Sacrés en Premier League mais battus en finale de C1 par le PSG, les Gunners divisent toujours autant sur leur style avec un Mikel Arteta inflexible aux critiques.

Un homme incarne cependant une partie de la recette du succès, le Frenchie qui a forgé ses canonniers, on va enfin parler de Nicolas Jover.

London is red, littéralement : “Londres est aux couleurs des Gunners”, The big smoke1 a donc célébré ses héros en grande pompe - 1,5 million de personnes, du jamais vu2 - trônant fièrement en haut du classement avec au final sept points d’avance (85 contre 78) sur les Skyblues du partant Pep Guardiola, tenus en échec par le surprenant Bournemouth du français et “fils de” Elie Kroupi Jr (1-1) au Vitality Stadium3, lors de l'avant dernière journée de cette édition de Premier League, alias le match du sacre.

La fête, les chants, le son du fameux North London forever, et les basses ont résonné fort il y a quinze jours devant l’Emirates pour se conclure au lendemain de cet ultime rendez-vous diablement attendu par une parade bienvenue.

Passées les joyeusetés, il est temps de revenir sur cette soirée budapestoise et la prestation d’une équipe construite pour contrer mais avant tout… défendre.

“Insupportable”, “ennuyant”, “soporifique” selon les avis du direct, on en revient à ce que j’ai écrit en mai4. De l’aveu d'un confrère : “on se fait un peu chier”, avant d'enchaîner après l'égalisation sur penalty du Ballon d’Or Ousmane Dembélé : “c’est mieux” et de finir par “un pilier qui se foire, dommage”, sur le missile de Gabriel dans le virage.

Pris à son propre jeu

Le but de Kai Havertz dès la 6e minute a-t-il été contre-productif, tel que l'avance Cyril Morin chez Eurosport ?5 Peut-être. Arsenal s’est-t-il sabordé une nouvelle fois sur le naïf (ou maladroit) tacle de Cristhian Mosquera sur Kvicha Kvaratskhelia peu après l’heure de jeu ? Très probable, tant à cet instant le PSG bafouillait son football.

Au vu de sa composition, l’ancien crack de la Masia a opté pour une stratégie version Cholismo de Lisbonne 20146, qui aurait pu marcher pour battre à nouveau ce PSG contre lequel il ne s’est imposé qu’une seule fois sur les quatre dernières confrontations (2-0 à l'automne 2024)7. Les événements l’ont cependant mis face aux limites de son système.

Des canonniers sans poudre

Mis en échec par l’insolente réussite de Luis Enrique8 face aux clubs anglais, défait la saison dernière en demi-finale (0-1, 1-2), il a surtout encore vu ses individualités le trahir. Les key-players9 Bukayo Saka et Martin Odegaard n’ont rien proposé et passé le plus clair de leur temps à se replier, affichant un tout petit 0,01 xG10 dans le second acte.

Le famélique taux de possession sur les 120 minutes (24,7%), est l’indicateur de cette négation du jeu.

Moralité : à vouloir tout contrôler, Arsenal a logiquement cédé

Le minimalisme (ou football de gestion) n’a cette fois pas suffi devant un adversaire récompensé par sa prise de risque et sa patience, la marque des grandes équipes, celles qui gagnent.

Quelques minutes après la remise du trophée, il a affirmé à chaud que le plan a fonctionné toute la saison, y compris face aux Espagnols dans le dernier carré (1-1, 1-0), la tête des mauvais soirs, maugréant contre le penalty non sifflé sur la supposée faute de Nuno Mendes sur Noni Madueke (chacun se fera son avis)11.

Ce refus de s’exposer par sécurité ou crainte fait-il pour autant, dans les bureaux du 75 Drayton Park, grincer des dents Stan Kroenke, l'Américain de propriétaire ?

Absolument pas. L'essentiel est acquis, la C1 ne change rien à l'équation, même si la manière interroge ou déçoit. Au contraire même, puisque celui-ci vient de le conforter, avec la même confiance que lorsqu'il l’a nommé et soutenu malgré les critiques du début de mandat et les actuelles.

