Présenter l’œuvre d’Alioune Diouf, six années après l’inauguration de notre lieu, c’est montrer la quête inlassable d’un artiste à la recherche des humanités possibles par l’œuvre artistique ; c’est réitérer l’importance d’un message intemporel et pourtant difficilement audible. La répétition de ces personnages, de ces communautés humaines qui nous observent, nous parle de la possibilité pour l’homme de côtoyer le sacré, par-delà le religieux. Ak Jaam signifie en langue wolof « avec paix » et s’annonce ici telle une formule de prière.

D’ethnie sérère, agriculteur dans sa jeunesse, Alioune Diouf a vécu de longues années au 17 rue Jules Ferry, en centre-ville de Dakar, dans la cour du Laboratoire Agit’Art — dite cour d’Issa Samb, son compagnon de route depuis 1989. En tant qu’ « enfant de la cour », il a absorbé tant l’héritage artistique des années 1990 post-indépendance que la vitalité subversive qui a défini cette époque. Cette vitalité se retrouve dans son œuvre, empreinte de poésie et de compassion, par un appel à la vie, au souffle vital, à la réconciliation. Si certaines compositions évoquent des figures auréolées proches de l’iconographie religieuse, d’autres — peuplées de silhouettes hybrides — convoquent des réminiscences de la statuaire ouest-africaine. Au-delà de toute référence précise, ces assemblées de personnages visent à rassembler les spiritualités du monde dans un enchevêtrement de symboles et de compositions florales et géométriques.

Deux séries se distinguent au sein de l’exposition. La série sur fond noir articule peinture et couture, intégrant le motif récurrent de l’oiseau. « L’oiseau est esprit », affirme l’artiste et se présente dans ses toiles comme une possibilité existentielle pour l’homme, dans une forme d’écologie fondamentale. Alioune Diouf accorde également une attention particulière à l’ornement, notamment par les vêtements des personnages aux motifs géométriques qui unissent l’assemblée et structurent la toile. D’autres œuvres présentent des personnages entourés de compositions florales telles des enluminures, comme si l’élégance pouvait, elle aussi, combattre les maux du monde.

Son autre série réalisée à proximité du Lac Rose au Sénégal, dévoile une palette aux pigments naturels. Les mêmes personnages semblent sortir de terre, à coups d’argile diluée, d’extraits de feuilles d’hibiscus, ou encore d’une mare de graines de café apposée sur la toile. Laboureur de la terre comme de l’existence, Alioune Diouf inscrit ses personnages dans des champs floraux qui rappellent leur appartenance fondamentale au vivant.

Silencieuse et profondément attentive à l’altérité, son œuvre engage une manière d’être au monde, une pratique d’une humanité en devenir. Répétitive et intemporelle, son œuvre est aujourd’hui plus que jamais nécessaire dans l’élan vital qu’elle nous appelle à protéger et perpétuer.

(Rédigé par Jennifer Houdrouge. Droits d'auteur du texte par Selebe Yoon)