Il nous arrive de nous endormir avec un brouillard au-dessus de la tête, et de nous réveiller sans être sortis de cet état embrumé.

C’est parce que nous avons fini par jeter aux oubliettes les nuits à la belle étoile, et ne savons plus prêter attention au chant des oiseaux comme cela pouvait se faire au Moyen Âge. Nos nuits et nos matins pullulent d’une multitude d’alertes et de signaux électroniques, en rupture avec le silence d'autrefois.

En quoi ces alertes et signaux électroniques constituent‑ils une menace, de quelles manières en souffrons-nous, et qu’est‑il essentiel de préserver à contre-courant du monde numérique et informationnel ?

24 h dans le monde numérique

Commencent alors les notifications de messages et bien d’autres encore. Cette étape mobilise notre attention et notre réactivité pour nous permettre de donner suite à des sollicitations ou répondre à des urgences, créant ainsi - comme l'explique un article du site Association France Burnout publié en 2025 par Georges D., fondateur du site - une fragmentation de la concentration, des interruptions à l'origine d'une fatigue cognitive, d'épuisement et d'anxiété.

Viennent ensuite la séance de visionnage d'un programme télévisé, le plus souvent, les informations. Les informations étant déjà anxiogènes, les consommer dès le réveil est fortement déconseillé. Il est suggéré dans un article publié en juin 2023 sur le blog Pourquoi Docteur :

Celles-ci peuvent générer de l'anxiété, de la tristesse et même de la dépression. Cependant, une étude menée par des chercheurs de l'Université McGill de Montréal montre que, lorsqu'elles sont accompagnées de reportages sur des actions positives, les mauvaises nouvelles peuvent avoir des effets bénéfiques.

Le reste de la journée est ponctué d'un usage répétitif des écrans, voire d'une séance de travail connectée pour les actifs dont les écrans sont essentiels pour le rendement de leur activité.

Que ce soit pour rechercher une recette de cuisine sur son smartphone ou achever une dissertation d'histoire contemporaine sur PC, le temps passé devant un écran, minimal soit-il, n'est jamais sans conséquence. Quelques minutes seulement peuvent produire des effets psychosomatiques.

L'Institut national de santé publique du Québec parle de l'activation du circuit dopaminergique, de la rapidité de la surcharge cognitive et de l'immédiateté des effets émotionnels. Il prévient :

La majorité des connaissances entourant les effets sur la santé liés à l’utilisation des écrans concernent le court terme.

Enfin, à quelques minutes de gagner leur lit, les retardataires peinent encore à faire leur adieu à leur écran favori.

Nassim Chentouf, cyberjournaliste pour Les Numériques, souligne :

Les chercheurs ont montré qu’une exposition aux écrans avant de dormir augmente le risque de souffrir d’un sommeil de mauvaise qualité de 33 %

La rédaction de 24 h Santé globalise la problématique :

Au-delà de la lumière bleue, le contenu consommé sur les écrans joue également un rôle important. Films stimulants, réseaux sociaux ou jeux vidéo sollicitent fortement l’attention et les émotions, rendant la détente plus compliquée avant de dormir.

La lumière bleue pour la perturbation de la mélatonine, les réseaux sociaux pour les troubles de la santé mentale, l'usage excessif des écrans pour la sédentarité : toute une insalubrité numérique impactant fortement la santé générale :

Fatigue chronique, baisse de concentration, irritabilité et diminution des performances physiques ou intellectuelles sont des conséquences fréquentes,

Regrette la rédaction de 24 h Santé.

Les mécanismes impliqués

Antonin Leclercq, médecin généraliste formé à la médecine fonctionnelle, à la nutrition clinique et à la mésothérapie, explique :

Les neuromédiateurs (dopamine, sérotonine, GABA, mélatonine et noradrénaline) sont des molécules chimiques qui assurent la communication entre les neurones. Ils régulent nos émotions, notre sommeil, notre attention, notre appétit, notre motivation (...). Ces neuromédiateurs sont extrêmement sensibles à l’environnement, à notre mode de vie… et à nos comportements numériques.

De son côté, Pascal Benquet, chercheur à l’Inserm en neurosciences à l’université Rennes 1, a jugé utile de s'exprimer sur les mécanismes de fonctionnement du cerveau et les conséquences des écrans sur l’attention lors d'une conférence : « Mécanismes cérébraux des apprentissages ».

Il considère que l’usage excessif des écrans favorise deux composantes perturbatrices de l’attention, dont le maintien est fondamental pour le processus de mémorisation : la fatigue et l’anxiété. La rédaction du site web de l'école de Sciences Po de Rennes commente :

Ces dernières diminuent la capacité de notre cerveau à inhiber les éléments de distraction.

