Peindre comme acte d’adoration — une manière de rester proche — du sentiment, des autres, d’une beauté qui pourrait autrement se flétrir ou disparaître.

When a joke becomes a prayer, première exposition personnelle de Tobias Spichtig à Paris, réunit de nouvelles peintures réalisées dans la ville. Les œuvres s’attardent sur des scènes d’intimité et de solitude : des amants sur un canapé fumant près d’une fenêtre ouverte, un pianiste dans l’ombre, quelqu’un marchant dans les rues de Paris, un amant prenant des photos, des montagnes intitulées Twin peaks ; des fleurs portées, offertes, remémorées.

À la Galerie Hussenot, des rideaux de scène noirs enveloppent l’espace et une moquette adoucit la pièce. L’atmosphère évoque davantage les coulisses qu’un spectacle — un lieu de préparation, de répétition et de vulnérabilité plutôt que de représentation. L’exposition se déploie comme une chanson d’amour jouée en coulisses, longtemps après que les lumières se soient éteintes. Romantique, excessive et légèrement maladroite.

Les nouvelles peintures circulent entre les genres — portraits, paysages et scènes. Le sentiment agit comme point de référence. Ce qui unit ces œuvres récentes, c’est une manière singulière de peindre et de regarder qui traverse tous les sujets. Les peintures sont des gestes simples mais délibérés. La bougie est un signe de présence. La rose séchée porte une beauté au-delà de son moment de floraison. Ce ne sont pas des symboles de déclin mais de durée — de moments et d’humeurs qui persistent. Il y a de l’humour dans leur franchise, un humour sincère et précieux. Le geste qui paraît évident, voire amusant, commence à sembler précis. Rien n’insiste sur l’ironie. Tout penche vers la dévotion et un désir de croire.

Des titres tels que Death Afraid of Death parlent directement, sans déguisement. Ils ne s’expliquent pas. Ils se répètent, presque comme des paroles de chanson. L’amour et la peur coexistent. La beauté n’est pas raffinée ici ; elle est vécue, manipulée, sans défense, mais sincère. Les idées les plus drôles sont souvent les plus sérieuses.

On retrouve ici quelque chose qui rappelle la perspective de « l’Idiot »1 — facilement confondue avec la naïveté. Ce qui semble sot ou ridicule révèle peu à peu quelque chose de précieux. La plaisanterie a ses profondeurs.

Tout au long de l’exposition demeure le regard inébranlable de Spichtig — révérencieux, presque admiratif dans sa dévotion. Qu’il peigne des amants, des amis, des musiciens ou la solitude elle-même, son regard ne se replie pas dans le cynisme. Le sentiment reste direct, même lorsqu’il tremble. Surtout alors.

L’exposition parle de la beauté de la vie. Le coucher de soleil filtré à travers ses lunettes de soleil préférées. La rose rapportée chez soi. La chanson écoutée trop souvent. Une blague si drôle qu’elle en devient une prière.

(Texte par Samuel Staples)

Notes

1 Dostoevsky, Fyodor. The idiot. 1869.