraction géométrique, entre beaux-arts et objets utilitaires. La règle des courbes montre comment elle s’est engagée avec audace dans le contexte culturel du modernisme international.
L’exposition s’accompagne d’une publication bilingue, Sophie Taeuber-Arp : La règle des courbes / The rule of curves, publiée par Hauser & Wirth Publishers, qui réunit de nouveaux essais critiques de Briony Fer et Jenny Nachtigall proposant un regard renouvelé sur le travail de l’artiste.
La formation de Taeuber-Arp dans le domaine des arts appliqués, privilégiant les textiles plutôt que la peinture et la sculpture, a permis à ses multiples intérêts de se rencontrer et de s’entremêler avec d’autres formes visuelles et culturelles prédominantes de son temps. Son travail oscille entre l’art et le design, le schématique et le décoratif, la destruction et la construction, les champs en positif et en négatif, les parties et le tout. Elle a fusionné les langages de la décoration et de la technologie, ainsi que ceux du dadaïsme et du constructivisme, et a ignoré les protocoles plus rigides établis par d’autres qu’elle. Cette approche a donné naissance à un ensemble d’oeuvres à la fois fantaisistes et spéculatives, où les courbes et les cercles offrent une mesure alternative pour calibrer l’espace qui existe entre l’oeuvre et le monde. Taeuber-Arp a opposé les courbes et les cercles à la structure de la grille moderniste, devenue le trope dominant de la peinture abstraite dans les premières décennies du XXe siècle. L’exposition révèle les perspectives radicales des premières expériences de l’artiste, telles que Composition à forme « U » (1918), jusqu’aux cercles brisés de ses « derniers » dessins, comme Construction géométrique (1942).
Au plus fort de l’intérêt pour le mouvement constructiviste, alors caractérisé par sa géométrie rigoureuse, elle réalise certaines de ses oeuvres les plus curvilignes, transposant des volutes et des arabesques ornementales en formes simples. Les méthodes singulières qu’elle développe s’inscrivent sans doute dans la continuité d’un mode d’abstraction dadaïste, en un projet jamais achevé, même si les éléments qui le composent semblent appartenir à une boîte à outils constructiviste. Cela tient beaucoup aux techniques qu’elle utilisait, issues de sa formation en arts appliqués et dominées par toute une palette d’instruments de dessin.
Le titre de l’exposition peut se référer à une règle en tant que principe d’organisation et à un instrument de mesure des longueurs et des distances, comme une règle graduée. Taeuber-Arp utilisait une large gamme d’instruments de dessin comme extension de sa main, notamment des règles courbes de traçage, souvent appelées perroquets ou pistolets, et d’autres gabarits, ainsi que des règles flexibles et droites. Les oeuvres exposées des années 1930 montrent des compositions de plus en plus organiques, avec des formes courbes suggèrant, comme dans la série Coquille, un intérêt pour les formes et structures naturelles. C’est là un paradoxe majeur de son travail : plus il devient organique, plus l’artiste s’appuie sur des instruments de traçage pour réaliser ses dessins.
L’une des plus fascinantes séries qui illustre le langage de la courbure de Taeuber-Arp est le petit sous-ensemble des peintures curvilignes appelé Échelonnements, initié en 1934. Ces oeuvres adoptent à la fois des bords incurvés et des lignes droites, révélant les effets cumulatifs de l’empilement instable de formes irrégulières. Les « formes » de Échelonnement (1934) sont blanches, ce qui suggère qu’elles ont été découpées dans le fond bleu, tels des motifs figurés davantage en négatif qu’en positif.
L’exposition présente également les dernières oeuvres de Taeuber-Arp réalisées en 1942, généralement qualifiées de « constructions géométriques ». Cette série de dessins est réalisée à l’encre noire sur papier, à l’aide d’une règle et d’un compas. L’artiste peignait de petites sections à la peinture blanche, découpait et faisait pivoter certaines parties, les coupes jouant le rôle d’horizontales ou de diagonales, créant ainsi un mouvement circulaire à partir des différents fragments. Bien que les formes avec lesquelles Taeuber- Arp travaille soient toujours simples, ses méthodes singulières de superposition et d’amalgame les rendent variables à l’infini.













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