L’œuvre protéiforme et intuitive de Valérie Mannaerts se façonne à partir de matériaux et d’expériences sensorielles. À travers des œuvres hybrides, l’artiste, nourrie de théories féministes, interroge les formes et les propriétés des choses et observe des thèmes tels que la métamorphose, l’identité et le corporel. Quelle est l’autonomie d’un objet ? Quelle histoire un objet peut-il raconter ? Où et quand se rejoignent l’organique et l’anorganique ? Telles sont les questions qu’explore son œuvre polysémique, amorphe et flexible, qui fait obstacle à toute interprétation univoque et résiste aux normes et aux limites prédéfinies. Rien n’est jamais totalement figé, tout est sans cesse en transformation et en mouvement, oscillant entre représentation et abstraction.

À la fin des années 1990, Mannaerts fait ses débuts avec des œuvres sur papier qui explorent son corps et sa sexualité. Elle suit ainsi les traces d’artistes féminines des années 1960 et 1970, telles qu’Eva Hesse, et développe, à partir de l’amorphe, un langage visuel singulier et audacieux. En 2003, Mannaerts représente la Belgique à la Biennale de Venise, aux côtés de l’artiste Sylvie Eyberg. Par la suite, elle étend progressivement sa pratique artistique à la sculpture.

Une profonde fascination pour la notion de métamorphose sous-tend son investigation du langage sculptural : à partir de quand un objet devient-il une sculpture ? Comment une sculpture se rapporte-t-elle à la surface picturale, à l’espace, et au public ? La sculpture se manifeste dès lors non pas comme un objet figé, mais comme un processus de transformation continue.

Cette concentration sur la sculpture a consolidé son intérêt pour l’architecture, la spatialité ainsi que la relation au corps humain et a donné lieu à des installations, des tableaux, des œuvres textiles, des kimonos, des objets fonctionnels et des projets dans l’espace public qui engagent le dialogue de manière directe avec leur environnement.

Avec l’exposition Antennae, Mannaerts revient sur trente ans de pratique artistique et présente aussi de nouvelles œuvres. Le titre parlant fait référence aux antennes avec lesquelles les insectes explorent leur environnement, mais il renvoie en même temps à une métaphore de sa propre sensibilité artistique, qui, à l’instar d’antennes, lui permet d’établir des liens subtils et complexes entre son univers, son travail, le public et l’espace d’exposition.

Au travers de cinq salles se déploie une image précise et contemporaine de la pratique artistique de Mannaerts. Dans la première salle, elle explore le champ de tension entre la peinture et la sculpture. Dans la salle suivante, l’attention se déplace sur le corps humain qui, par le biais d’une peau de vêtements, peut porter et générer du sens. La troisième salle fait office d’espace extérieur, un jardin monumental tissé qui s’étend comme le panorama d’un lieu personnel et intime. Dans les deux dernières salles, le regard, à nouveau tourné vers l’intérieur, se focalise sur l’interaction entre le privé et le public. L’exposition s’achève par une nouvelle installation dans laquelle Mannaerts explore la position que peuvent occuper de nos jours la condition et le statut de l’artiste.