I. Du problème de Michael Esfeld au tournant 4E

Depuis la seconde moitié du XXe siècle, le paysage de la philosophie de l’esprit est largement structuré par une question : comment concilier, d’un côté, la réalité et l’efficacité des états mentaux, et, de l’autre, la complétude causale du monde physique telle que la décrivent les sciences de la nature ? Michael Esfeld résume le problème à travers les quatre principes suivants : (1) les états mentaux diffèrent des états physiques, (2) ils peuvent causer des états physiques, (3) chaque état physique possède une cause et une explication purement physique, (4) il n’existe pas de surdétermination causale régulière par des causes mentales et physiques redondantes.

Pris isolément, chacun de ces principes a de fortes raisons à son appui. Pris ensemble, ils sont incompatibles. Une grande partie de la philosophie de l’esprit contemporaine peut être lue comme une série de stratégies pour abandonner ou remanier l’un de ces principes : dualismes interactionnistes ou parallélistes, théories de l’identité, fonctionnalisme, émergentisme, etc. Esfeld, pour sa part, maintient fermement (2) et (3), remanie (1) en termes d’identité des occurrences et de description fonctionnelle des types, et rejette (4) pour les versions dualistes1.

Parallèlement, le débat s’est profondément transformé. Le physicalisme demeure la position majoritaire, mais il est désormais traversé par des tensions entre versions réductionnistes et non‑réductionnistes, entre émergentismes sophistiqués et tentations panpsychistes. Sur le terrain de la conscience, le hard problem [problème difficile] chalmersien continue de structurer les débats, tandis que se développent des approches dites « 4E » de la cognition – embodied, embedded, extended, enactive – qui contestent l’image de l’esprit comme pur logiciel cérébral opérant sur des représentations internes.

Le présent article propose de mettre en dialogue ces deux fils : d’un côté, la formulation esfeldienne du problème de la causalité mentale et le paradigme physicaliste‑fonctionnaliste ; de l’autre, le tournant 4E, qui déplace la cognition vers un système cerveau‑corps‑monde. Nous défendrons la thèse suivante : les 4E ne constituent pas seulement un correctif méthodologique au cognitivisme classique, mais l’occasion de reformuler le naturalisme lui‑même en termes de puissances ou dispositions. Le naturalisme dispositionnaliste2, structurant le réel par des puissances plutôt que des éléments inertes, propose un cadre ontologique pour les intuitions 4E tout en préservant la causalité physique et l’efficacité des états mentaux.

II. Le cadre physicaliste‑fonctionnaliste : un rappel rapide

L’apport principal d’Esfeld, pour notre propos, est de fournir un cadre analytique précis au problème corps‑esprit. Au niveau des doctrines, l’éventail est bien connu : dualisme interactionniste, dualisme sans interaction (parallélisme, épiphénoménisme), théories de l’identité psychophysique, fonctionnalisme, puis diverses formes de physicalisme non‑réductionniste.

Les dualismes, qu’ils soient interactionnistes ou parallélistes, se heurtent à la complétude causale du domaine physique telle que la suggère l’histoire des sciences : dès lors qu’une physique fondamentale et universelle décrit toutes les interactions physiques, il devient difficile de faire place à des causes mentales supplémentaires sans : soit violer des lois physiques, soit accepter une surdétermination systématique peu plausible. L’épiphénoménisme, qui maintient la distinction ontologique tout en renonçant à la causalité mentale, se paie d’un coût existentiel : nos actions n’auraient pas réellement pour causes nos raisons, croyances ou désirs.

Les théories de l’identité visent à dissoudre la tension en identifiant les états mentaux à des états physiques. Dans leur version forte, elles proposent une identité de types sur le modèle de l’identification de l’eau avec H₂O. Mais l’argument de la réalisation multiple – un même type mental pouvant être réalisé par des bases physiques différentes selon les espèces, les architectures, voire les individus – pousse plutôt vers une identité des occurrences : chaque occurrence d’un état mental est identique à une configuration d’occurrences physiques, sans qu’il y ait nécessairement coïncidence de types.

