La Whitehouse Gallery réunit trois jeunes artistes féminines, Ara Méndez Murillo (née en 1997 à Cordoba, Espagne), Mina Enowaki (née en 1998 à Annecy, France) et Nancy Moreno (née en 1990 à Montauban, France), dans le cadre d'une exposition collective. Bien que toutes trois soient diplômées de La Cambre à Bruxelles, leurs pratiques artistiques divergent de manière frappante et intrigante, rendant le dialogue entre les œuvres d'autant plus dynamique.
Chaque artiste est marquée de manière distincte par son parcours, qui transparaît à la fois dans ses choix artistiques et ses méthodes de travail. Leurs expériences et leurs intérêts personnels constituent le fondement de leurs pratiques, façonnant les thèmes, les médias et les styles récurrents. Même les aspects les plus « quotidiens » de leur vie – comme leurs couleurs préférées, leurs poèmes ou leurs lieux de vacances – sont des pièces importantes du puzzle qui compose le récit de leurs œuvres, approfondissant à la fois leur individualité et leur signification personnelle. Les œuvres sélectionnées offrent ainsi un aperçu des étapes artistiques que traversent actuellement les trois artistes. Elles reflètent des processus continus de négociation, de doute, de confiance, d'expérimentation et de réussite – des éléments inhérents à leur pratique artistique et à la vie d'un artiste tout court.
Ara Méndez Murillo tire le sens et le symbolisme des scènes spontanées qu'elle rencontre, qu'elle transmet à travers des couleurs vives, des compositions intelligentes et des assemblages ludiques d'objets, de personnages et de paysages. Bien qu'elle ait suivi une formation officielle en peinture pendant sa licence en beaux-arts à l'université de Séville (Espagne), son orientation artistique, tant sur le plan technique que narratif, s'est cristallisée pendant ses années à Bruxelles. À La Cambre, son langage visuel s'est enrichi en termes d'échelle et de nuances. Représentée par la Whitehouse Gallery, Murillo a présenté ses œuvres lors d'expositions précédentes (A light's narrative, 2022 ; The other team, 2024) et lors de salons d'art.
La couleur joue un rôle essentiel dans ses peintures, tant pendant le processus de création que dans le résultat final. « Je crée du volume et de la distance à l'aide des couleurs et de la lumière ; elles donnent vie à l'image », note-t-elle, entraînant instantanément le spectateur dans des scènes où l'Espagne baignée de soleil apparaît vibrante et lumineuse, et où même la morne Bruxelles se transforme en paysages saturés. La couleur et la composition sont ses outils de prédilection pour révéler les couches cachées des activités quotidiennes, des paysages et des routines de la vie, dévoilant une beauté, une symétrie, un humour, une émotion et un sens inattendus.
Les peintures de Murillo sont inspirées d'instantanés anecdotiques qu'elle capture au fil de son quotidien : couchers de soleil encadrés par sa fenêtre, personnes absorbées par une activité ou paysages urbains saisissants qu'elle découvre au cours de ses voyages. Ses œuvres suggèrent souvent un mouvement suspendu, des instants figés qui laissent le spectateur se demander ce qui vient de se passer ou ce qui va se dérouler quelques instants plus tard. L'anticipation et le suspense, mais aussi la curiosité, sont des émotions qu'elle suscite à travers cette temporalité suspendue. Elle nous invite brièvement dans ses univers vivants, où les observations quotidiennes sont élevées au rang de scènes riches en couleurs, vibrantes de symbolisme et de sens sous-jacents.
Mina Enowaki a grandi entre les montagnes des Alpes françaises et a passé ses étés à Osaka (Japon) – un double héritage qui constitue le fondement de sa pratique artistique. Son travail s'inspire de ces environnements contrastés : les paysages et les quartiers français d'une part, le folklore et les croyances japonaises d'autre part. La photographie, son premier amour artistique et le sujet de ses études à Lausanne (Suisse), reste la base conceptuelle de sa pratique artistique, qui est multidisciplinaire dans l'âme. Depuis, elle a élargi ses compétences grâce à une formation classique en peinture à La Cambre à Bruxelles et à des résidences à la Fondation Moonens et à la Fondation CAB, où la sculpture, les techniques mixtes et le textile sont devenus des éléments centraux de son langage visuel en pleine évolution.
