Nous avons le plaisir d'annoncer la première exposition personnelle de Beat Zoderer dans notre galerie à Genève.
Beat Zoderer est une figure majeure de l’art contemporain suisse, dont la pratique s’inscrit dans un dialogue constant avec l’héritage de l’art concret, tout en s’en affranchissant progressivement. Depuis les années 1980, son travail explore les relations entre couleur, forme, rythme et espace, à travers des médiums variés, peinture, sculpture et installation.
Chez Zoderer, la rigueur formelle n’est jamais synonyme de froideur : elle sert au contraire une recherche sensible sur la perception, le mouvement du regard et les tensions internes de l’image. La série Haiku s’inscrit pleinement dans cette continuité, tout en marquant un déplacement subtil. Le titre n’est pas métaphorique : il désigne une véritable méthode de travail. À l’image du haïku, forme poétique brève et condensée, ces peintures reposent sur une économie de moyens, une grande précision du geste et une intensité contenue. Réalisées en acrylique sur panneaux MDF ou carton, elles présentent des surfaces multicolores structurées par des grilles et des motifs modulaires, souvent composés de petits carrés récurrents.
La couleur, appliquée en couches translucides, se superpose et se mélange optiquement, produisant des tonalités intermédiaires et une profondeur spatiale qui ne se donne jamais immédiatement. Le regard est invité à circuler, à ralentir, à ajuster sa perception. Les petits carrés fonctionnent comme des unités rythmiques : ils organisent la vibration chromatique sans jamais la figer, maintenant une forme d’instabilité visuelle constante.
La superposition des couches n’est pas seulement un procédé pictural, elle renvoie aussi, de manière diffuse, à la structure du haïku lui-même : une construction en trois temps, où chaque strate modifie la perception de la précédente et crée un léger déplacement du regard plutôt qu’un effet de narration.
Tout en restant fidèle à son intérêt de longue date pour la structure et la répétition, Zoderer introduit ici une retenue nouvelle, presque méditative. Comme dans un haïku réussi, rien n’est démonstratif : tout se joue dans les intervalles, dans le silence entre les formes, dans ce moment précis où la perception bascule.
Haiku peut ainsi être lu comme une synthèse épurée de sa pratique, une peinture qui ne cherche pas à imposer une lecture, mais à créer les conditions d’une expérience attentive.













![Karl Schmidt-Rottluff, Gelber blumenstrauss [Yellow bouquet] (détail), 1906. Avec l'aimable autorisation du Kunstmuseum Bern](http://media.meer.com/attachments/75de0a3118d0252286147f467a23f62dd1e22700/store/fill/330/330/da0fa34b164de8294b5333d7ba32641fce5a46c4685af39c9e72d1c85424/Karl-Schmidt-Rottluff-Gelber-blumenstrauss-Yellow-bouquet-detail-1906-Avec-laimable-autorisation.jpg)
