« Il est courant de considérer les objets matériels qui peuplent notre environnement comme des outils, des marchandises, des machines ou des produits. Ces objets nous apparaissant comme avant tout fonctionnels, ils ne semblent disposer d’aucune existence propre. Nos relations avec les matériaux et objets résiduels que nous jetons quotidiennement troublent encore notre perception en les rendant de plus en plus désincarnés et sans destination. A l’inverse, les sculptures de Peter Buggenhout affirment avec véhémence que nous sommes, nous aussi, des êtres physiques et éphémères parmi d’autres. Elles s’opposent à l’expérience numérique, marquée par une logique de flux, d’apparition et de disparition ultra rapide et au contraire, exigent une exploration attentive et lente, sous tous les angles, de leur matérialité. Elles affirment leur altérité instantanée et permanente avec l’espace.
Les oeuvres de Buggenhout sont faites de toutes sortes de déchets, des restes mis au rebut, des choses qui ont perdu usage ou fonction ; étagères abandonnées, tuyaux de plastique, bâches, édredons, chutes de marbre, carton ondulé, barre de métal, fragments de vitrine... que l’artiste combine avec des matériaux organiques ; poussières, sang de porc, panse d’animaux et crin de cheval. Par la fusion de ces matériaux disparates il fait apparaître de nouvelles entités, des sortes d’amas difficilement indentifiables, des corps hybrides qui semblent affirmer que les choses jetées ne disparaissent pas vraiment, mais se réincarnent indéfiniment. Ainsi, ces sculptures n’évoquent rien d‘indentifiable, peut-être des ruines, des fragments organiques ou de machines abandonnés, d’ou se dégage une dimension quasimystique.
Elles affichent une contradiction, paradoxalement d’autant plus inquiétante de par leur similarité et leur différence. La dimension physique et souvent gigantesque des sculptures, exhalant des odeurs particulières, attire, mais dans le même temps repousse, on s’en approche avec prudence, semblant contenir un potentiel danger. Par ce jeu entre attraction et répulsion, les énigmes qu’elles contiennent, les oeuvres de Peter Buggenhout parviennent à remplir l’espace d’une atmosphère incertaine. À chaque tournant, quelque chose d’étrange, situé juste sous la surface du monde matériel, émerge de ces sculptures fascinantes. »
(Texte par Holger Kube Ventura, directeur du Musée d’art de Reutlingen / Konkret. Extrait du catalogue Peter Buggenhout: nicht geheuer / Peter Buggenhout: eerie, 2021. Éditeur : Holger Kube Ventura pour le Kunstmuseum Reutlingen | konkret. Traduit de l’anglais)















