Zander Galerie Paris a le plaisir de présenter une sélection de cinquante-six photographies issues de Evidence, projet photographique majeur de Larry Sultan et Mike Mandel. Présenté et publié pour la première fois en 1977, cet ensemble emblématique a remis en question les conventions de la photographie en proposant des images dépourvues de légendes et de tout contexte, invitant le spectateur à interroger les mécanismes de construction et de perception du sens.
Larry Sultan (1946–2009) et Mike Mandel (né en 1950) se sont rencontrés au San Francisco Art Institute et ont commencé leur collaboration en 1973, à un moment où l’art conceptuel interrogeaitle rôle de la photographie. Leurs premiers projets, notamment Billboards (1973– 1989) et How to read music in one evening (1974), exploraient déjà la circulation et les modes de présentation des images dans l’espace public et médiatique. Tous deux ont grandi dans la vallée de San Fernando, à Los Angeles, un territoire marqué par l’expansion suburbaine de l’après-guerre, l’industrie aérospatiale et une culture de la recherche industrielle promouvant des visions de progrès technologique. Cet environnement commun a nourri leur approche critique des systèmes de production des images et des formes d’autorité institutionnelle.
Développé entre 1975 et 1977 avec le soutien du National Endowment for the Arts, Evidence est le fruit d’un vaste travail de recherche au cours duquel Sultan et Mandel ont eu accès à des archives photographiques issues d’entreprises, d’agences gouvernementales et d’institutions scientifiques à travers les États-Unis. Ils ont examiné plus de deux millions d’images initialement produites à des fins techniques ou documentaires, dont ils ont sélectionné soixante-dix-neuf photographies pour l’exposition, parmi lesquelles cinquanteneuf ont été reproduites dans l’ouvrage publié à cette occasion. Présentées pour la première fois en 1977 au San Francisco Museum of Modern Art et publiées la même année, les images sont montrées sans légendes ni informations contextuelles. Détachées de leur fonction d’origine, elles acquièrent un caractère ambigu, parfois déroutant, oscillant entre l’absurde et l’inexplicable, laissant parfois entrevoir une tension latente entre le progrès technologique et ses conséquences imprévues. Privé de repères interprétatifs, le spectateur est amené à construire lui-même le sens des images. Comme le souligne Carter Ratcliff dans son essai « Confronting Evidence » (2009), l’œuvre engage le regardeur dans un processus de spéculation, mettant ainsi en lumière l’acte même d’interprétation. En ce sens, Evidence remet en cause l’autorité de l’image documentaire et interroge la capacité de la photographie à transmettre une vérité stable ou objective.
Largement considérée comme une œuvre pionnière dans son recours à la photographie vernaculaire, Evidence marque un tournant dans l’histoire du médium. L’absence radicale de toute information textuelle a suscité de nombreux débats critiques et ouvert de nouvelles modalités d’appréhension des images. Le projet a exercé une influence durable sur plusieurs générations d’artistes et a fait l’objet de nombreuses expositions. Une réédition en fac-similé de la publication originale a été publiée en 2003 par D.A.P., enrichie de documents supplémentaires et d’un essai de Sandra S. Phillips, confirmant l’importance de cette œuvre.













