Donner un titre à un tableau n’a rien d’anodin. On raconte qu’en Belgique, René Magritte préférait confier à ses amis le soin et la responsabilité de baptiser ses nouvelles œuvres lors de soirées joyeusement animées. Nommer une exposition entière complique encore l’exercice. Il faut un mot qui attire, qui suggère, qui amuse peut-être, sans trop en dire. Un mot capable d’habiller l’ensemble sans l’enfermer.
L’expression « Made in » apparaît à la fin du XIXe siècle, dans le cadre du Merchandise Marks Act adopté en Grande-Bretagne en 1887. Il s’agissait alors de signaler (et surtout de distinguer) les produits importés, souvent allemands, jugés concurrents et bon marché. Le destin de ces deux mots est connu : d’avertissement, ils sont devenus promesse. Ce qui devait stigmatiser s’est mué en label de qualité. L’histoire économique a parfois le sens de l’ironie.
L’histoire de l’art, elle aussi, aime les attaches géographiques. Aux vedute vénitiennes répondent les bodegones espagnols ou les marines hollandaises. L’art belge, plus jeune que celui de certains de ses voisins, n’en affirme pas moins une tonalité singulière, volontiers frondeuse, parfois surréaliste. D’Antoine Wiertz à Jef Geys, en passant par James Ensor, Félicien Rops, René Magritte et Marcel Broodthaers, s’y dessine un goût pour le décalage, l’irrévérence, la liberté d’esprit.
Né aux Pays-Bas mais ayant passé la majeure partie de sa vie en Belgique, Thé van Bergen peut dès lors revendiquer, non sans malice, cette appartenance adoptive. Estampiller ses œuvres aux couleurs du drapeau belge n’est pas seulement un clin d’œil : c’est aussi une manière d’assumer un territoire d’invention, à l’heure où certains rêvent à nouveau de frontières et d’étiquettes.
Reste le visiteur. Il cherche parfois des clés, des repères, une explication qui guiderait son regard. Mais faut-il tant de mots pour voir ? La peinture ne demande peut-être qu’un peu de disponibilité : accepter la matière, les formes, leurs apparitions et leurs effacements, sans vouloir aussitôt les traduire.
À chacun, dès lors, d’inventer ses propres mots. Tous sont recevables, même les plus inattendus, puisqu’il n’est pas exclu que le peintre lui-même découvre, dans ces échos, quelque chose qu’il ignorait encore de son travail.
Écoutez donc Thé van Bergen dans le silence de ses images. Ou, si vous le rencontrez, dans son récit enthousiaste et volubile. Car il poursuit avec une énergie intacte l’exploration d’un monde coloré et changeant où les motifs apparaissent, disparaissent et renaissent. un monde qui semble venir de partout et de nulle part à la fois.
(Texte de Simon Delobel)












