Gagosian a le plaisir d’annoncer European couples, une exposition réunissant les neuf œuvres fluorescentes d’angle de la série European couples (1966–71) de Dan Flavin, qui ouvrira le 18 octobre à la galerie du Bourget. Présentées dans leur intégralité pour la troisième fois seulement, et pour la première fois en France, ces « situations », comme les appelait Flavin, offrent une occasion rare de découvrir la série sous la forme d’une installation globale et d’explorer les relations entre la couleur, la sérialité, l’architecture et les dédicaces qui sous-tendent les titres de chaque œuvre. Cinq œuvres prêtées par la succession de Dan Flavin viennent s’ajouter à quatre autres issues de la collection de Heiner Friedrich. Ces dernières avaient été présentées pendant plusieurs années avec l’ensemble de la série au Dasmaximum KunstGegenwart, le musée privé fondé par Friedrich à Traunreut en Allemagne en 2011, et fermé en 2024.
La série European couples trouve son origine dans les relations personnelles de Flavin et dans sa pratique de longue date consistant à dédier ses œuvres aux personnes qu’il connaissait ou avec qui il travaillait, notamment des artistes, des électriciens et du personnel de galerie, ainsi que des amis ou membres de sa famille. Parmi ces personnalités, Heiner Friedrich occupe une place particulièrement importante. Marchand d’art allemand influent dans les années 1960 et 1970, il devint un soutien de longue date de plusieurs artistes. Dès la fin des années 1960, il travailla étroitement avec Flavin, exposant les œuvres de l’artiste dans ses galeries de Munich, Cologne et New York. En 1974, Friedrich cofonda la Dia Art Foundation, qui y établit en 1983 le Dan Flavin Art Institute à Bridgehampton, dans l’État de New York, (aujourd’hui Dia Bridgehampton). Des décennies plus tard, il fonda le Dasmaximum, un musée hors norme installé dans un ancien complexe industriel, conçu comme un lieu où d’importants ensembles d’œuvres d’artistes sélectionnés pourraient rester exposés pendant de longues périodes.
European couples a été initiée en 1966, trois ans seulement après que Flavin eut abandonné la peinture et le collage au profit d’assemblages lumineux réalisés à partir de tubes et de luminaires fluorescents produits industriellement. Les œuvres de cette série se présentent toutes sous la forme de carrés ouverts de huit pieds (244 cm) de chaque côté, diffusant une seule couleur de lumière fluorescente — jaune, rose, rouge, bleu, vert, blanc chaud, blanc froid, lumière du jour et blanc doux — et installées dans un angle. La répétition de formes géométriques dans ces œuvres souligne l’intérêt de Flavin pour les configurations en série, tandis que leur disposition modifie et dynamise l’architecture elle-même, la lumière se diffusant sur les surfaces adjacentes.
Comme l’écrit Flavin dans « ‘...in daylight or cool white.’ An autobiographical sketch », publié dans le numéro de décembre 1965 d’Artforum :
Je suis parvenu à ces conclusions concernant ce que j’avais découvert dans les lumières fluorescentes et ce qu’il était possible d’en faire plastiquement : ...Je savais que l’espace réel d’une pièce pouvait être décomposé et manipulé en créant des illusions de lumière réelle (lumière électrique) à des endroits déterminants de la composition de la pièce.
À la galerie du Bourget, ce dialogue est amplifié par la transformation de cet ancien bâtiment industriel réalisée par Jean Nouvel, qui offre un cadre architectural à l’exploration par Flavin des effets de la lumière fluorescente.
A partir du début des années 1960, Flavin a souvent intitulé ses œuvres en l’honneur d’amis, de membres de sa famille, d’artistes, d’écrivains et d’autres personnes qui lui étaient chères. La série European couples revêt un caractère particulièrement intime : chaque œuvre de la série est dédiée à un couple différent de personnes proches de l’artiste. Parmi celles-ci figurent Friedrich et sa compagne de l’époque, Thordis Moeller, auxquels est dédiée l’œuvre en lumière fluorescente blanc doux, ainsi que le marchand d’art suisse Bruno Bischofberger et son épouse Christina, auxquels est dédiée l’œuvre en lumière jaune.
Aux côtés de European couples, un ensemble de six autres œuvres datant de 1963 et 1964 — untitled (for Charlotte and Jim Brooks) 1 à 6 — est présenté. Chacune associe un tube fluorescent bleu de huit pieds (244 cm) à un tube fluorescent de deux pieds (61 cm), rose, rouge, jaune, bleu ou ultraviolet. Installées dans un espace attenant, elles forment une ligne continue de plus de 15 mètres de long. Ici aussi, Flavin a intitulé ses œuvres en rendant hommage à des amis — dans ce cas précis, des peintres de l’Expressionnisme abstrait américain.
Deux tableaux du peintre expressionniste allemand Ernst Ludwig Kirchner (1880–1938) apportent à l’exposition une dimension historique supplémentaire et ciblée : le paysage, Hohe kiefern vor hügellandschaft (Grands pins devant un paysage vallonné, 1921–23), et Nachtfrau (Frau geht über nächtliche straße) (Femme de nuit [Femme marchant dans une rue la nuit], 1928), une scène urbaine nocturne inspirée par l’électrification de Berlin au début du XXe siècle. Leur présence au sein de cette exposition puise son origine dans une conversation, dont Friedrich garde un souvenir ému, au cours de laquelle Flavin avait fait part de sa profonde admiration pour Kirchner. Ensemble, Flavin et Kirchner ont révélé l’essence même de la lumière et de la couleur, montrant comment celles-ci peuvent transcender le support, reconfigurer l’espace et modifier la perception.
Dan Flavin: european couples précède l’inauguration de Dan Flavin: some light au Guggenheim de Bilbao, en Espagne, en décembre prochain.
















