Gagosian, Olney Gleason et la Fondation Pollock-Krasner ont le plaisir de présenter Lee Krasner: Works from the 1960s, une exposition de peintures et d’œuvres sur papier à la galerie Gagosian de la rue de Ponthieu à Paris. L’exposition qui ouvrira le 19 octobre, à la veille d’Art Basel Paris marque la première présentation personnelle du travail de Krasner en France. Elle propose à Paris un regard resserré sur une décennie de transformation dans la carrière de l’une des peintres américaines les plus importantes du XXe siècle. L’exposition s’inscrit dans le prolongement de la rétrospective européenne historique Lee Krasner: living colour (2019–21) et coïncide avec Krasner and Pollock: past continuous, présentée au Metropolitan Museum of Art, New York (du 4 octobre 2026 au 31 janvier 2027), la première exposition majeure à explorer en profondeur le travail de Krasner et Jackson Pollock dans leur ensemble. Ces deux expositions, présentées simultanément à Paris et à New York, témoignent du regain d’intérêt international pour l’œuvre de Krasner et pour sa contribution singulière à l’histoire de l’art de l’après-guerre.

Figure centrale de l’École de New York, Krasner a développé une pratique indépendante et en perpétuelle évolution pendant plus de six décennies. Née à Brooklyn en 1908, elle étudie avec Hans Hofmann et s’imprègne d’influences allant du modernisme européen, notamment Henri Matisse, Piet Mondrian et Pablo Picasso, au langage émergent de l’abstraction américaine. Aux côtés d’artistes tels que Willem de Kooning, Helen Frankenthaler, Franz Kline et Mark Rothko, Krasner et Pollock, qui se marient en 1945, entretiennent un dialogue artistique ardent, étant l’un pour l’autre les critiques les plus exigeants et les soutiens les plus fervents.

La relation de Krasner avec la France revêt une importance tant artistique que personnelle. Elle se rend en Europe pour la première fois à l’été 1956, visite des musées, notamment le Musée du Louvre. Elle se trouve à Paris lorsqu’elle apprend la mort de Pollock en août de la même année. La rencontre avec la peinture européenne demeurera tout au long de sa carrière un point de référence essentiel.

Tout au long des années 1960, vivant entre le hameau de Springs, à East Hampton, et son appartement-atelier à Manhattan, Krasner traverse une période d’expérimentation et de réinvention intenses. S’attaquant à des toiles d’une échelle sans précédent et à des compositions de plus en plus lyriques, elle travaille avec des palettes progressivement plus restreintes et commence à appliquer la peinture à l’huile directement sortie du tube. Ces évolutions donnent naissance aux Umber paintings (1959–62) et à la Primary series (années 1960), aujourd’hui considérées parmi ses réalisations picturales les plus célèbres. Sa reconnaissance internationale croissante est confirmée par la rétrospective Lee Krasner: paintings, drawings and collages, organisée en 1965 à la Whitechapel Gallery de Londres par Bryan Robertson.

Mesurant près de 2,8 mètres de long, Seeded (1960) embrasse le champ de vision du spectateur avec une composition dynamique dans une palette limitée aux couleurs de terre. L’une de ses œuvres de la série Umber, un ensemble de peintures réalisées durant une période d’insomnie au cours de laquelle Krasner travaillait fréquemment la nuit sous une lumière artificielle, Seeded associe des coups de pinceau multidirectionnels, alternant passages larges et diffus et touches tendues et énergiques. Krasner décrira plus tard la série Umber comme allant « en profondeur dans quelque chose qui n’était ni facile ni agréable ».

Au milieu des années 1960, Krasner se tourne vers des teintes plus saturées, explorant des expérimentations calligraphiques autour de la couleur ainsi que des œuvres à la gouache sur papier. Une gouache sans titre de 1964 juxtapose le violet et le jaune, tandis que la peinture à l’huile Icarus (1964) suggère la chaleur et l’intensité de son homonyme mythologique s’approchant du soleil. Portrait in green (1969), seule peinture sur toile réalisée par Krasner cette année-là, se compose de gestes amples et rythmiques en peinture à l’huile vert émeraude, accentués par des passages de blanc cassé et des touches linéaires de vert forêt. L’exposition s’achève avec la majestueuse huile sur toile Comet (1966–70), dans laquelle des formes vigoureuses de magenta et de vert émeraude se superposent à des touches crème et blanches, créant un jeu vaste entre figure et fond, animé d’une énergie en accord avec les associations célestes suggérées par son titre.

Bien que son œuvre entretienne depuis longtemps un dialogue avec le modernisme français et qu’elle ait été nommée Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres en 1982, Lee Krasner n’a encore jamais fait l’objet d’une exposition personnelle en France. Près de quarante-cinq ans après l’attribution de cette distinction, l’exposition présente à Paris une sélection resserrée de ses œuvres et situe cette période décisive de sa pratique dans le contexte plus large de l’histoire de l’abstraction au XXe siècle.

Works from the 1960s marque également la première présentation de Krasner chez Gagosian, en collaboration avec Olney Gleason, qui représente le travail de l’artiste à l’échelle internationale en partenariat avec la Fondation Pollock-Krasner.