À l’occasion du centenaire d’Arnaldo Pomodoro, Tornabuoni Art réunit les œuvres de Pomodoro et Ettore Sottsass sous le regard d’Ugo Mulas, témoin privilégié de leur amitié et de la scène milanaise d’après-guerre. Bronzes, émaux, céramiques et photographies d’archive retracent près de vingt ans de dialogue entre sculpture, design et photographie.

Trois piliers de la scène artistique milanaise, le sculpteur Arnaldo Pomodoro, le designer Ettore Sottsass et le photographe Ugo Mulas ont laissé une marque indélébile sur l’espace public comme privé, ainsi que sur la mémoire collective, bien au-delà de la ville de leur rencontre. Un an après la disparition de Pomodoro, Pomodoro & Sottsass : une amitié vue par Ugo Mulas célèbre leurs destins croisés et le dialogue fécond qui a contribué à faire de Milan l’un des plus influents laboratoires créatifs du XXe siècle.

Figure majeure de l’art italien d’après-guerre, Arnaldo Pomodoro débute sa carrière par la création de bijoux avant de se tourner vers la sculpture à la fin des années 1950. C’est alors qu’il fait la connaissance d’Ugo Mulas, témoin privilégié de l’effervescence artistique de l’époque, qui, dès son premier reportage à la Biennale de Venise en 1954, s’était distingué par son approche centrée sur les artistes et la genèse de leurs œuvres. Se forge alors une profonde amitié qui durera plus de deux décennies, au cours desquelles Mulas accompagne l’essor du langage plastique de Pomodoro, fondé sur des formes géométriques dont il fracture les surfaces pour en révéler les mécanismes intérieurs.

Parallèlement, la première exposition de Pomodoro et Sottsass en 1958 marque le début d’une collaboration déterminante pour les deux artistes. De nombreuses expositions à quatre mains y succèdent, jusqu’à l’appartement réalisé par Sottsass pour Pomodoro en 1968. C’est ici que Mulas capture l’amitié entre les deux artistes, dans un rare cliché pris sur le vif, présenté dans l’exposition, qui fait écho à l’authenticité de la relation entre Pomodoro et Sottsass. Comme le montrent l’affiche de l’exposition de 1958 et le dessin offert par Sottsass à Pomodoro en 1978, également exposés, leur rapport dépasse l’influence formelle et se traduit par une estime profonde et un soutien durable.

Sous le commissariat d’Alberto Salvadori, directeur de l’Archivio Mulas et membre du comité scientifique de la Fondazione Arnaldo Pomodoro, l’exposition vise à mettre en avant le décloisonnement des disciplines incarné par les trois artistes. Dix œuvres en bronze de Pomodoro, retraçant cinquante ans de carrière de l’artiste, dialogueront avec dix pièces originales de Sottsass, dont trois Totems de la deuxième moitié des années 1960, premiers exemples d’objets dépourvus de fonction spécifique réalisés par le designer.

L’ensemble sera accompagné des photographies d’archive, dont certaines inédites, mettant en scène les artistes et leurs œuvres au sein de l’atelier, dans les locaux d’Olivetti, avec laquelle Sottsass a longuement collaboré, mais aussi dans les espaces publics et privés de l’Italie des années 1960 et 1970. Celles-ci témoignent de la porosité entre les sphères artistique, industrielle, privée et publique qui caractérise l’Italie d’après-guerre. Comme l’écrit Alberto Salvadori dans le catalogue qui accompagne l’exposition, « peut-être est-ce précisément de rencontres et de fréquentations comme celles- ci qu’est née l’idée – ou plutôt la nécessité – de remettre la tradition à zéro, de trouver une nouvelle méthode, un nouveau modèle de représentation. »

Le catalogue illustré sous la direction d’Alberto Salvadori sera publié à l’occasion de l’exposition par Forma Edizioni. Il réunira des textes d’Alberto Salvadori et d’Ivan Mietton, spécialiste d’Ettore Sottsass. Une scénographie originale imaginée par l’architecte Charles Zana contribuera à plonger les visiteurs dans l’effervescence créative de l’époque.