C’est dans ce contexte que le fonctionnalisme s’impose. Un état mental est défini par son rôle causal – ses causes typiques (inputs, autres états), ses effets typiques (comportements, nouvelles croyances). Les bases physiques qui réalisent ce rôle peuvent varier ; ce qui importe, ce sont les profils de dépendance causale qui les relient aux autres états et au comportement. Une théorie de la survenance psychophysique vient encadrer cette image : tous les états mentaux surviennent sur des états physiques, globalement et localement ; deux mondes qui sont des copies physiques parfaites ne peuvent différer mentalement.

Au niveau de la causalité mentale, le fonctionnalisme, combiné à l’identité des occurrences, fournit une solution élégante : si les causes mentales sont identiques à des causes physiques, elles ne menacent pas la complétude causale du physique, tout en restant de bonnes causes de nos actions au niveau du vocabulaire mental. C’est ce qu’Esfeld appelle, à juste titre, un physicalisme fonctionnaliste prudent : ontologiquement réductionniste (tout est, en dernière analyse, physique), mais épistémologiquement non réducteur (les sciences spéciales, dont la psychologie, conservent un rôle explicatif autonome).

Ce schéma, pour puissant qu’il soit, demeure toutefois largement cérébro‑centré : il suppose que les états mentaux sont internalisés dans le cerveau ou, au mieux, dans l’organisme. C’est précisément ce que les approches 4E vont contester.

III. Le problème philosophique à l’origine des 4E

L’émergence des approches 4E peut être comprise comme une réaction à l’insuffisance du modèle cognitiviste classique. Celui‑ci conçoit la cognition comme traitement symbolique interne sur des représentations explicites, localisées dans le cerveau ; le corps, l’environnement et les artefacts sont relégués au statut d’entrées/sorties ou de causes externes contingentes.

Plusieurs difficultés philosophiques et empiriques convergent sur ce modèle.

1. Fluidité sensorimotrice et charge computationnelle

Les tâches de perception et d’action en temps réel – stabiliser une posture, attraper un objet en mouvement, se repérer dans un environnement encombré – semblent difficilement modélisables comme construction de modèles internes détaillés sans explosion combinatoire. La fluidité sensorimotrice manifeste une exploitation continue des contraintes corporelles et environnementales que le modèle symbolique peine à intégrer.

2. Nature de la perception et accès au monde

Se pose alors la question suivante : la perception est‑elle principalement une construction interne – un modèle du monde dans le cerveau – ou un mode d’engagement pratique où l’organisme est déjà, d’emblée, en prise avec un monde chargé d’affordances3 ? Pourquoi ce que nous percevons est‑il immédiatement orienté vers l’action (ce que je peux faire, ce que je dois éviter) plutôt que neutre et descriptif ?

3. Individuation du mental : où est l’esprit ?

Dans le cadre classique, l’esprit est localisé dans le cerveau, éventuellement dans l’organisme. Mais de nombreuses tâches cognitives semblent distribuées de manière stable entre cerveau, corps et artefacts : usage routinier de notes, de diagrammes, de logiciels, coordination avec d’autres agents. Limiter l’esprit au cerveau oblige à traiter ces éléments comme des aides purement externes, alors qu’ils remplissent parfois des fonctions analogues à des sous‑systèmes internes.

D’où la question, typiquement 4E : jusqu’où s’étend le système cognitif ? Si des structures externes remplissent des rôles fonctionnels semblables à ceux de processus internes – par exemple en matière de mémoire, de calcul, de navigation –, pourquoi ne seraient‑elles pas constitutives de la cognition ?

4. Continuité vie–esprit

Un autre problème, plus métaphysique, concerne la continuité entre vie et esprit. L’esprit est‑il un « module » ajouté à un organisme déjà vivant, ou une dimension intrinsèque de la vie, liée à son auto‑organisation, sa normativité et sa capacité de produire du sens ? Les modèles purement computationnels ont du mal à articuler l’autonomie du vivant (homéostasie, auto‑organisation) avec la normativité du sens (erreur, pertinence, valence affective).

