La Galleria d'Arte Maggiore g.a.m. présente à Bologne une exposition consacrée à Louis Cane, après le succès rencontré lors de la récente exposition qui lui a été dédiée dans l'espace parisien de la galerie. Ce second rendez-vous confirme le regain d'intérêt de la critique comme des collectionneurs pour l'œuvre de l'artiste français, figure centrale de la scène européenne contemporaine, dont la recherche conserve une étonnante actualité. L'exposition se concentre sur deux moments clés de sa production : ses débuts à la fin des années soixante, au sein du mouvement Supports/Surfaces, et le tournant des années quatre-vingt-dix, marqué par un dialogue renouvelé avec l'histoire de l'art et par la réalisation d'un ensemble remarquable de sculptures en céramique.
Le parcours s'ouvre sur une sélection d'œuvres historiques majeures, qui témoignent de l'adhésion de Cane aux principes de Supports/Surfaces, dont il est l'un des membres fondateurs. Dans ces travaux, l'artiste analyse et déconstruit les éléments fondamentaux de la peinture (le support, la surface, le geste), les libérant de leur fonction représentative pour placer au cœur de sa démarche le processus et la matérialité même de l'œuvre. La série des toiles et papiers découpés constitue l'un des moments les plus radicaux de cette recherche. En découpant la toile puis en la recomposant, Cane en détruit l'unité traditionnelle et en révèle la structure physique. Ce geste n'est pas seulement formel, il est aussi théorique : refuser l'idée du tableau comme totalité close et autonome, pour proposer au contraire une vision fragmentaire et ouverte.
Les parties de la toile acquièrent leur propre autonomie, et l'espace qui les sépare devient aussi signifiant que la matière peinte. Le cycle des Sol/Mur approfondit cette réflexion. Disposer les œuvres au sol ou au mur ne relève pas d'un simple choix d'accrochage : c'est une manière de redéfinir le rapport entre la peinture, l'espace et le spectateur. En déstabilisant les habitudes perceptives, l'artiste nous invite à une expérience plus consciente. Avec la série des toiles tamponnées, Cane introduit une réflexion sur le geste et la répétition. L'emploi de modules et de tampons pour appliquer la couleur efface en partie l'expressivité individuelle, qu'il remplace par un procédé systématique et répétitif. Pourtant, c'est précisément dans cette apparente neutralité qu'émerge une sensibilité nouvelle, liée à la variation infime et à la perception du temps.
L'exposition se déplace ensuite vers les années quatre-vingt-dix, lorsque Cane inaugure une nouvelle phase de sa pratique, marquée par une confrontation directe avec les grands maîtres du passé. Seront présentées deux toiles intitulées Peinture abstraite traditionnelle, qui réinterprètent le célèbre cycle des Nymphéas de Claude Monet. Cane commence à s'y intéresser en 1994, à l'occasion de son exposition personnelle au Musée de l'Orangerie, où sont conservés les chefs-d'œuvre du peintre impressionniste. Dans ce même sillage s'inscrivent les sculptures Ménines, inspirées de l'œuvre de Diego Vélasquez, qui ouvrent un volet important de l'exposition consacré à la production céramique.
L'exposition s'enrichit en effet de sculptures réalisées par Louis Cane à l'occasion de la grande manifestation qui lui a été dédiée en 1995 au MIC, Museo Internazionale delle Ceramiche de Faenza, organisée en collaboration avec la Galleria d'Arte Maggiore g.a.m. et placée sous le commissariat de Franco et Roberta Calarota. Outre les Ménines, le parcours se complète des Vénus, qui réinterprètent des modèles archaïques d'inspiration étrusque, et des Balançoires, œuvres qui introduisent dans l'espace une dimension dynamique et suspendue, prolongeant la réflexion de Cane sur le rapport entre la forme, l'équilibre et la perception. Comme pour la couleur, l'artiste conserve dans la sculpture cette attention presque analytique portée à la matière, traitant la forme comme une expérience tactile plutôt que comme un idéal à atteindre. Ce sont des sculptures à regarder de près, pour saisir à leur surface ce qui reste du geste : empreintes, griffures, épaississements et irrégularités.
En explorant plusieurs facettes de l'art de Louis Cane, l'exposition propose une lecture nuancée de sa pratique et met en lumière la cohérence et l'évolution d'un artiste capable de traverser et de renouveler les langages de la contemporanéité.












