A travers cette nécessité de montrer la valeur de cette diversité on peut lire la peur de cette indifférence et nos espoirs pour le futur. Il y a la conviction farouche que la connaissance et la curiosité pour l’autre créent avec facilité un lien indéfectible.
Through this necessity to reveal the value of such diversity, one can sense both the fear of this indifference and our hopes for the future. There is a fierce conviction that knowledge of, and curiosity for, the other easily create an indestructible bond.
La galerie By Lara Sedbon est heureuse de vous présenter la seconde exposition personnelle de Lélia Demoisy. À travers cette exposition l’artiste poursuit son exploration des circulations et des hybridations du vivant.
Elysia est le nom d’un genre de mollusque marin très spécial dont on a découvert la particularité seulement en 2008. Cette limace de mer est le seul animal photosynthétique connu à ce jour. Celle-ci aurait volé aux algues qu’elle mange (Vaucheria) la capacité de transformer la lumière en énergie. On parle alors de transfert horizontal de gènes, un processus dans lequel un organisme intègre du matériel génétique provenant d’un autre organisme sans en être le descendant.
Polyfaunie Polyflorie entreprend de montrer des échanges hypothétiques de gènes entre règne animal et règne végétal. Seuls le règne végétal et certaines bactéries sont capables de créer de la nouvelle matière vivante à partir de ressources inertes. Celle-ci, entre les successions de vie à trépas, ne fait que passer d’un corps à un autre avec suffisamment de succès pour multiplier encore et encore la diversité du vivant sur Terre.
Le genre humain semble angoissé par cette entropie de la multiplication du vivant et s’attache à vouloir simplifier, essentialiser les espèces dont on se nourrit, les cours d’eau, la terre, les forêts. Polyfaunie Polyflorie est une ode au pluriel et au hasard, à la dérive et convergence génétique fortuite.
Ces matières soigneusement recueillies se voient réanimées par cette hybridation, parfois avec violence, parfois avec humour car le brassage des gènes y est indifférent. Dans ce mélange de corps sylvestre et animal il y a la volonté de redonner à l’arbre sa place de vivant dans nos consciences souvent indifférentes au sort que l’on réserve au règne végétal.
A travers cette nécessité de montrer la valeur de cette diversité on peut lire la peur de cette indifférence et nos espoirs pour le futur. Il y a la conviction farouche que la connaissance et la curiosité pour l’autre créent avec facilité un lien indéfectible. Un attachement parfois si fort qu’un besoin criant de rendre hommage s’impose de lui-même et que les émotions que l’on pensait réserver à nos semblables nous poussent à prendre soin et à protéger. Jouer le jeu de la justice des Hommes, de la sacralisation, du pragmatisme ou de la poésie sont les pistes pour faire entendre le chant polyphonique du vivant.
(Texte de Lélia Demoisy)