L’enactivisme, en particulier, naît de la volonté de résoudre ce problème en affirmant une continuité conceptuelle entre organisation vivante et organisation mentale : les processus mentaux seraient, pour un organisme autonome, de maintenir et transformer son mode d’existence dans un environnement donné.

5. Problème méthodologique du niveau de description

Enfin, il y a un enjeu méthodologique : focaliser l’explication sur le seul niveau neuronal ou symbolique masque souvent la structure organisationnelle émergente à l’échelle organisme‑environnement. Pour saisir la cognition, il faut parfois monter d’un cran, en se tournant vers les formes de vie, les pratiques, les couplages dynamiques avec un milieu matériel et social.

Les 4E sont une réponse à cet ensemble de problèmes : ils redéfinissent la cognition comme un processus incarné, situé, étendu et énactif4, au lieu d’un calcul désincarné sur des symboles internes.

IV. Les 4E : une cartographie succincte

On peut présenter brièvement les quatre axes de cette approche :

  • L’incarnation (Embodied) : les processus cognitifs dépendent de manière constitutive de la structure et de la dynamique du corps, pas seulement du cerveau. Le corps sensori‑moteur, la posture, les systèmes viscéraux façonnent les formes possibles de perception, d’action et de pensée. En version faible, le corps influence causalement la cognition ; en version forte, certains processus corporels extra‑cérébraux sont eux‑mêmes des parties constitutives des processus cognitifs.

  • La situation (Embedded) : la cognition est enchâssée dans un environnement physique, social et culturel qui n’est pas un simple contexte, mais un constituant fonctionnel de son organisation. L’agent exploite des régularités du monde – affordances, structures sociales, outils, normes – pour simplifier des tâches qui seraient intraitables en interne. Cette perspective est proche des notions de cognition située ou écologique.

  • L’extension (Extended) : la thèse de l’esprit étendu (extended mind) soutient que certains éléments externes – carnets de notes, smartphones, logiciels, diagrammes, autres agents – peuvent faire partie du système cognitif lui‑même lorsque certaines conditions de couplage sont remplies (stabilité, fiabilité, intégration fonctionnelle). La cognition est alors vue comme un système cerveau–corps–artefacts couplés dans des boucles fonctionnelles, et non comme une propriété du cerveau seul.

  • L’énaction (Enactive) : l’enactivisme soutient que connaître n’est pas représenter un monde pré‑donné, mais faire émerger un monde de significations par l’activité sensori‑motrice du vivant. La cognition est un sense‑making – une production de sens – par un organisme autonome dans un environnement. On insiste sur les boucles perception–action, l’auto‑organisation et la continuité vie–esprit. L’accent est mis sur le couplage dynamique et la normativité immanente à l’activité vivante.

Les approches 4E partagent ainsi une thèse négative – la cognition n’est ni localisable à un centre de traitement symbolique intracrânien, ni entièrement explicable par des représentations mentales abstraites manipulées par un cerveau isolé – et une thèse positive : elle est un phénomène distribué, dynamiquement couplé, dépendant du corps vivant, de l’environnement matériel et social, et des cycles d’action qui tissent ces dimensions. Reste à leur donner une assise ontologique plus robuste. C’est ce que peut offrir le naturalisme dispositionnaliste.

V. Naturaliser les 4E : esquisse d’un naturalisme dispositionnaliste

Par « naturalisme dispositionnaliste », nous entendons une position selon laquelle le réel est structuré par des puissances ou propensions – des capacités à produire certains effets dans certains contextes – plutôt que par des « substances » inertes portant des propriétés purement catégorielles. Dans un tel cadre, les propriétés physiques et mentales sont comprises comme des puissances à engendrer des comportements, des régularités, des schémas d’interaction.

Cette ontologie se prête bien à une relecture des 4E.

