La comète est cet astre solaire qui laisse échapper une atmosphère passagère que l’on appelle chevelure ou coma. Évanescente, cette traînée de poussière lumineuse n’est éjectée qu’au voisinage du Soleil. En entrant dans l’atmosphère terrestre, une comète peut brûler et ainsi se désintégrer. Libre dans sa trajectoire, elle peut se rapprocher de l’humain et de la Terre tout en veillant à garder une distance de protection pour ne pas se consumer.
De la passion de son père pour l’astrophysique, Matias Agafonovas a retenu quelques bribes de concepts. Pour sa première exposition personnelle chez Mennour intitulée Comet fields in a matchbox, il présente un corpus de nouvelles peintures et sculptures en céramique dans lequel la cosmogonie1 occupe une place centrale et la pérégrination imaginaire d’une comète agit comme fil conducteur. La nature fascinante du cosmos et la trajectoire incertaine des astres y sont simultanément convoquées. Captivé depuis toujours par la place infiniment petite que nous occupons dans l’univers, le peintre pluridisciplinaire formé à l’École des Arts Décoratifs choisit d’évoquer un paysage céleste dans lequel serait venue se recueillir une constellation surréaliste d’étoiles, avant de poursuivre leur route vers le Soleil et de s’éteindre sans laisser de trace. L’infinité du cosmos, mesurée en milliards d’années-lumière, pourrait ainsi se ranger dans une boîte d’allumettes, conservée au fond d’une poche ou dans le creux d’une main.
L’idée de contenir en catégorisant et de jouer sur l’échelle en bousculant la perspective traditionnelle est essentielle dans la pratique de l’artiste. Ranger dans des cases et organiser des éléments disparates : il s’agit d’utiliser la contrainte formelle au départ, pour permettre la composition libre ensuite. Délimiter plusieurs champs picturaux et confondre les rapports d’échelle afin de construire des plans à lectures multiples, ainsi se développe son rapport instinctif à la composition. Les mises en abyme sont constantes et interdisciplinaires dans son œuvre, agissant comme une démonstration littérale du brouillage volontaire d’échelles : des détails de ses peintures sont reproduits en petits formats sur des dessins marouflés sur les toiles ou sur des céramiques murales. Dans ses compositions, différents champs se côtoient, le regard se pose sur des modules répétés, sans savoir s’il s’agit de la façade d’un complexe urbain ou des rangées d’une bibliothèque. Un même motif est souvent réitéré, mais jamais à l’identique, conservant le tracé irrégulier d’un cerné noir qui le délimite.
Des heures de cours passées sur les bancs de l’école primaire, Matias Agafonovas se souvient avant tout des techniques autodidactes de gravure au compas sur la surface mélaminée de la table d’école, élaborées clandestinement dans la douce dissidence du fond de la classe. Loin de se revendiquer « mauvais élève », il a toujours questionné l’autorité dominante et les schémas éducatifs qui régissent la transmission pédagogique conventionnelle. Attentif aux manières d’organiser le savoir et aux codes imposés du système scolaire, il s’applique à réemployer les mêmes éléments formels à travers un art du détournement. Grilles et topographies, zones délimitées de coloriage, couleurs primaires, Tipp-Ex et Scotch, feutres et papier A4… On retrouve dans ses peintures un répertoire similaire et la même trousse d’outils que dans un cartable d’écolier. Là encore, la contrainte est réemployée voire dénaturée pour former la base d’un langage singulier. Dans ses sculptures, la table Formica, icône des Trente Glorieuses et symbole nostalgique des foyers modernes des années 50-60, est ici détournée pour devenir le support mural de ses céramiques. Enfin, la fresque mosaïque s’inspirant d’une vue du globe il y a 250 millions d’années, se dresse comme un drapeau universel, fragmenté mais solidaire, possible utopie d’un alter-monde vu depuis l’espace.
Oscillant entre motifs figurés et abstraction libre, Matias Agafonovas développe une expérimentation tant graphique que ludique qui conjugue des sources aussi variées que l’art brut, l’écriture automatique, les arts autochtones brésiliens et l’art urbain – somme toute des langages formels tous articulés autour d’une certaine marginalité. Au détour d’errances répétées et hasardeuses, son inspiration naît de l’interférence de rencontres fortuites, de souvenirs personnels, de décalages curieux ou de traductions impossibles entre ses deux cultures, française et brésilienne. Avec Comet fields in a matchbox, Matias Agafonovas revient sur notre rapport à la norme et à l’usage conforme, en nous invitant à repenser les cases plutôt que les cocher.
(Texte par Megan Macnaughton)
Notes
1 Science de la formation des objets célestes (planètes, étoiles, galaxies, etc.)
















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