La vague de départs à venir cet été (Gabriel Jesus, Jakub Kiwior, Fabio Viera) ajoutée à la manne générée cette saison12 va lui permettre de renforcer l'effectif surtout offensivement.

Doit-on y voir là une volonté de balayer d’un revers de main ce décevant bouquet final pour concentrer les regards sur la saison prochaine ? Une réponse est en tout cas claire à l'heure actuelle : il est là pour longtemps, n'en déplaise à beaucoup.

L'anti-Wenger

Pendant l'ère de l’Alsacien (1996-2018) qui succéda au déjà “Boring Football” de George Graham (1986-1995), les supporters ont été habitués pendant deux décennies à un jeu léché, « le Barça d’Angleterre » comme l’a montré la sous-cotée réception du Bolton de Johan Elmander cette magnifique après-midi de septembre 201013, grâce à un effectif plus créatif parce que plus libre mais à la condition physique bien trop limitée, une relative immaturité de certains cadres et un évident manque de leadership.

Ce fut aussi le cas sous Unai Emery14, dont la pige n’a accouché d’aucun titre malgré la finale de Ligue Europa perdue face à Chelsea (1-4) à Bakou en 2019, puis remercié après une série de 7 matchs sans victoire, la pire depuis 1992, triste 8e du classement et largué dans la course à l’Europe.

Depuis, l’eau a coulé sous les ponts de la Tamise et la question qui vient aujourd’hui devrait plutôt être :

Peut-on vraiment reprocher à Arteta d'avoir travaillé six longues années à structurer cette équipe afin de la tailler pour les plus grandes échéances ?

D'abord triple vice-champion (2022-23, 2023-24, 2024-25), enfin titré, finaliste en League Cup, invaincu dans la reine des compétitions pour la première fois de l'histoire (15 matchs, 0 défaite), la progression et le bilan comptable sont inattaquables.

Alors aux reproches récurrents, il a répondu en mars dernier : « Si vous voulez regarder ce genre de football, il faut aller dans un autre pays»15.

Ne doit-on pas plutôt, à présent, pousser la réflexion et se dire qu’il s’est, avec son staff, simplement adapté au football moderne ?

Nicolas Jover, l’homme des coups de pieds arrêtés

C'est là qu’on en arrive au cœur du sujet.

En fin observateur, il est allé chercher en 2021 celui qui fait figure de référence pour de nombreux clubs depuis son passage à Brentford (2016-2019), un parcours atypique l’ayant transformé en l’une des pépites les plus convoitées du marché.

Dans un entretien pour le plus grand quotidien sportif français en 202416, il expliquait que les phases arrêtées représentaient un “levier de performance majeur” et non de simples “gains marginaux”.

Sans avoir joué au plus haut niveau, il s’est construit cette réputation en se basant sur le modèle des sports nord-américains (NFL), ses années d’études québécoises à l'université de Sherbrooke (2007) que sa maîtrise en science du sport/activité physique confirme, a rapidement bluffé ses pairs en le voyant d’abord briller au club local du Dynamik.

Les chiffres du master of corners

En Premier League, il explose les compteurs dès son arrivée avec 68 pions inscrits (hors penalties), le plus haut total du championnat.

  • 22 en 2023-24 dont 16 sur corners, égalant le record domestique sur la saison avec Oldham en 1992-93 et West Bromwich en 2016-17.
  • 27,5% marqués en 2025-26, meilleur pourcentage.
  • 1 tous les 16,4 : taux le plus clinique.
  • 18 cette saison, record absolu.

Parmi les cinq grands championnats, personne ne soutient la comparaison et pourtant, le monsieur ne jouit pas de la même reconnaissance dans notre beau pays, malgré ses débuts à Montpellier sous la houlette de René Girard (2009-2012), avec au bout, l'unique titre de champion de France du club héraultais.

