Les peintures de l’artiste Carlín Díaz se situent entre deux mondes : l’imaginaire et le concret, un monde volatile et un autre soumis à la gravité. Peuplées de formes simplifiées et de symboles personnels : humains, plantes, étoiles, arbres, eau, ses œuvres forment un vocabulaire visuel où chaque élément partage son rôle avec les autres. Grâce à leur simplicité, ces éléments, qu’ils soient figure ou arrière-plan, deviennent des contenants d’énergie. Le ciel est ainsi aussi important que le soleil ou l’arbre ; chaque composante contribue à une vibration globale.
Carlín Díaz a grandi à Caracas, entouré par le rythme et l’énergie de la ville. À l’âge de quinze ans, lors d’une une longue randonnée jusqu’au sommet d’un tepui en Amazonie avec sa famille, il vit une expérience marquante qui lui laissa une empreinte durable. Au petit matin, il découvre des montagnes tabulaires qui surgissent au-dessus de la forêt. Là-haut, il nous raconte que « tout semblait appartenir à un autre monde : lumière, air, végétation, silence ». Il ne cherche pas à peindre ce souvenir, mais cette expérience a éveillé quelque chose de puissant en lui.
Ce que cherche l’artiste n’est pas la reproduction d’un paysage au sens classique, mais un monde qu’il construit à partir de fragments. Un monde recomposé à travers ses souvenirs, ses rêveries, et aussi son expérience d’homme qui vit en ville, dans un contexte technologique, rapide, tendu. Ce paradoxe le constitue. Et pourtant, c’est vers autre chose qu’il se tourne en peignant. Un espace habité par des formes qui vibrent, qui portent en elles une intériorité propre, humaine ou non humaine. Sa quête n’est pas de peindre une image du réel, mais une projection — un monde fictif mais vital, qui vient de lui, et qu’il veut voir exister. Un monde dans lequel le non-humain semble exister au-delà de ses propriétés physiques, où émane une énergie de la matière.
Carlín Díaz cherche à créer des moments où l’invisible devient tangible, où l’énergie d’un instant ou d’un objet semble vibrer intensément. Il peint pour revivre ces sensations, pour s’en rapprocher, et pour régénérer, encore et encore, les émotions qu’elles suscitent, une manière de rendre tangible une expérience intérieure.
Dans sa modalité picturale, l’espace est habité par une vitalité multiple, où l’humain n’est plus la mesure de toute chose, mais une présence parmi d’autres — humaine, végétale, hybride. Les figures qui le peuplent ne sont pas là pour illustrer un propos, mais pour incarner un lien : elles naissent d’un regard porté, d’une projection sensible, parfois d’une conversation silencieuse.
Ce monde, il le porte intérieurement depuis longtemps. Il est nourri de réminiscences, de sensations, de rêveries. En peignant, il cherche à lui donner forme, pour enfin le voir.
Et il s’arrête de peindre lorsque qu’il ressent cette vibration.
















