Bougouni, 3 novembre 2025 — Le Mali a franchi une nouvelle étape stratégique dans l’exploitation de ses ressources naturelles : le Président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, a inauguré ce lundi la deuxième mine de lithium du pays, située à N’Galana, dans la région de Bougouni. Ce projet, porté par la société Les Mines de Lithium de Bougouni SA (LMLB SA), s’inscrit dans une vision de souveraineté économique et de développement durable.
C’est un pari stratégique pour l’avenir. L’inauguration du site par le chef de l’État symbolise l’ambition du Mali de transformer ses ressources minières en levier de croissance et d’affirmation économique. Le projet Bougouni s’inscrit dans la Vision Mali Kura Ɲɛtaasira ka bɛn san 2063 ma [La voie vers un nouveau Mali vers 2063], une feuille de route nationale qui vise à valoriser les ressources naturelles du pays pour stimuler le développement endogène.
Avec un investissement initial estimé à 65 millions de dollars (soit environ 36 milliards de FCFA), la première phase de la mine peut produire jusqu’à 120 000 tonnes de concentré de spodumène par an. En combinant cette production à celle de la mine de Goulamina, déjà en exploitation, le Mali ambitionne d’atteindre 590 587 tonnes de concentré d’ici 2026, ce qui pourrait faire du pays le premier producteur africain de lithium.
Le projet s’inscrit dans le cadre d’un partenariat équitable. La mine de Bougouni est exploitée par LMLB SA, une coentreprise dans laquelle l’État malien détient 35 % du capital. Le reste est détenu par Kodal Mining UK Ltd et par Hainan Mining Co. Ltd, filiale du groupe chinois Fosun.
Lors de la cérémonie, Teng David Lei, président du conseil d’administration de Kodal UK et directeur général de Hainan Mining, a souligné la « communauté de vision » entre les partenaires :
Faire du lithium de Bougouni un moteur de croissance et un exemple de partenariat équilibré entre investisseurs étrangers et État souverain.
En termes de retombées sociales et économiques, le projet a déjà généré 500 emplois locaux, et ce chiffre pourrait atteindre 800 emplois à pleine capacité lors de la seconde phase. Une majorité écrasante (95 %) des employés sont des Maliens, témoignant d’un fort engagement envers le contenu local.
Sur le plan financier, la mine est appelée à contribuer directement aux recettes publiques : via l’impôt sur les sociétés, les taxes, mais aussi par des dividendes liés à la participation de l’État. De plus, des fonds miniers ont été créés pour canaliser une partie des revenus vers des projets d’infrastructure, des initiatives énergétiques, hydrauliques et des projets de développement local.
Autre impact majeur: lors de l’inauguration, le président Goïta a rencontré les communautés locales, et l’événement a été marqué par une forte mobilisation des populations, des autorités traditionnelles et des élus.
Les enjeux géopolitiques impliquant la souveraineté et l’influence sont on ne peut plus clairs. La mine de Bougouni joue un rôle stratégique au-delà des retombées économiques ; elle renforce la souveraineté du Mali sur ses ressources naturelles. Dans le contexte mondial, le lithium est un métal hautement stratégique : il est essentiel pour la production de batteries, notamment pour les véhicules électriques, et il occupe une place centrale dans la transition énergétique.
En s’associant avec des partenaires internationaux, tout en conservant une participation significative, le Mali montre sa volonté de maîtriser ses richesses, et non de simplement les exporter. Le ministre des Mines, Amadou Keïta, a affirmé que cette rigueur s’appliquera également à la protection de l’environnement, aux droits des travailleurs et à une véritable politique de contenu local.
S’agissant de défis et limites, il semblerait, pour autant, que tout ne soit pas réglé. L'exportation ne serait pas encore engagée bien que la mine ait produit ses premières tonnes de concentré en février 2025. L’opérateur Kodal Minerals aurait indiqué qu’aucune tonne de lithium n’a encore été réellement exportée, faute d’autorisations nécessaires.
En effet, la durabilité d’un tel projet doit amener à cogiter sur la protection de l’environnement. L’exploitation minière pose des défis environnementaux, notamment en termes de gestion des déchets, d’eau et d’impact sur les communautés locales. Le gouvernement malien assure qu’il y aura des mesures de protection, mais la mise en œuvre devra être suivie de près.
L’un des défis essentiels demeure la sécurité. Le Mali connaît des tensions sécuritaires importantes. Le développement de projets miniers en zone potentiellement instable peut poser des risques, tant en matière de protection des infrastructures que du personnel. Les autorités de la transition en sont conscientes et ne manqueraient pas de prendre des dispositions idoines, à cet effet.
Les perspectives d’avenir sont indéniablement indiscutables. Malgré les défis, le projet Bougouni ouvre des perspectives très prometteuses. En termes de positionnement continental, en combinant Bougouni et Goulamina, le Mali pourrait devenir un acteur majeur du lithium en Afrique, attirant des investissements et renforçant son poids géopolitique.
Ensuite, le développement local sera fortement au rendez-vous. Cela va s’opérer à travers la création d’emplois, la participation des acteurs maliens et des revenus directs pour l’État. La mine pourrait ainsi contribuer au développement des infrastructures locales (routes, électricité, services).
L’une des perspectives majeures est la transition énergétique. La production de lithium malien pourrait alimenter des chaînes de valeur dans les batteries, participant ainsi à la transformation énergétique mondiale, tout en bénéficiant au Mali.
Pour les effets escomptés, les pouvoirs publics devraient veiller au renforcement de la gouvernance minière. D’ailleurs, le gouvernement malien affirme vouloir assainir le secteur, avec des annulations de titres miniers non conformes et un accent sur la transparence.
L’inauguration de la mine de lithium de Bougouni par le général Assimi Goïta est bien plus qu’un simple événement industriel. C’est un marqueur fort de la volonté du Mali de prendre en main sa destinée énergétique et économique. À travers un partenariat international mais avec une participation substantielle de l’État, le projet illustre une approche pragmatique et souveraine de l’exploitation des ressources naturelles.
Le défi désormais sera double: transformer cette promesse en une réalité durable : socialement, économiquement et écologiquement, tout en gérant les risques (sécurité, exportation, gouvernance). Si ces conditions sont remplies, Bougouni pourrait devenir un pilier de la prospérité malienne et un symbole de l’Afrique en transition.