Il dessine aussi des trajectoires, exemple avec Mads Buttgereit, rencontré lors de son passage chez les Bees via la connexion avec le FC Midtjylland dont les dirigeants Matthew Benham et Rasmus Ankersen sont respectivement propriétaire et ancien directeur du football.

La création d’un groupe d'études leur permet de s’entretenir en visio sur Skype.

Celui-ci, admiratif de sa vision et ses idées, qui travaille désormais en tant qu'adjoint de Julian Nagelsmann au sein de la Mannschaft, le décrit comme “un génie qui a changé sa vie, capable de passer une heure à expliquer le mécanisme d’un corner ou coup-franc.17

Pas de plan B

Cependant, comme tout modèle, il va devoir se réinventer. Entre les mouvements coordonnés, écrans et courses de diversions, occupations de zones, la “méthode Jover” devient bancale lorsque les joueurs ont un niveau de concentration sinusoïdal, et l’attaque en pâtit lorsque l'énergie dépensée pour tenir le bloc-bas ne permet pas d’être efficace en transition rapide.

N’est pas la mythique BBC (Bale, Benzema, Cristiano) de l’une des plus grandes époques du Real Madrid qui veut.

Mikel Arteta a bien renforcé son banc, doublé chaque poste, recruté Viktor Gyokeres l'été dernier pour 73 millions et dû composer avec la blessure de l’autre Mikel (Merino), son faux neuf de fortune, la problématique est que le Suédois n'a pas pesé une seconde ce samedi et pour sa première saison en Angleterre, pas convaincu grand monde (14 buts en 36 matchs TCC)18.

Les choses vont vite dans le ballon rond, les rumeurs ont eu le temps d’enfler autour d'une éventuelle arrivée à l'intersaison de Julian Alvarez des Colchoneros (10 buts en 15 matchs de C1), avec également les profils du Villain Morgan Rodgers et du Brugeois Christos Tzolis dans le viseur.

Avec un marché saturé au poste, il faudra user de malice pour dénicher le bon plan.

Le début d’une hégémonie ?

On se demande maintenant en Angleterre si cette cuvée n’est pas annonciatrice d’un règne à long terme.

Plaçons le contexte : le dauphin a coulé et perdu son guide, United est revenu fort avec Michael Carrick dont le poste a été maintenu mais brille encore par son inconstance, dépendant de son meneur de jeu Bruno Fernandes (20 passes décisives), et Liverpool vient de virer Arne Slot pour investir sur la révélation Andoni Iraola, là où Chelsea va repartir avec ses 50 joueurs sous contrat, privé de Coupe d’Europe.

À défaut de rivaliser sur les set-pieces, la concurrence va devoir repenser ses projets respectifs pour tenter d'enrayer la redoutable machine de Gillespie Road, parce que le head coach19 n'écoute plus les doléances de ses détracteurs, il ne jure que par deux choses : rester dans son fauteuil et re-conquérir l’Europe.

Notes

1 The big smoke : diminutif donné à la ville de Londres au XIXe siècle en raison du gros niveau de pollution et de la Révolution industrielle.
2 Résumé Bournemouth-City.
3 Parade devant l’Emirates
4 Trop boring, la Premier League ?
5 Morin, Cyril (2026, 05). "Après la défaite finale face au PSG : Arsenal, le minimalisme à son paroxysme". Eurosport.
6 Finale Atletico-Real 2014.
7 Arsenal - PSG (automne 2024).
8 Réussite de Luis Enrique face au clubs anglais.
9 Key-players : joueurs importants, capables de faire la différence seuls.
10 Stats Arsenal-PSG.
11 Explication penalty Nuno Mendes - Noni Madueke.
12 Manne générée cette saison.
13 Arsenal-Bolton 2010.
14 Mikel Arteta répond aux critiques.
15 Entretien Nicolas Jover pour l’equipe.
16 Le « Emery ball » face à Leicester.
17 Rencontre Jover et Buttgereit.
18 TCC : buts inscrits toutes compétitions confondues.
19 Head Coach : entraîneur principal.