Itinerarios XXX (Itinéraires XXX) réunit les propositions d’artistes sélectionnées lors de la dernière édition des Bourses d’art de la Fundación Botín 2023. Le jury était composé des commissaires Irene Aristizábal et Filipa Ramos, ainsi que des artistes Juan López et Jorge Satorre, anciens boursiers de la Fundación.

Les six projets présentés dans cette exposition analysent la relation entre la nature, la mémoire et les formes non rationnelles de connaissance. Sous différentes perspectives, les oeuvres proposent un lien affectif et symbolique avec les paysages marins, désertiques ou floraux, en proposant des modes d’attention et de contemplation qui remettent souvent en question les hiérarchies entre l’humain et le non-humain. Les artistes revendiquent l’art comme outil de transmission des savoirs, des gestes et des croyances ancestrales, sauvant des histoires invisibles ainsi que des métiers et des mythologies en marge de la science et de l’art.

Gelen Jeleton (Murcia, Espagne, 1975) s’inspire de l’expérience de Hanami, une période de réunions sociales au Japon pour contempler les cerisiers en fleurs. Son contenu est constitué de dessins sur papier de soie et d’une série d’animations représentant le sakura (la fleur du cerisier japonais), le yozakura (fleurs de cerisier nocturne), le hanafubuki (pluie de pétales) et son souvenir.

Javier Bravo de Rueda (Callao, Pérou, 1989) nous emmène dans un petit musée d’Ica, au Pérou, où se trouvent des pierres énigmatiques qui auraient des millions d’années et qui racontent des histoires d’êtres venus d’autres galaxies. Le montage combine des disques, des artefacts, des dessins animés, des peintures murales, des sculptures et des sons. Il n’offre pas de réponses : il invite à spéculer, à se perdre dans les chroniques de voyage, la science-fiction et les récits ancestraux qui évoquent des origines incertaines et de présences venues du ciel.

Noa et Lara Castro Lema (A Coruña, Espagne, 1998) ont créé un conte musical qui a pour point de départ le Gran Sol, un site de pêche dans l’Atlantique Nord, où leur grand-père Nelson a passé la plus grande partie de sa vie à travailler. Ce type de pêcherie était appelé Grande Sole. La traduction phonétique du français vers le galicien met en relation, par le biais du langage, le poisson (la sole) et les astres (sol - le soleil en galicien) en donnant un jeu performatif où le passé et le futur rejoignent le présent.

Diego Delas (Aranda de Duero, Espagne, 1983) explore les croisements et les similitudes entre la pratique artistique et l’art dit populaire. Dans la salle, on découvre une collection d’énormes formes disposées comme des collaradas — des accumulations d’amulettes et de talismans autrefois utilisées pour protéger les enfants — qui structurent l’espace. L’oeuvre fait allusion au monde prémoderne, où l’ornemental est compris comme une idée de dignité, de beauté et de joie.

Nader Koochaki (San Sebastián, Espagne, 1983) s’interroge sur l’intention de Salvador Robles Aibar, un conducteur de bulldozer qui a installé des ensembles inhabituels de rochers dans plusieurs zones restaurées de Corta Pastora (León). Les pierres sont-elles des abris pour les animaux ? Peut-on les lire d’un point de vue artistique alors que la personne qui les a placées n’avait aucun lien avec l’art ? Des concepts, tels que l’art marginal ou l’art environnemental, peuvent-ils renforcer leur importance ou leur donneraient-ils une importance disproportionnée pour une action qui peut avoir été réalisée sans intentionnalité ?

Eduardo Navarro (Buenos Aires, Argentine, 1979) explore les moyens de comprendre le monde non humain. Son oeuvre F.O.C.A. (Fondation océanique de Contemplation amoureuse) a été développée au cours des deux dernières années en Uruguay. L’artiste y joue le rôle d’une mère nourricière, nourrissant au biberon des otaries orphelines secourues par le refuge SOS Rescate Fauna Marina. Le costume qu’il porte est un véhicule qui l’aide physiquement et émotionnellement à percevoir le monde, comme le fait une mère lorsqu’elle nourrit ses petits. Les petits savent que c’est un jeu et jouent en toute complicité.

Cette exposition est accompagnée d’une publication (disponible à La Tienda du Centro Botín) qui comprend les recherches, les textes et les images de chaque artiste, ainsi qu’un essai de Filipa Ramos.