La galerie lange + pult est heureuse d'annoncer l'exposition de Christian Robert-Tissot qui marque la première présentation dans l'artiste dans son espace genevois.
Artiste suisse né en 1960 à Genève, Christian Robert-Tissot travaille avec le langage depuis plus de trente ans. Ses œuvres ne cherchent ni à communiquer ni à illustrer, mais à énoncer, posant une phrase avec une forme de calme qui suffit à installer leur présence dans l’espace.
Avant le texte, il y a peut-être le monochrome. On en retrouve la continuité dans l’économie du travail, dans cette frontalité constante et ce refus du spectaculaire. Ce qui a été peint en 1990 aurait pu l’être en 2026, autant dans le sujet que dans la forme. La peinture n’évolue pas vers autre chose, elle persiste, fidèle à une idée presque obstinée de la peinture comme espace de pensée.
Les mots sont peints, littéralement, jusqu’à ce que la lettre et la surface ne fassent plus qu’un, image et langage devenant indissociables. Police, couleur et composition participent d’une même recherche de neutralité. Avenir Bold, des couleurs retenues, presque dépassionnées. Rien n’est décoratif, rien ne vient appuyer le sens. Les mots tentent d’exister sans dramatisation typographique, laissant le langage apparaître pour ce qu’il est, dans sa simple condition d’énoncé.
Penser sans mots est impossible, affirme l’artiste, rappelant que voir et penser ne se séparent jamais vraiment. Pourtant les mots glissent. Screen, data ne renvoient plus aujourd’hui aux mêmes imaginaires qu’il y a vingt ans, et ce déplacement modifie silencieusement la lecture des œuvres. La toile demeure identique, mais notre manière de la regarder change avec le temps, les usages et les contextes.
Certaines pièces fonctionnent par répétition, comme Over and over and over, une phrase qui revient jusqu’à devenir presque mentale. D’autres déplacent subtilement la tonalité. The sun will soon be rising, présenté dans la gare de Vienne après une version inverse de l’énoncé (Hurry up, the sun is about to set), introduit une inflexion plus lumineuse. Le dégradé adoucit la rigueur typographique, comme si une atmosphère venait légèrement troubler la neutralité initiale, transformant un simple renversement linguistique en expérience perceptive.
À l’heure où les images saturent l’espace, le texte s’impose autrement. Il ne cherche pas à capter immédiatement l’attention ; il reste disponible, en attente. L’œuvre n’impose rien, elle active lentement un processus de lecture et de pensée.
On croit avoir compris d’emblée, puis la phrase revient plus tard, différemment, comme déplacée par le temps.