  • Embodied : le corps comme nœud de puissances : le naturalisme dispositionnaliste voit le corps non comme support neutre, mais comme configuration de puissances sensori‑motrices, affectives, métaboliques, etc. L’insistance de l’embodied cognition sur le rôle constitutif de la morphologie, des dynamiques musculaires et viscérales s’accorde directement avec l’idée que les propriétés corporelles sont des capacités à produire certains effets dans certains contextes : capacités de percevoir, d’anticiper, de réguler, de s’orienter. L’« esprit incarné », en langage dispositionnaliste, devient un faisceau de puissances organisées au niveau de l’organisme, qui ne se réduisent pas à des états statiques, mais à des tendances à l’actualisation dans des situations données ;

  • Embedded : niche écologique comme champ de puissances relationnelles : l’Embedded cognition considère l’agent comme enchâssé dans une niche écologique riche en affordances, au sens de Gibson : des possibilités d’action offertes par l’environnement. Du point de vue dispositionnaliste, une affordance est exactement une disposition relationnelle : une propriété de l’environnement – surface, objet, outil, institution – qui est un pouvoir d’inviter ou de contraindre certaines actions d’un organisme doté de puissances complémentaires. La situation n’est pas un simple contexte passif, mais un champ de puissances relationnelles – capacités de l’organisme et capacités de l’environnement – qui se co‑déterminent. Le 4E, version Embedded, rend manifeste un point central du naturalisme dispositionnel : les puissances sont intrinsèquement contextuelles, elles existent toujours comme pouvoirs‑dans‑un‑milieu.

  • Extended : distributions de puissances au‑delà du corps : la thèse de l’esprit étendu affirme que certains artefacts externes peuvent faire partie du système cognitif quand ils sont intégrés dans des boucles stables cerveau–corps–monde. Pour un dispositionnaliste, un carnet, un smartphone, une procédure sociale ne sont pas de simples aides ; ils sont des réservoirs de puissances : pouvoir de stocker, stabiliser, déclencher, orienter des processus cognitifs, couplés de façon régulière aux puissances de l’agent. Dire que la cognition s’étend revient à dire que les pouvoirs causaux cognitifs pertinents ne sont pas localisables dans le cerveau seul, mais dans une configuration distribuée de dispositions neurales, corporelles, artéfactuelles, institutionnelles. Un naturalisme dispositionnel peut donc reformuler l’Extended mind comme une thèse sur la répartition des puissances mentales dans un système physico‑social plus large.

  • Enactivisme : actualisation des puissances et de la normativité : l’enactivisme décrit la cognition comme sensemaking – production de monde significatif par un organisme autonome. Pour un dispositionnaliste, ceci est très proche d’une ontologie de la puissance : un organisme est un noyau d’auto‑organisation doté de puissances régulatrices (homéostasie, autoconservation, exploration) ; son activité cognitive est la série des actualisations de ces puissances dans un champ de contraintes. La normativité – bon/mauvais, pertinent/erroné – se lit comme réussite ou échec d’actualisations en vue de la stabilisation de certains régimes de puissance : maintien de soi, augmentation de la maîtrise sur l’environnement, etc. L’énactivisme donne ainsi une description dynamique de ce que le naturalisme dispositionnel formule métaphysiquement : la vie et l’esprit comme processus de mise en œuvre de puissances orientées.

VI. Apports et tensions d’une lecture dispositionnaliste des 4E

1. Apports

Premièrement, un langage ontologique unifié. Les 4E sont souvent présentés comme surtout méthodologiques : ils recommandent de décrire la cognition en termes de couplages et de rôles fonctionnels, mais restent neutres quant à la métaphysique sous‑jacente. Un cadre dispositionnaliste permet de dire ce qu’il y a : des configurations de puissances distribuées – neurales, corporelles, écologiques, sociales – dont certaines réalisations actualisées constituent des épisodes cognitifs.

Deuxièmement, une articulation micro–macro non réductrice. Les débats 4E sont généralement prudents sur l’articulation entre niveau neuronal et niveau organisme‑environnement. Le dispositionnalisme permet d’admettre qu’il peut y avoir même des événements microphysiques, mais différentes organisations de puissances au niveau macro, ce qui rend intelligible la pluralité des réalisations 4E sans devoir postuler des « émergences » inexplicables.

Troisièmement, une réponse à l’objection « tout cela est seulement fonctionnel ». On reproche parfois aux 4E de ne proposer qu’un fonctionnalisme descriptif – inventaire de rôles et de couplages – sans métaphysique. Un naturalisme dispositionnaliste peut répondre que ces rôles 4E sont les modes d’exercice de puissances réelles ; il ne s’agit pas seulement de « patterns » fonctionnels abstraits, mais de structures causales robustes.

