Le 9 septembre 2023, la terre a tremblé sous les montagnes du Haut-Atlas, au Maroc. Le séisme s’est douloureusement emparé de Marrakech et de ses environs. Mon pays natal s’est retrouvé meurtri, ses montagnes secouées et ses villages effondrés.
Face à ce chaos, une onde viscérale m’a traversée, celle de tendre la main, guidée par l’amour de ma terre, de la culture berbère, par l’urgence de panser ses plaies et de redonner espoir à ceux à qui les secousses avaient tout arraché sur leur passage. L’impact n’a pas été que matériel, mais aussi humain, patrimonial, culturel et identitaire. Le bilan s’élève à plus de 5.000 personnes gravement blessées, 3.000 morts et plus de 50.000 habitations totalement ou partiellement détruites. En tant que jeune architecte préparant son diplôme de fin d’études à cette période, je me suis naturellement tournée vers ce défi, souhaitant à la fois soutenir les habitants dans leur quotidien et préserver la beauté et l'authenticité de leur environnement. Mon but n'était pas simplement une réponse à la destruction, mais une ode à la persévérance et à l'esprit philosophique des habitants du Haut-Atlas.
Pour accéder au village, une autorisation de la police était nécessaire. Une fois obtenue, mon chemin m’a menée à Marigha Laazib, un village situé entre les pieds des montagnes du Haut-Atlas au sud jusqu’au piedmont du Haouz, à environ 52 km de la ville de Marrakech. Les montagnes forcent les vents à se canaliser du nord vers le sud, modifiant le climat local : étés chauds et secs, hivers froids et neigeux, avec une moyenne de 25°C. Le sol offre des matériaux abondants pour la construction locale comme l’argile, le silt, le sable, le gravier et les galets. Le bois de palmier, d’eucalyptus ou de frêne est souvent utilisé pour les toitures traditionnelles.
En parcourant les ruelles et en échangeant avec les habitants, qui m’ont ouvert leurs portes avec une chaleur simple et sincère, j’ai découvert une architecture empreinte d’âme, fidèle aux traditions berbères. Chaque maison, construite de manière collective (les voisins s’entraident mutuellement, à tel point qu’ils laissent la porte de leurs maisons grandes ouvertes, une tradition berbère traduisant la solidarité et l’hospitalité, des valeurs sacrées, tissées dans le fil de leur vie quotidienne.), est pensée pour préserver l’intime et le collectif : de petites fenêtres donnent sur le patio de part et d’autre pour ventiler naturellement et pour éviter toute vue directe sur les voisins.
Les maisons sont faites pour la plupart de matériaux locaux comme la terre mélangée à des fibres végétales, ce qui aide à maintenir une température agréable. Les patios jouent un rôle important en permettant à l'air frais de circuler naturellement à travers les pièces, tandis que les habitants expliquent que le bétail contribue à réchauffer les maisons en hiver et reste à l'extérieur en été pour éviter la chaleur excessive.
Après ma visite du village, j’ai observé deux typologies de maisons qui se répétaient fréquemment, et donc, elles ont été les deux cas d’étude sur lesquels j’ai travaillé en collaboration avec des ingénieurs, des bureaux d’études, des architectes spécialisés dans la construction en terre dans des régions arides, et un membre de l’ICOMOS (Conseil International des Monuments et des Sites), pour élaborer deux guides à distribuer gratuitement aux habitants du village.
Le premier a porté sur l’auto-réhabilitation, et le second sur l’auto-construction, dans le but d’aider la population à préserver son patrimoine, et à ne pas les dénaturer après cette tragédie. Ces guides ont été illustrés de dessins simples et détaillés pour chaque étape, accompagnés d’explications claires, traduits en français, arabe et berbère afin d’assurer leur compréhension par tous. La construction et la réhabilitation ont été pensées de manière simple, économique et respectueuse des ressources locales.
La première, La maison miraculée, doit son titre à la chance qu’ont eu les propriétaires car après le séisme, mise à part de mineures fissures sur les murs, la maison est restée intacte et aucun membre de la famille n’a été touché. Cela est dû forcément à la maîtrise, aux soins apportés à la terre et le bon savoir-faire ancestral qu’a eu le grand- père lorsqu’il a construit la maison en 1985.
La deuxième, La maison des générations, est construite en terre au RDC et en béton au R+1, car c’est une sorte de maison évolutive, chose que l’on a remarqué sur place et d’après les dires des habitants, à chaque fois que la famille s’agrandit, comme ici, le fils s’est marié, le père a donc construit l’étage de sorte à pouvoir garder son fils près de lui et de grandir avec ses petits-enfants. La valeur de la famille est d'une importance capitale dans les régions berbères.
Pour la première maison, nous avons proposé d'enlever toute trace de modernité que le propriétaire avait rajouté, en revenant donc à son état d'origine berbère, tout en la solidifiant sans la dénaturer. Pour la deuxième maison, nous avons envisager l'utilisation de terre armée et l'ajout de mesures de sécurité, comme des garde-corps sur le toit- terrasse. Nous nous sommes efforcées de trouver un juste milieu entre modernité parasismique et vernaculaire.
Ces maisons, entre héritage et renouveau, portent en elles la force de la résilience, où chaque geste, raconte une histoire de perpétuelle renaissance. Ainsi, à travers ces projets, l’âme du village se relève.















