La galerie Karsten Greve a le plaisir de présenter Écritures, mégalithes et cupules III, une exposition personnelle de Loïc Le Groumellec. Troisième étape d’un parcours initié à St. Moritz puis Cologne, ce nouvel accrochage réunit des œuvres récentes où se condensent plusieurs décennies de recherche autour d’un même enjeu, celui de ramener la peinture à un état de dépouillement extrême. Il y introduit aujourd’hui un signe jusqu’alors absent de son vocabulaire : la cupule.

Depuis les années 1980, Loïc Le Groumellec construit un langage pictural fondé sur la réduction volontaire des formes. A l’instar de Morandi pour qui les objets n’étaient que des prétextes à sonder la peinture, il mobilise écritures, mégalithes et cupules non pour illustrer l’archéologie, mais pour interroger la puissance propre de la peinture lorsqu’elle s’approche de son seuil de simplicité.

Une grande partie de son œuvre explore un répertoire de signes élémentaires : silhouettes de menhirs, tracés proches de l’idéogramme, courbes gravées et formes presque calligraphiques. L’artiste travaille ces signes comme une grammaire archaïque. La répétition et sa variation infime engendrent un champ visuel où la question est moins celle de la représentation que de l’effet produit par ces formes réduites à l’essentiel.

Ses premières découvertes dans les archives de Rennes, puis dans les sites néolithiques du Morbihan, l’ont conduit à observer des gravures rupestres dont la présence suggère l’existence d’un langage antérieur aux mots. Il en transpose la force dans des séries de gouaches où les signes reviennent comme des motifs musicaux.

Une étape plus récente se joue lors de ses visites au cairn de Gavrinis, où il découvre les cupules, petites cavités creusées dans la pierre et dont la fonction exacte demeure inconnue. Certains les associent à une forme d’écriture, d’autres à des rituels, liées peut-être au broyage de pigments ou de substances sacrées. Introduites dans son œuvre à partir de 2023, ces formes creuses deviennent des points d’ancrage à partir desquels la composition s’organise, comme si un vide chargé d’énergie attirait et structurait le regard.

Aux côtés des cupules et menhirs mutiques, une écriture manuscrite ténue structure ses triptyques. Il s’agit de phrases tirées des capitulaires de Charlemagne, dans lesquels l’empereur cherche à faire disparaître les vestiges liés aux cultes païens, notamment les mégalithes. L’artiste retient trois mots : simulacre, sacrilège et anathème, qui lui permettent de réfléchir à la manière dont une image peut être perçue, redoutée ou condamnée.

Chez Le Groumellec, les motifs sont des vecteurs. Leur simplicité volontaire permet de concentrer l’attention sur la surface de la toile, la vibration silencieuse des formes. Par l’économie extrême des moyens et la répétition, il fait basculer le symbole dans le signe pur. Cette démarche, qu’il rattache à l’héritage du minimalisme et du monochrome, s’oppose à la prolifération contemporaine d’images saturées et spectaculaires. Elle affirme au contraire que la peinture peut retrouver une dimension spirituelle lorsqu’elle s’approche du silence, ce même silence profond qui habite les pierres millénaires de sa Bretagne natale.