Il y a 22 ans sur le Chatrier, El Mago perdait la mythique et seule finale de Grand Chelem de sa carrière face à Gaston Gaudio, dans ce qui reste la dernière confrontation 100% argentine de l'histoire de Roland-Garros. À l’approche de la 125e édition de la terre battue parisienne, flashback sur ce moment gravé dans les annales.
Le Majeur de la Porte d’Auteuil ne sourit point à tout le monde. Là où Rafael Nadal est le recordman avec ses 14 titres, beaucoup se sont cassé les dents et leurs raquettes. La plupart des plus grands talents de la surface ne s'y sont jamais imposés - y compris les plus récents - et quand, en ce mois de juin 2004, tout le tennis français ne jure que par Richard Gasquet, numéro un mondial deux ans plus tôt chez les juniors et étoile montante tricolore, un autre jeune joueur, vingt-deux printemps, spécialiste de la surface, réalise un tournoi au presque parfait jusqu'à la dernière marche où l’attend donc l’un de ses compatriotes.
Pas l’affiche la plus bankable, ni la plus attrayante pour le public exigeant et passionné du Central, mais mémorable car marquée du sceau de l’épisode raté par le prodige de Rufino, qui mettra par la suite, pour ainsi dire, un terme à son ascension.
Déjà demi-finaliste l'année précédente, troisième mondial à ce moment, celui que l’on surnomme communément “le magicien” se présente face au modeste 44e du classement ATP, bourreau notamment de Jiri Novak, Lleyton Hewitt et surtout David Nalbandian.
Parcours aussi impressionnant qu’improbable pour un joueur qui n'avait jamais dépassé la première semaine d’un Grand Chelem, qui ne suscita cependant aucun doute chez les journalistes et divers observateurs quant à l’issue. Coria, présent la veille en conférence de presse, avait vu plusieurs médias le congratuler et sciemment enterrer son adversaire, avec des questions orientées sur sa manière de fêter la victoire.
Son plus grand combat
Auteur (entre autres) d’une série ahurissante de 31 succès d'affilée sur ocre avant de rejoindre la Porte d’Auteuil, il s'avance ainsi le plus logiquement du monde en grand favori ce dimanche bleu ensoleillé, conditions parfaites pour un bel après-midi, les deux premiers sets étant d’ailleurs un récital (6-0, 6-3) en une petite heure. Aucun doute, le petit Prince de la terre, largement supérieur à un Gaudio terrassé par la tension de l’événement, confirme son statut et pose alors une main et quatre doigts sur sa première Coupe des Mousquetaires.
Alors qu’il réussit à s’offrir son premier break de la partie à 0-6, 3-5, le natif de Buenos Aires parvient à le faire de nouveau à 3-2 dans la troisième manche, avant que Coria ne remette les pendules à l’heure en égalisant.
Fait rare : mené 3-4 sur sa mise en jeu, le public, en panne d’émotions, prend les choses en main et envoie une longue « ola » de dix minutes, chaleureusement applaudie par le surnommé « Gaston la Gaffe » par la presse hexagonale. Oui, le Central veut vibrer et inciter les deux hommes à prolonger les festivités. Soudain libéré, délivré, telles les célèbres paroles d’un personnage de fiction iconique, Gaudio débreake.
Seulement voilà, la ferveur enfin présente, le génial droitier se reprend avant de perdre un point au filet à 4-4 (30-40). Le tournant : au cours d’une interview réalisée quelques mois plus tard, l'expérimenté Cédric Mourier, arbitre de la rencontre, également celui des grands rendez-vous1, évoquera les crampes de stress comme motif. Après intervention du kiné, Coria revint en marchant, enchaîna onze fautes directes et points charnières mal négociés. Gaudio arracha ainsi le quatrième set.
Hambourg, le précédent
Il faut noter le mérite de Gaston, se remémorant le temps mort médical pris par son acolyte dans le dernier carré du Masters Series allemand en 2003, qui lui avait valu un cinglant 6-0 dans le dernier set.
Connus pour ne pas spécialement être les meilleurs amis du monde en raison de son comportement douteux, ajouté au contrôle positif à la nandrolone en 20012, Coria retrouva enfin ses jambes dans l'ultime manche, servit pour le match à 5-4, concéda un jeu blanc et gâcha deux balles de titre à 6-5 dans un climat des plus tendus. Le début de la fin. Gaudio profita alors de l’aubaine et remporta la partie sur un dernier revers dans le court (8-6). Il exulta, balança la raquette avant d’aller célébrer avec son clan.
De victoire supposément acquise au dramatique scénario, Rafael Nadal se chargera d’enfoncer le clou l'année suivante dans le dantesque combat de Rome, et on ne reverra plus le fils prodigue revenir à son meilleur niveau, même si ses ambitions ont toujours été clairement exprimées : “ici, je gagnerai un jour”.
Guère mieux loti de l'autre côté du filet, Gaudio ne confirmera jamais son immense tournoi, et pas non plus le potentiel qu’on lui décela. Pire : la vindicte populaire retient dorénavant plutôt le nom de la Guille, son incroyable facilité à dompter l’ocre et ses différents faits d’armes.
Il aura ainsi toujours manqué à ces deux héros d’un instant dominical les prérequis3 du milieu pour imposer leur style. L’un prit sa retraite en 2009, l’autre en 2011, mais l’Histoire est là pour rappeler les faits : elle n’oublie ni les vainqueurs, ni les vaincus.
La finale du Masters 1000 de Rome.
Gastón Gaudio contre Guillermo Coria, finale masculine 2004 à Roland-Garros.
Notes
1 Entretien avec Cédric Mourier (We Love Tennis).
2 Le contrôle positif à la nandrolone (ESPN).
3 À découvrir : les secrets de la réussite de Carlos Alcaraz.