Cette perturbation peut être plus marquée sur des usagers plus jeunes, particulièrement les tout-petits, dont l'usage des écrans peut compromettre la réceptivité aux moments d’interaction avec les adultes ou encore aux opportunités de développement du langage, de l’attention et des compétences émotionnelles et sociales.

Pourquoi notre cerveau est-il si sensible aux écrans ?

Selon Claudia Lima, rédactrice santé pour Carenity, lorsque l'on abuse des écrans :

Le cortex préfrontal, qui gère la concentration et la prise de décision, est sursollicité. À force d’être interrompu, il perd un peu de sa capacité à trier les informations et à filtrer les distractions.

Elle ajoute :

Regarder un écran avant de dormir, c’est l’un des pires ennemis du sommeil.

Avec l'usage d'un écran à l'instant où notre corps réclame de se reposer, la production de mélatonine est bloquée. Ainsi, l’endormissement est retardé, le sommeil devient plus léger et moins récupérateur.

La neurobiologie a relevé une problématique que l'on a tendance à traiter avec légèreté : la dépendance comportementale liée à l'usage excessif des écrans.

La rédaction de Ma biologie parle de mécanismes cérébraux similaires à ceux observés dans d'autres addictions :

Le cerveau réagit aux stimuli gratifiants par l’activation du système dopaminergique, en particulier le noyau accumbens et le cortex préfrontal (…). Ces circuits de récompense expliquent pourquoi l’usage des écrans peut devenir compulsif et difficile à contrôler.

« Notre rapport à la mémoire s’est modifié », pour reprendre un propos de Lionel Naccache, neurologue. Le cerveau s'adapte aux innovations culturelles de son époque, mais non sans essuyer des altérations.

Hygiène de vie à l’ère numérique

La pleine conscience peut atténuer les effets délétères liés à l’usage des écrans. Demandons-nous, au moment de consommer des contenus numériques ou de consulter notre smartphone, pourquoi on le fait et s’il y a réellement une utilité à le faire. Claudia Lima rappelle qu’il ne faut en aucun cas laisser de côté les moments de ressourcement « respirer, marcher sans distraction ou simplement ne rien faire ».

Certains veillent à compenser leur usage des écrans par ces moments de détente. D'autres optent pour l’utilisation de filtres anti-lumière bleue pour limiter l'impact de la luminosité des écrans sur la qualité de leur sommeil.

La rédaction de Mon psychothérapeute met en garde sur l'efficacité relative des filtres anti-lumière bleue :

L’utilisation de filtres anti-lumière bleue peut également réduire l’impact des écrans, mais elle ne remplace pas la nécessité de limiter leur usage. Adopter une routine sans écran le soir est une étape clé pour améliorer la qualité du sommeil et prévenir les réveils nocturnes.

C'est aussi l'une des recommandations d'Antonin Leclercq.

Pour lui, préserver son cerveau, c'est aussi optimiser son alimentation cérébrale :

Assurez un apport régulier en protéines, bons gras, vitamines du groupe B et antioxydants.

De la même manière, bouger pour mieux penser peut aider à améliorer ses facultés cérébrales. Antonin Leclercq assure que l’activité physique stimule la dopamine, réduit le stress et améliore le sommeil. Dans ce sens, Raphaël Richard, expert en intelligence artificielle et marketing digital, propose de soigner son hygiène cognitive, que l'on décide de rompre avec le numérique ou que l'on opte pour son utilisation par souci de facilité.

Il recommande de créer de nouvelles connexions neuronales dans des domaines où nous avons des facilités, comme la créativité ou la déduction, de créer de nouvelles connexions neuronales dans des domaines où nous sommes plus faibles, comme la dextérité manuelle ou la mécanique, si nous sommes de profil intellectuel, et enfin d'entretenir notre capacité de concentration et notre mémoire.

Comme le souligne Caroline Corbal Albessard, docteure en sciences de l'Information et de la communication :

Introduire des moments de déconnexion est essentiel pour rétablir les rythmes naturels du cortex et de la perception, façonnant et conditionnant l’équilibre de la biologie et du vivant.

C'est ce que l'on appelle la “sobriété numérique”. Cela peut être “une semaine sans écran” et/ou des messages d'avertissement.

Outre l'activité physique, prêché par Antonin Leclercq, se reconnecter à la nature et la contemplation contiennent la “nature déficitaire” imposée par l’exposition exponentielle aux écrans et ont des effets réparateurs sur le cerveau.

Caroline Corbal Albessard insiste :

Favoriser la communication en face à face et limiter les interactions superficielles en ligne permet de développer une compréhension mutuelle et une connexion émotionnelle.

Cette liste n’est pas exhaustive, mais elle renvoie largement au respect des processus biologiques naturels de l’être humain.

Finalement, les écrans ne sont respectueux de nous que s'ils respectent nos besoins biologiques, cognitifs, relationnels et s'ils nous protègent.