Xippas Genève présente une exposition réunissant Chloé Delarue, Miriam Laura Leonardi et Gaia Vincensini sous le commissariat de Manuella Denogent.
À travers trois pratiques plastiques distinctes, qui engagent la sculpture, l’installation, la photographie, la vidéo, l’objet, les dispositifs lumineux et l’intervention dans l’espace, l’exposition propose un regard critique sur les systèmes de représentation, de valeur et de désir qui traversent la société contemporaine. Les trois artistes, chacune depuis un vocabulaire formel très affirmé, interrogent les images, les objets, les signes et les matières qui organisent notre rapport au monde : ce que nous regardons, ce que nous consommons, ce que nous fétichisons, ce que nous projetons sur les choses.
Plutôt que de construire un récit thématique univoque, l’exposition met en relation trois démarches qui partagent une même attention aux mécanismes de production du visible. Chez Gaia Vincensini, Chloé Delarue et Miriam Laura Leonardi, les formes ne sont jamais neutres. Elles circulent, séduisent, se reproduisent, s’automatisent, se vendent, se chargent de valeurs symboliques ou économiques, parfois jusqu’à devenir les symptômes d’une époque. En réunissant ces trois artistes liées à la scène suisse contemporaine, Xippas Genève propose une lecture sensible et critique de pratiques qui regardent le présent non comme un simple décor, mais comme un système de signes à déchiffrer.
Chloé Delarue développe, sous l’acronyme TAFAA, Toward A Fully Automated Appearance, un corpus d’œuvres qui interroge l’automatisation des formes, des affects et des environnements. Ses installations associent matériaux industriels, composants technologiques, néons, résines, éléments organiques ou végétaux, dans des agencements qui évoquent autant la science-fiction que les vestiges d’un monde en mutation. Son travail ne célèbre pas le progrès technologique ; il en révèle plutôt les tensions, les restes, les zones d’opacité et les possibles dérèglements. Lauréate du concours pour une œuvre pérenne au Site archéologique Saint-Antoine à Genève, dont l’inauguration est prévue le 5 septembre 2026, Chloé Delarue inscrit sa pratique dans une actualité institutionnelle particulièrement significative.
Miriam Laura Leonardi, quant à elle, inscrit son travail dans une démarche conceptuelle, autoréférentielle et souvent ironique, où se croisent photographie, vidéo, performance, objet et intervention dans l’espace public. Puisant dans la culture visuelle, le cinéma, la littérature et l’histoire de l’art, elle déplace les codes existants pour en faire apparaître les sous-textes politiques, sociaux et féministes. Le langage, l’appropriation, la citation et la mise en scène deviennent chez elle des outils d’analyse autant que des formes de trouble. En 2026, elle représente la Suisse au Pavillon suisse de la Biennale de Venise dans le cadre d’un projet collectif.
Chez Gaia Vincensini, les formes circulent entre économie, ornement, pouvoir symbolique et fiction. Son travail interroge la notion de valeur, non comme donnée stable, mais comme construction sociale, affective et spéculative. Dans ses sculptures, céramiques, impressions, textiles ou vidéos, l’artiste convoque les imaginaires de la banque, de l’assurance, du luxe, des cosmétiques, des accessoires et des signes de possession. Ces univers deviennent chez elle des espaces allégoriques, traversés par des récits secrets, des symboles ambigus et des rituels de protection ou d’appartenance. Après son exposition personnelle Assurance sinistre à La Graineterie, centre d’art de la Ville de Houilles, elle remporte le prix aux Swiss Art Awards 2026, sa présence dans l’exposition inscrit pleinement le projet dans l’actualité de la scène suisse contemporaine.
L’exposition prend ainsi acte d’un moment où les images, les objets et les dispositifs qui nous entourent ne relèvent plus seulement de la représentation. Ils produisent des récits, activent des désirs, organisent des formes d’appartenance, de contrôle ou de projection. Entre valeur et apparence, automatisation et fiction, culture visuelle et critique sociale, Gaia Vincensini, Chloé Delarue et Miriam Laura Leonardi composent un ensemble de pratiques qui donnent à voir les tensions d’un présent traversé par ses propres signes.
















