Avec sa toute nouvelle exposition intitulée Une epopée singulière, le peintre Gaétan Vaguelsy, poursuit l’hommage à son cercle d’amis devenus les héros récurrents de sa peinture.
Lucas, Iouri, Ashley ou encore Ulrich ne sont plus seulement des proches ; ils deviennent, sous le pinceau de l’artiste, les figures de proue d'une épopée picturale contemporaine où le quotidien flirte constamment avec le sacré. L'artiste, jette un pont entre l'iconographie classique et les codes de la jeunesse, en les parant des attributs de la grande peinture d’histoire ou de la dévotion religieuse. La peinture dite “d’histoire” est ici propulsée dans la culture pop. En douze tableaux d'une extrême cohérence, Une épopée singulière est une invitation à redécouvrir la force de l’amitié à travers le prisme d’un classicisme réinventé, où chaque ride, chaque cicatrice et chaque regard de ces jeunes adultes, devient une entrée dans l’histoire.
La qualité d’un peintre résulte toujours de la manière dont il nous raconte une histoire. Ici, la maitrise de la technique, la sensualité de la peinture, l’humour décalé, tout s’enchaine pour construire un oeuvre picturale forte et singulière.
Hommes aux abricots met en scène sur fond de ciel tombée du jour, semblant sortir d’un tableau de Seurat, trois amis. Au premier abord, la scène semble banale, presque estivale. Pourtant, chaque centimètre carré de la toile regorge de symboles et de clins d’oeil à l’histoire de l’art : L’un des trois compagnons porte une chemise moderne entièrement illustrée d'angelots directement empruntés à un tableau de Raphaël, mêlant mode urbaine et Haute Renaissance - Le deuxième jeune homme plonge négligemment sa main dans un bol rempli d’abricots mûrs, symbole traditionnel du désir charnel et de la brièveté des plaisirs terrestres.
À leurs pieds, un crâne surmonté d'un casque militaire fait office de memento mori, renvoyant directement aux allégories de la Renaissance sur la vanité humaine et la futilité de la guerre face au temps qui passe. La virtuosité technique de Gaëtan Vaguelsy éclate également dans le traitement de la lumière. Sur cette même toile des trois amis, on observe un jeu fascinant de reflets de feuillage qui dansent directement sur leur peau. Pourtant, par une ironie visuelle typique de son oeuvre, l’arbre sur lequel l’un d’eux s’adosse — adoptant la posture de martyre de Saint Sébastien — est totalement dépourvu de feuilles. Ce décalage poétique, presque surréaliste, souligne comment Vaguelsy maîtrise et aime à nous partager les codes de sa narration visuelle.
Dans le portrait d’Ulrich, représenté tenant un paquet de bonbons Fondenti, dans une position presque abandonnée, le jeune homme s'offre au regard du spectateur. Notre oeil est immédiatement attiré par un détail troublant d’une blessure légère mais nette au niveau du torse. Par sa subtilité et son emplacement, cette entaille rappelle inévitablement la plaie au flanc du Christ. En dessous de son coude une pierre acérée semble pénétrer sa chair- Le profane fusionne alors avec le sacré, transformant une sieste de fin d'après-midi en une piéta moderne d’une douceur mélancolique. Vaguelsy ne peint pas simplement ses amis ; il les couronne. Il transforme et plonge leurs doutes, leurs corps et leurs complicités en dans une mythologie contemporaine.
Plus loin, le spectateur est happé par le portrait équestre d'Ashley. Installée fièrement sur sa monture, tel les portraits des rois de France ou de l’empire, la jeune femme adopte une attitude d'amazone qui respire la noblesse et l'insoumission. Vaguelsy pousse le raffinement historique jusqu'au bout en parant le cheval d’une chabraque — ce tapis de selle si particulier — de style typiquement napoléonien. Pour parfaire cette atmosphère de chevauchée fantastique et dramatique, l’arrière-plan dévoile un château fort en flammes, digne des plus grandes fresques romantiques du XVIIe siècle. Le contraste entre l’attitude contemporaine de la jeune femme et le décor accentue le choc esthétique.
















