Du 10 décembre 2025 au 29 mars 2026, le Grand Palais a invité les artistes Eva Jospin et Claire Tabouret à venir investir ses deux galeries. Elles se visitent par une même entrée. Face à face. Mais le gigantisme des chefs-d’œuvre se reflète et ricoche différemment sous nos regards ébahis. D’un côté, Grottesco, le parcours atypique à travers les forêts de carton et leurs grottes géantes, aux architectures qui nous invitent dans le monde imaginaire de Jospin ; de l’autre, D’un seul souffle nous dévoile les coulisses d’un autre projet monumental : les maquettes en carton grandeur nature des futurs vitraux contemporains et modernes qui habilleront la nef de Notre-Dame de Paris.
La légende autour du Grottesco renvoie à l’histoire de ce jeune Romain qui marchait dans les quartiers de la Rome antique, sans prêter attention aux pavés où il mettait les pieds. Sa nonchalance lui causa bien des ennuis : une chute accidentelle dans un grand trou d’abord. Remis de ses émotions, il essaya ensuite de sortir de cette cavité profonde. En empruntant un dédale de couloirs souterrains, il découvrit de merveilleuses fresques oubliées : les vestiges de la Domus Aurea de Néron. Elles semblaient l’avoir attendu, ensevelies là-bas, tout au fond. Depuis des siècles. C’est de ce palais aux allures de grotte que naît le style « grotesque », où le végétal, l’architecture et le fantastique se fondent pour donner vie à un imaginaire foisonnant.
Eva Jospin réunit au Grand Palais une quinzaine d’œuvres. La plupart ont été créées spécialement pour l’exposition. Elles ont été dévoilées pour la toute première fois au public. Parmi les pièces inédites, tournons les pages « en verre » d’une série de bas-reliefs brodés. D’autres sculptures revisitent les motifs emblématiques de son travail.
Le parcours nous invite à traverser un monde à part. On survole un promontoire. On plonge ensuite dans un cénotaphe, qui pourrait être avant l’heure, le tombeau élevé à la mémoire de son père, mais qui ne contient pas son corps. Puis on pénètre dans une grotte, surmontée d’un dôme. On est au Panthéon. On se promène à travers les ruines. Et des forêts les succèdent.
Toutes les œuvres transforment nos perceptions. Sans cesse. Car elles nous révèlent, à chaque passage, de nouveaux motifs. De détours en détours, ce que l’on était persuadé d’avoir reconnu devient bizarrement inconnu. Le familier est bousculé par l’étrange. Le végétal et le minéral se confondent en trompe-l’œil. Lors du parcours, si l’architecture domine à l’aller, il n’en est plus rien au retour. Lorsque l’on rebrousse nos pas, qu’on fait marche arrière et qu’on revient au point de départ, c’est la nature sauvage et puissante qui déborde et nous inonde.
La fusion des textiles, des bronzes et des cartons sculptés marque une nouvelle ère dans le travail d’Eva Jospin. Elle brouille constamment les frontières entre les matières, les techniques, les époques et leurs styles. L’artiste nous émerveille par son éternel souci du détail. Partout, la précision domine, qu’il s’agisse de l’infiniment grand comme de l’infiniment petit. Chaque sculpture née de son imaginaire débordant est d’un réalisme à nous couper le souffle. Justement nécessaire à la transition pour visiter la galerie voisine.
Avec l’exposition D’un seul souffle, sans doute un clin d’œil aux souffleurs de verres à Murano, Claire Tabouret nous montre les esquisses et travaux préparatoires de ses maquettes en carton grandeur nature, pour les six vitraux qu’elle fait réaliser, destinés à restaurer la cathédrale Notre-Dame de Paris, et dont la pose est attendue fin de l’année 2026.
Ses six tableaux, suite de portraits et de scènes religieuses de la Pentecôte, le thème choisi par l’archevêque de Paris, sont empreints d’une atmosphère mystérieuse et méditative. La palette très colorée et chaude alterne transparence et opacité.
Pour ces vitraux de Notre-Dame, elle a voulu être très proche des travaux que vont réaliser les maîtres verriers, en créant des maquettes à taille réelle, d’environ sept mètres de haut. La lauréate du concours organisé par le ministère de la Culture nous dévoile dans cette exposition les coulisses de son œuvre exceptionnelle. Chaque maquette reproduit donc à l’échelle réelle une baie du bas-côté sud de la cathédrale. Les vitraux sont réalisés en monotype.
La technique du monotype s’est imposée comme une évidence. Elle offre une liberté radicale et en même temps une rigueur tranchée – une dualité qui fait écho à la matérialité du verre dans l’art du vitrail, à la fois organique et ciselée.
C’est une technique d’impression que l’artiste pratique très fréquemment. Les rosaces sont enrichies de pochoirs avec leurs motifs décoratifs.
Ces baies vitrées respecteront ainsi la lumière neutre de l’édifice, afin de créer une transition douce avec les vitraux de Viollet-le-Duc. La jeune artiste de Pertuis, née en 1981, conjugue les couleurs vives et équilibrées. Inspirée par son pays natal, le Sud, et en s’appuyant sur le thème de la Pentecôte, symbole de l’unité et de l’harmonie, Claire Tabouret nous invite à entrer dans l’intimité de son processus créatif. Au Grand Palais, l’on a pu vivre un moment rare et précieux : les coulisses d’une beauté hors norme.















