Le projet Shekel & Anubis Agency s’inspire du roman American Gods de Neil Gaiman, plus précisément du funérarium fictif tenu par Mr. Jacquel (Anubis) et Mr. Ibis. Dans cette nouvelle série d’œuvres, Arina Antonova réimagine les urnes funéraires contemporaines, les reliquaires et les récipients de deuil non pas comme des objets stériles produits industriellement, mais comme des formes tactiles, émotionnelles et personnalisables de soin radical et de transition. La série comprend six urnes sculpturales et une fontaine centrale intitulée Fountain of Lamentation. Ces urnes ne sont pas simplement des contenants pour les cendres : ce sont des corps à part entière, interactifs, décorables et sensoriels : destinés à accompagner les vivants dans leurs rituels de deuil et les morts dans leur passage symbolique. L’une des urnes est conçue pour un couple, permettant un lieu de repos partagé, et la fontaine devient un espace de réflexion, de réconfort et de mémoire publique.
La pratique d’Antonova repose sur la céramique en tant que médium profondément corporel. Ici, elle imagine un futur où les pratiques de deuil ne sont plus dictées par des protocoles capitalistes, bureaucratiques ou aseptisés. Elle ouvre plutôt un espace d’invention rituelle, encourageant les communautés à réinvestir la mort comme un territoire d’autonomie, de tendresse et même de jeu. L’artiste propose une rupture esthétique avec le design neutre et impersonnel de la culture funéraire actuelle : chacune de ses formes porte une symbolique émotionnelle, des références à la nourriture, à la flore, aux coquillages et aux textures quotidiennes du soin.
Dans une société où la mort est de plus en plus taboue et où l’euthanasie reste fortement restreinte ou inaccessible dans de nombreux pays, Antonova pose une question provocatrice : Et si nous pouvions choisir notre propre forme de repos final ? Et si nos objets de deuil étaient façonnés par l’amour et l’humour plutôt que par l’administration ?
Shekel & Anubis Agency introduit une structure fictive mais puissante d’autodétermination post-mortem, proposant que le soin des morts est indissociable du soin des vivants. Ses émojis en céramique émaillée, évoquant des sentiments allant de la joie à la tristesse, permettent un vocabulaire du deuil adapté à l’ère numérique. Ces « émotions » sculpturales peuvent être attachées aux urnes ou déposées près de la fontaine, offrant une manière de communiquer avec les disparus ou avec son propre processus de deuil.
Loin de prôner un retour aux traditions, Antonova nous invite à inventer des gestes ancrés dans l’intimité, la douce résistance et l’acceptation de la mort non comme une fin, mais comme un déplacement de présence. Elle ne cherche pas à vaincre la mort, mais à vivre à ses côtés, à lui donner forme, et à laisser émerger la beauté de son ombre.