Les sculptures en bronze exposées sont l'aboutissement de cette trajectoire multidisciplinaire. Elles trouvent leur origine dans des visites photographiques d'un jardin japonais au début de l'année 2025, où Enowaki a commencé à développer un langage visuel qui joue avec l'échelle, la perspective et la composition. Initialement imaginées à travers des collages et des techniques mixtes, puis rassemblées dans un livre publié chez S U N (New York), ces formes fictives ont ensuite été matérialisées sous forme de modèles en argile, avant d'être finalement coulées dans du bronze monumental. Elles révèlent comment la pratique d'Enowaki oscille continuellement entre inspiration, documentation, invention et réalité matérielle. Inspiré par les artistes Barbara Hepworth, Henry Moore et Isamu Noguchi, Enowaki crée des figures stylisées, lisses et dynamiques. Elles semblent défier la gravité, leurs formes étant capturées en plein mouvement. Malgré la solidité statique du bronze, les sculptures semblent presque fluides, prêtes à se métamorphoser en une autre forme ou à dériver tranquillement vers un autre jardin. Reflétant encore davantage cette trajectoire multidisciplinaire, Enowaki a choisi d'accompagner les bronzes de miniatures textiles représentant des formes inspirées de l'architecture traditionnelle japonaise.
Le lien entre les bronzes et leurs versions antérieures destinées aux jardins reste palpable. S'inspirant des croyances japonaises selon lesquelles les matériaux naturels possèdent une âme et une volonté propre, Enowaki attribue à ses sculptures des rôles tels que Jardinier, Contemplateur, Gardien ou Voyageur, invitant les spectateurs à reconsidérer les objets naturels non pas comme des matières passives, mais comme des participants actifs dans nos écosystèmes et nos univers.
Les peintures de Nancy Moreno captivent les spectateurs tant par leur technique que par leur sujet. Elle est diplômée de La Cambre depuis 2014, avec une spécialisation en dessin. N'ayant pas suivi de formation classique en peinture, la méthode de Moreno est le fruit d'années de pratique autodidacte, qui lui ont permis de perfectionner ses compétences à son propre rythme et selon son propre style. Représentée par la Whitehouse Gallery, où elle a exposé ses précédentes séries d'œuvres en 2019 (Déréalisation) et 2023 (Buzz), Moreno continue aujourd'hui à développer son langage visuel distinctif.
Mélangeant la résine et la peinture à l'huile, Moreno construit ses peintures à travers de multiples couches translucides de peinture. Chaque couche nécessite environ deux semaines de séchage avant qu'une autre puisse être ajoutée, ce qui allonge considérablement le processus. Faisant écho à la logique optique des maîtres anciens tels que Jan van Eyck, cette méthode produit une illusion de profondeur et de perspective, donnant aux œuvres leur aspect caractéristique, doux et légèrement flou. Grâce à ce traitement minutieux des matériaux, ses peintures semblent briller de l'intérieur, comme si elles étaient éclairées par une source invisible derrière l'image.
Moreno puise son inspiration dans des expériences et des scènes vécues, ainsi que dans son imagination et ses visions oniriques. Ses œuvres renferment un « flux de vie », ou la capacité d'un tableau à ne pas se contenter de capturer un instant – comme le ferait une photographie – mais à rassembler et à suspendre des souvenirs visuels, des flux médiatiques et des visions intérieures. Alors qu'une photo fige un instant tiré de la réalité, les peintures de Moreno le prolongent, nous invitant à regarder au-delà des couches de peinture et à y ajouter notre propre interprétation. D'autres récits proviennent entièrement de l'intérieur de Moreno : elle peint des images surréalistes et bizarres qui découlent d'une profonde fascination pour certains thèmes et concepts. Le motif du lapin, par exemple, est tiré du langage symbolique de Moreno, personnifiant la peur et symbolisant des mondes inconnus d'une part, et apparaissant mignon et attachant d'autre part. Ce processus, de l'idée à la peinture, se déroule entre instinct et technique méticuleuse, pour finalement se matérialiser dans ces images lumineuses et stratifiées.
(Texte par Astrid Van Baelen)












