Le Louvre Abu Dhabi est le premier musée universel du monde arabe. Il fut conçu par l’architecte Jean Nouvel comme une « ville-musée » sur la mer. Ce chef-d'œuvre architectural fusionne les traditions arabes et la modernité. Inspiré par l'environnement local (le sable, la mer et le ciel), Jean Nouvel associe le béton, l’eau et les jeux de lumière sous un dôme d’aluminium et d’acier inoxydable, qui forme un espace universel et qui symbolise le pont culturel entre l'Orient et l'Occident. Associant Abu Dhabi au nom du Louvre, ce lieu incontournable, inauguré en 2017, nous permet de voir dialoguer des œuvres d’intérêt historique, culturel et sociologique distincts. Quelles soient anciennes ou contemporaines, elles proviennent du monde entier.

L’approche muséale du Louvre Abu Dhabi est unique. On y explore les connexions entre les civilisations et les cultures éloignées dans le temps et dans l'espace. Elles se font face et ricochent à travers une architecture faite d’ombre et de lumière, où l’eau turquoise taquine la blancheur éclatante des murs. Ils portent un chapiteau anthracite et métallique, tissé tel la maille d’une ruche qui filtre la lumière à travers ses alvéoles.

Perdu au beau milieu de la lagune de sable, au bord de l’île vierge de Saadiyat, entre le sable et la mer, le visiteur va suivre un parcours chronologique et thématique. Il traverse, de salle en salle, les différentes époques et civilisations qui ont marqué le monde. En apparence, elles n’ont rien à faire ensemble. Et pourtant, à y regarder de plus près, l’on se rend compte qu’elles sont étroitement liées. Par-delà les années, elles demeurent interconnectées et construisent des ponts entre les humains, quelles que soient leurs origines. Et c’est précisément ces connexions que Jean Nouvel a su bâtir. L’enchevêtrement des salles ouvertes sur la mer et la lagune, qui se font face à travers un jeu de fenêtres grimées de citations, tel un miroir reflétant les différents pans de l’humanité, est surplombé par un dôme circulaire de métal alvéolé, ouvert au ciel et laissant filtrer quelques rayons lumineux qui tantôt éclairent les pièces en enfilade, ou tantôt nous protègent de la chaleur du désert.

Les galeries permanentes du musée nous donnent à voir une riche collection d’œuvres d’art. Elle regroupe près de sept cents pièces. Trois cents œuvres majeures sont prêtées par les treize musées et établissements publics culturels français, engagés dans le projet : le musée du Louvre bien sûr, le Centre Pompidou, l’Établissement public du musée d’Orsay et du musée de l’Orangerie, la Bibliothèque nationale de France, le musée du quai Branly, la Réunion des musées nationaux – le Grand Palais, le musée et domaine national de Versailles, le musée national des arts asiatiques Guimet, le musée d'Archéologie nationale – le Domaine national de Saint-Germain-en-Laye, l’École du Louvre, le musée Rodin, le domaine national de Chambord et l’Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la culture.

Chaque année, le musée du Louvre à Paris, par exemple, prête cent chefs-d’œuvre à son homonyme des Émirats arabes unis. La collection du Louvre Abu Dhabi couvre ainsi tous les pans de la création artistique, depuis les origines de l’art jusqu’à nos jours. De la Préhistoire aux artistes contemporains. Et toutes les périodes de chaque civilisation sont représentées.

Le défi architectural qu’a relevé avec brio le Français Jean Nouvel, le lauréat du prestigieux Prix Pritzker d'architecture en 2008, c’est d’avoir réussi à mixer l’architecture traditionnelle arabe, inspirée des médinas blanches entourées des canaux d'eau qui rafraîchissent l’aridité pesante du désert, avec le modernisme des Émirats : le dôme de 180 mètres de diamètre, est constitué d'une chéchia tissée et perforée de façon aléatoire, inspirée par les palmiers et les moucharabiehs traditionnels (ces balcons-fenêtres en avant-corps, munis d’un grillage, typiques de l’architecture arabe). Elle ponctue un jeu d’ombres et d’éclats lumineux. La poésie qui se dégage sous cette « pluie de lumière » est l’élément central de l’expérience vécue par le visiteur.

Sous le soleil d'Abu Dhabi, le double dôme métallique, constitué de quatre couches extérieures en acier inoxydable et de quatre couches intérieures en aluminium, scintille de mille feux. Et la nuit, sous le ciel étoilé, il se transforme en une oasis lunaire. Son poids de sept mille cinq cents tonnes est similaire à celui de la Tour Eiffel. Et pourtant, on a l’impression qu’il flotte au-dessus de la médina. En fait, il repose sur quatre piliers de béton, répartis en un carré symétrique. Mais le soutien structurel est invisible : les piliers sont dissimulés et intégrés à l’intérieur des bâtiments blancs.

Cette belle initiative franco-arabe a de quoi rendre jaloux Donald Trump et les États-Unis. Pas étonnant que sur cette partie de l’île de Saadiyat, entièrement dédiée à la culture, le musée Guggenheim ait songé à s’installer. Pile en face du Louvre. Mais ce sera après le Zayed National Museum [Musée national Zayed], inauguré ce 2 décembre 2025, et qui célèbre l'histoire, la culture et l'héritage des Émirats arabes unis. Les travaux du Guggenheim devraient être achevés en 2026, sous la baguette du célèbre architecte Frank Gehry. Ce sera le plus grand musée Guggenheim au monde.