2. Tensions et questions ouvertes

Il existe cependant des points de tension. D’abord, la localisation des dispositions. Les 4E poussent vers une image holiste et distribuée de la cognition. Le dispositionnalisme doit donc préciser comment parler de puissances non localisables – systémiques, relationnelles – sans perdre la rigueur causale. Une puissance relationnelle est‑elle une propriété de l’objet, du sujet, du couple, du système global ? La réponse n’est pas triviale.

Ensuite, le statut des représentations. Certaines versions 4E, en particulier énactivistes, tendent à minimiser, voire à éliminer les représentations internes. Un naturalisme dispositionnel peut suivre cette voie, en concevant les dispositions cognitives essentiellement comme sensorimotrices, ou défendre une conception dispositionnelle des représentations : ce sont des puissances de suivre des inférences, d’ouvrir certains espaces de possibilités, de stabiliser certains schèmes d’actualisation.

Enfin, la conscience phénoménale. Les 4E s’occupent surtout de cognition au sens large ; la question de savoir comment un champ de puissances 4E donne lieu à un champ phénoménal reste largement ouverte. Un cadre dispositionnaliste peut toutefois suggérer une voie : la conscience comme profil particulier d’actualisation de certaines puissances (par exemple, intégration holistique, auto‑affection) au sein du système 4E. Mais cela demanderait un travail spécifique, notamment en dialogue avec les débats sur le fossé explicatif et les concepts phénoménaux.

VII. Conclusion

Nous sommes partis du problème de la causalité mentale tel qu’Esfeld le reformule, et du physicalisme fonctionnaliste qui en constitue la réponse la plus aboutie dans le cadre analytique classique. Nous avons ensuite suivi le déplacement des débats contemporains vers les approches 4E, qui contestent l’image d’une cognition confinée au cerveau et insistent sur le rôle constitutif du corps, de la niche écologique, des artefacts et des pratiques sociales.

Dans ce contexte, un naturalisme dispositionnaliste apparaît comme un candidat intéressant pour fournir une assise ontologique à ces intuitions : il permet de concevoir l’esprit comme une organisation de puissances distribuées dans un système vivant, corporel, situé et techniquement/socialement prolongé, sans renoncer ni à la complétude causale du physique ni à la réalité des causes mentales.

Il resterait à développer, au‑delà de cette esquisse, une théorie plus complète des qualia en termes de profils d’actualisation de puissances 4E, ainsi qu’une articulation détaillée avec les modèles empiriques de la conscience et de la cognition. Mais si la philosophie de l’esprit « est très différente maintenant », pour reprendre un diagnostic récent, c’est peut‑être parce qu’elle commence à prendre au sérieux ce que le naturalisme dispositionnel suggère : il n’y a d’esprit que là où des puissances sont en acte dans un monde qui les appelle et leur répond.

Notes

1 Le « hard problem » chalmersien - ou problème difficile de la conscience - est l’une des distinctions les plus influentes de la philosophie de l’esprit contemporaine. On peut le formuler comme suit : pourquoi et comment des processus physiques donnent-ils naissance à une expérience vécue ?
2 Le naturalisme dispositionnaliste peut être défini comme une ontologie unitaire de la puissance, structurée en régimes d’organisation et de puissance, qui permet de repenser le mental comme niveau émergent naturel, sans dualisme ni réduction physicaliste.
3 Le terme « affordance » vient de James J. Gibson (1979). Une affordance est ce que l’environnement offre, permet ou invite à faire à un organisme. Ce n’est ni une propriété purement objective (comme la masse d’un objet), ni une représentation mentale subjective. C’est une relation entre un organisme et son environnement.
4 Un processus énactif renvoie, de manière générale, à une manière de concevoir l’activité (cognitive, vivante, sociale, pédagogique, etc.) comme quelque chose qui se fait et se transforme dans et par l’action, dans un couplage dynamique entre un organisme/acteur et son environnement.

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