Selon l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information ANSSI, le secteur de la santé est l’un des plus attaqués : 86 % des incidents signalés en 2022–2023 concernent des acteurs de santé. Les assureurs santé cumulent en effet des bases de données massives, des informations monétisables, des interconnexions multiples (tiers payant, hôpitaux, pharmacies) et des systèmes hétérogènes, parfois vieillissants. Ainsi, les deux dernières années ont vu plusieurs attaques d’ampleur cibler les assureurs santé, entraînant l’exposition potentielle de millions d’assurés et une dégradation directe de leur sécurité numérique et administrative.

Ainsi, tout un chacun1 a été averti par son assureur d’une cyberattaque de l’organisme chargé de la gestion de ses contrats complémentaires santé :

Cher Adhérent, Chère Adhérente,

Nous souhaitons vous informer qu'une cyberattaque a récemment ciblé l’organisme chargé de la gestion de notre mutuelle (…) Dès la découverte de cette intrusion, des mesures immédiates de sécurité ont été prises en déconnectant la plateforme concernée. (…) Les données personnelles exposées se limitent aux informations suivantes vous concernant, ainsi que celles de vos ayants droit… (…) Nous vous assurons que la sécurité de vos données reste notre priorité absolue et regrettons sincèrement cet incident. (…)

Les assurés prennent ainsi conscience que leurs données circulent dans des systèmes qu’ils n’ont jamais choisis.

Trois risques majeurs directs pour tout souscripteur d’un contrat complémentaire maladie Les cyberattaques contre les assureurs santé exposent leurs assurés à trois risques majeurs, susceptibles d’entraîner des préjudices et des nuisances :

  • la fuite massive de données médicales et administratives,

  • la perturbation du tiers payant,

  • l’augmentation des fraudes.

Exposition de données personnelles et médicales

Les attaques récentes ont visé les plateformes de gestion du tiers payant, qui centralisent des données extrêmement sensibles.

  • Identité complète : nom, adresse, date de naissance,

  • Numéro de Sécurité sociale,

  • Contrats de complémentaire santé,

  • Données de consommation médicale (actes, remboursements),

  • Données médicales.

Conséquences éventuelles pour les assurés :

  • usurpation de votre identité (ouverture de comptes, crédits, fraude administrative2),

  • ciblage par phishing personnalisé,

  • atteinte à votre vie privée : divulgation d’informations médicales sensibles,

  • traçage de vos habitudes de soins par des acteurs malveillants.

Perturbation du système de soins

La déconnexion (temporaire) des plateformes empêche le fonctionnement normal du tiers payant3. Cela peut avoir comme conséquences :

  • les assurés doivent avancer les frais chez les médecins, les pharmaciens, les laboratoires,

  • retards de remboursement,

  • complexification administrative pour les patients fragiles ou chroniques.

La paralysie des systèmes peut :

  • ralentir la transmission des feuilles de soins,

  • bloquer les échanges entre mutuelles et professionnels,

  • entraîner des ruptures de prise en charge pour certains actes nécessitant une validation préalable.

Augmentation des fraudes ciblant les assurés

Les données volées par les cybercriminels permettent des attaques plus sophistiquées. Ils utilisent les informations volées pour envoyer de faux courriels ou des SMS semblant provenir de la caisse d’assurance maladie ou d’autres organismes officiels.

  • des faux messages demandant la mise à jour de votre carte Vitale. Le but de cette nouvelle arnaque est simple, puisqu’il s’agit de récupérer vos données personnelles. Une fois sur le faux site, les fraudeurs tentent d’obtenir votre numéro de sécurité sociale, vos identifiants Ameli, voire vos coordonnées bancaires. Dans certains cas, ils vont même jusqu’à demander des informations médicales, ce qui peut ensuite être utilisé pour d’autres escroqueries ciblées.

  • des annonces de faux remboursements ou demandes de justificatifs. En utilisant les données personnelles et médicales, les attaquants peuvent soumettre de fausses demandes de remboursement ou demander des justificatifs de dépenses médicales à l’assuré. Si vous n’êtes pas vigilant, il peut transmettre ces documents, permettant aux fraudeurs de récupérer des fonds indûment ou de compromettre davantage ses données en divulguant des informations sensibles.

  • des arnaques au reste à charge. L’assuré, croyant recevoir une requête légitime, clique sur un lien ou envoie des informations personnelles. Cela peut leur faire installer des logiciels malveillants ou leur faire communiquer des données sensibles, facilitant d’autres escroqueries.

Les cybercriminels peuvent exploiter vos données pour orchestrer des escroqueries où ils vous sollicitent de payer de faux restes à charge ou de fournir vos coordonnées bancaires. Vous pouvez ainsi être amené à transférer de l’argent ou à communiquer vos coordonnées bancaires, ce qui facilite l’utilisation frauduleuse de vos comptes.

En résumé, la cyberattaque sur les données de santé ne se limite pas au vol d’informations : elle ouvre la voie à une série de tentatives d’arnaque plus sophistiquées, exploitant la confiance de l’assuré et ses données pour commettre d’autres fraudes. La prévention, la vigilance face aux demandes inhabituelles et la sensibilisation sont essentielles pour limiter ces risques.

Bien sûr, voici une explication détaillée des risques liés à une cyberattaque sur les données de santé d’un assuré, en particulier comment les données volées peuvent être exploitées pour des actions malveillantes : En présence de ces risques, le réflexe approprié demeure constant : ne cliquez sous aucun prétexte.

Connectez-vous directement sur le site officiel ou via l’application. Quelques secondes de vérification peuvent vous éviter des mois de galère et de harcèlement par SMS ou par téléphone.

Addendum

La fuite massive de données liée à l’attaque contre des sous-traitants des contrats d’assurance de couverture complémentaire maladie, offerts par les assureurs santé, agit comme un révélateur brutal d’un paradoxe devenu intenable : les assureurs, censés être des preneurs de risques cyber, nous exposent à des risques à cause de failles chez leurs sous-traitants. Et cela, malgré un cadre réglementaire (Solvabilité II) qui impose pourtant un contrôle strict des prestataires.

La concentration du marché crée un risque systémique : un seul incident touche des millions d’assurés, toutes compagnies confondues.

Notes

1 En France en 2022, environ 95% des Français étaient couverts par une mutuelle ou une assurance complémentaire santé.
2 Chaque année, plus de 200 000 personnes en France sont victimes d'usurpation d'identité, un phénomène en forte augmentation.
3 Au cours de l’année 2024, l’ANSSI a traité, avec différents niveaux de mobilisation, 4 386 événements de sécurité (1), soit une augmentation de 15 % par rapport à l’année précédente. Ainsi, 3 004 signalements (2) et 1 361(3) incidents ont été portés à la connaissance de l’Agence : - événements portés à la connaissance de l’ANSSI et qui ont donné lieu à un traitement par les équipes opérationnelles.
- les signalements regroupent tous les comportements anormaux ou inattendus pouvant avoir un caractère malveillant ou ouvrir la voie à des usages néfastes à l’encontre d’un SI.
- un incident est un évènement de sécurité où l’ANSSI est en mesure de confirmer qu’un acteur malveillant a conduit des actions avec succès sur le système d’information de la victime. À titre d’illustration, un déni de service avec impact ou la compromission de compte de messagerie rentrent dans cette catégorie.